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devint l’un des plus grands docteurs de son siècle. Albert le Grand fut évêque de Ratisbonne et mourut saintement à Cologne, âgé de 87 ans. Ses ouvrages, manuscrits, ne furent publiés qu’en 1651, c’est-à-dire 359 ans après sa mort. ‘“ En les parcourant, dit Collin de Plancy, dans son Dictionnaire infernal, d'où nous empruntons ces détails, on admire un savant chrétien ; on ne trouve jamais rien qui ait pu le charger de sorcellerie. Il dit formellement, au contraire : Tous ces ‘ contes de démons qu’on voit rôder dans les airs, “et de qui on tire le secret des choses futures. ‘sont des absurdités que la saine raison n’ad- ‘ mettra jamais.”
Cependant, on lui attribue, mais à tort, les Admirables secrets d'Albert le Grand, ou, comme on le désigne en Canada, le Grand Albert.
Ce livre contient plusieurs traités sur les vertus des herbes, des pierres précieuses et des animaux, eic., etc. augmentés d’un préservatif contre la peste, les fièvres malignes, les poisons et l'in. fection de l'air, tirés et traduits des anciens manusCrits de cet homme savant ; c'est l'ouvrage qui le dit. “ Excepté du bons sens, dit Collin de Plancy, on trouve de tout dans ce fatras, jusqu’à un traité des fientes.”
Aussi, la plupart des meilleurs historiographes s'accordent à dire qu’Albert le Grand est com-
plètement étranger à ce livre, remplit de rêveries grossières et fastidieuses, presque toutes absurdes et fort sales.
Mais, ce qui doit nous étonner beaucoup, c’est de voir qu’en Europe, au centre même de la civilisation la plus avancée, on vende encore, chaque année, aux pauvres habitants des campagnes, des milliers d'exemplaires du Grand-Albert, nonobstant les absurdités dont il est rempli.
Cette malheureuse influence du mystérieux, après avoir traversé l'Océan, s’est répandue fortement en Amérique; mais heureusement qu’en Canada, nous le disons avec un légitime orgueil, on est bien loin de vendre par milliers d'exemplaires ce livre trompeur aux habitants de nos campagnes, ainsi que cela se pratique en Europe, Nous croyons, au contraire, qu'il serait même difficile d’en réunir par toute la Province de 25 à 30 exemplaires, quoique ce livre, néanmoins, soit très recherché.
Nous terminons ce chapitre par une des plus célèbres sorcelleries d'Albert le Grand qui eut lieu à Cologne et qui contribua sans doute pour beaucoup à le faire passer pour un grand sorcier de son temps : “ Un jour, il donnait un banquet, dans son cloître, à Guillaume IL, comte de Hollande et roi des Romains. C'était dans le cœur de l'hiver, et la salle du festin présenta, à la grande
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surprise de la cour, la riante parure du printemps ; mais, ajoute-t-on, les fleurs se flétrirent à la fin du repas. A une époque où l’on ne connaissait point les serres chaudes, l’élégante prévenance du bon et savant religieux dut sur.
prendre. Ce qu'il appelait lui même ses opérations magiques n'étaient ainsi que de la magie blanche.”
Voilà donc à quoi se réduisait toute la sorcellerie d'Albert le Grand. D'ailleurs, il est prouvé jusqu'à l'évidence que tous les livres de secrets merveilleux qu'on a publiés sous le nom de ce savant dominicain, ne sont qu'une supercherie et qu'une réclame, pour mieux inspirer la confiance auprès des gens crédules à qui on voulait les vendre.
Passons maintenant au Petit Albert,