PAUL VERLAINE
Pour Gabriel Vicaire.
Cependant si l'Automne a piétiné les lieux Oit j'ai passé comme un volage Avec des yeux pourtant g'orieux, Si chaque jour davantage Le Jadis rentre dans le mystère^ Voici s'ouvrir le jardin d'un autre âge Et s'éclore la Jlore d'un autre parterre.
Dans le verger nouveau les arbres sont en fleurs Et les poiriers tout blancs promettent des fruits lourds ;. Les pétales au loin neigent sur les labours Tandis quau murmure enjôleur De la Source,
L'Eté vivace inaugure la course
Que vont tenter mes pas fiévreux.
Je vais être V Aventureux, Impatient de luttes et de guerre.
Qui méprisant le trop paisible naguère,
Les yeux brûlés par la poussière Qu'il va lever sur les grand' routes, Accepte la définitive joute
Oii, si Von veut qu'elle vous convie Bon moissonneur à la moisson, Il faut conquérir la toison Miraculeuse à la Vie.
Novembre 1894.