‹ Le véritable petit Albert ou Le trésor du peuple [microforme]Chapitre 35 sur 82 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les Chercheurs de Trésors.

On compte deux classes d'hommes parmi les chercheurs de trésors cachés; mais leur idée est à peu près la mène quant à leur existence et aux moyens qu'ils doivent emp'oyer pour les découvrir: tous croient que des esprits malfaisants, suppois de l'enfer, en sont les gardiens fidèles.

Dans la première classe, nous placerons tous ceux qui, tout en croyant à l'existence de ces trésors, ne poussent point néanmoins leurs perquisitions nocturnes au point d'abandonner leur travail manuel, et de mettre ainsi leurs familles dans la misère. Aussi, nous avons là ferme conviction qu'il nons suflira de leur prouver, pour leur faire abandonner cette voie qui aboutit toujours aux déceptions et à l’insomnie, que c’est toujours une fatale erreur d'entretenir une pareille croyance, qui n’a fait partout que des dupes et des malheureux.

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Dans la seconde classe, nous placerons tous ceux qui sont ennemis du travail, et les désœuvrés, qui—ayant rejeté tout principe qui caractérise le véritable chrétien, le bon père de famille et l'utile citoyen —-cherchent jour et nuit quelque trésor imaginaire, à l’aide des moyens enseignés dans les livres trompeurs déjà mentionnés, sans s'occuper, le moins dun monde, des horribles blasphèômes qu'il proféerent parfois contre la Ma-

jesté Divine. Ils récitent, dans ces circonstances,

certaines conjurations où formules de prières des plus impies, et ne se rendent point comptes des misères de tout genre qu'ils amoncèlent sur leur tête coupable.

Quand à ceux-là, nous lPavouerons, il faudrait presque un miracle pour leur faire abandonner cette fausse crovance et pour les gagner à la vérité. Généralement, lorsque vous parlez à l'an de ces chercheurs de trésors, de ses devoirs comme chrétien, comme pére et comme citoyen, il restera sourd à ce langage qui frappe ses oreilles inutilement, Mais, au contraire, parlezlui de trésors ; dites-lui que vous avez le Petit- Albert, ou tout autre livre de secrets merveilleux, alors vous serez certain de faire vibrer chez cet homme la corde sensible de toutes ses convoitises. Vous verrez sa figure s'épanouir de bonheur, ses yeux s’enflammer ; puis, de sa poitrine

haletante, s'échappera un long soupir suivi de cette supplication :

—Ah! cher monsieur, si vous étiez assez bon de me procurer le Petit Albert, ou le Dragon-Rouge ou bien encore le Grimoire, vous me rendriez mille fois h2ureux, car, à l’aide de l'un de ces livres, je pourrais conjurer et chasser lès esprits malins qui gardent un certain trésor dont je connais seul rexistence, et je deviendrais riche ?

>auvre homme, il ne sait pas qu'il convoite un livre qui ne peut que l’induire en erreur; car il est une chose certaine, c’est que tous les ouvrages de ce genre, n’ont été inspirés et écrits que pour tromper des gens ignorants et par trop crédules, ‘Fous ces ouvrages, enfin, qu'on regarde aujourd'hui comme autant de monuments élevés en lhonneur de la sottise humaine des temps passés, m'ont eu pour auteurs que des hommes à l'esprit p2rvers, animés du désir de faire fortune, en répandant, parmi le peuple, des milliers d'exemplaires de leurs publications toujours mensongeres quand elles ne sont pas d’un bout à l’autre un blasphème horrible contre la Foi chrétienne et catholique.

Aussi, ne voit-on que des hommes dépravés, sans principe religieux, ou du moins d'une ignorance et d’une crédulité impardonnables qui osent croire encore à de pareilles absurdités.

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Les tristes résultats de ces fausses croyances, sont que les chercheurs de trésors trainent presque tous une existence vide et malheureuse, dont le terme sul met fin à leurs folles espérances, Telle est, n’en doutons pas, la déplorable condition inévitablement réservée à tous ceux qui passent leur temps à découvrir des trésors avec le Grand ou le Petit Albert, le Grimoïre on le Dragon-Rouge en main...

A ce propos, nous rapporterons ici le trait suivant :

Une personne de cette ville, que nous avons très bien connue, se livrait depuis longtemps à la recherche de trésors cachés, Get homme était tellement imbu de cette fatale pensée qu'il fut tonjours impossible de le désabuser. Ghaque année, on le voyait apparaitre, tantôt à l'imprimerie, tantôt chez les libraires, tantôt dans nos institutions religieuses : inutile de dire que le Petit- Albert était le seul objet de ses visites,

Plus d’une fois, cet infortuné eut à subir de sévères et bien justes remontrances. On eut beau lui démontrer combien il était ridicule de croire aux niaiseries contenues dans le livre qu’il tenait tant à se procurer, le malheureux ne se tint jamais pour battu. Au contraire, toutes ses pensées, tous ses désirs, toutes ses espérances tendaient vers un seul but : c’est à-dire, qu’à l’aide du Petit.

Albert, il trouverait infailliblement un trésor. Eufiu, il lui arriva un jour de faire la connais. sance d'un être semblable à lui, mais plus heureux, Car ce dernier possédait le livre tant désiré. Il avait en outre le Dragon-Rouge ? Quelle trouvaille ! disait-il. Puis, tout rempli d'espoir, notre homme se mit à faire des perquisitions à droite età gauche, pour trouver son fameux trésor. Que de auits perdues ; que de miseres endurées, et quel PÉSULAb ssssssverser esse bise to éreoet sole e 6

Dix années plus tard, en 1860, un corbillard cheminait sur la rue St, Jean, se dirigeant vers le cimetière de B:lmont. Dans c: chariot, dont la forme écresée et la nudité complète nous faisaient reconnaitre de suite celui appartenant à l'Hôtel-Dieu, (*) se trouvait Le corps d’un malheureux que la dernière des misères avait forcé d'aller mourir à cet hôpital, après avoir passé plus de la moitié de sa vie à l& recherche d’un trésor. Ges restes mortels, on l’a déjà compris, étaient précisément ceux de l’homme qu'on a vu tautôt s’allier au possesseur du Petit-Albert et du Dragon Rouge...

Un artiste humanitaire a peint quelque part le triste spectacle du convoi du pauvre, suivi d’un seul ami fidèle : son chien ! Eh bien !le convoi de

(1) En justice pour cette importante institution disons qu'elle possède maintenant un corbillard très convenable,

un trésor, la connais.

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En face d’un aussi sombre tableau, les commentaires deviennent inutiles : chacun peut les faire soi-même,

En 1865, étant alors l’imprimeur et l'édi.

teur du Canadien, nous reçûmes la visite de trois pauvres cultivateurs, qui avaient parcouru plus de quarante cinq milles à pied afin de se procurer un Petit Albert, avec lequelils avaient la ferm2 croyance de s'emparer d'un coffre-fort, qui se trouvait, disatent-ils, au beau milieu de la rivière Etchemin ; malheureusement ce trésor était gardé par des démons, et, sausle Petit-Albert, il n'y avait pas moyens de s'en emparer.

‘ Ah! monsieur, si vous saviez comme nous avons travalilé, nous dit l’un d'eux, pour retirer ce coffre fort du font de la rivière, imus toujours sans sueces. Figar-z-vous qu'un jour on tenait le coffre et au moment qu'on se préparait à le sortir de son trou à laide de chaines, crac !'il avait disparu sous terre. Et dire que voilà trois ans qu'on travaille pour s'emparer de ce trésor, J'avais un beau bien, allez, mousienr, mais aujourd'hui j'ai tout perdu, ma terre est mangée et le cotfre s'enfonce toujours de plus en plus au fond de la rivière. Mais vous, monsieur, vous pouvez nous donner le Vrai Petit Albert, on paiera le prix

pour, car on nous a dét qu'il parlait fort ce livre là et qu'il était capable de chasser Les démons qui sardent les trésors cachés ?”

Le pauvre malheureux qui nous tint ce langage avait été la dupe d'un misérable étranger. GC: dernier avait abuser de sa crédulité et de son isnorange en bai faisant croire qu'il connaissait un endroit où il y avait un trésor consilérable, mais qu'il fallait d'abord chisser Les démons qui le gardent. Le résultat fut la ruine complète de trois cultivateurs, mdignement trompés par cet avenlurier qui avait, durant plus de trois ans, réussit à vivre grassement au dépens de ses malheureuses victimes,

Aprés avoir fait comprendre à ces infortunés combien ils étaient dans l'erreur el combien tous ces livres de secrets merveilleux étaient trompeurs, nous les engigeâimes à lire attentivement le Véritable Pelit-Albert, convaincu que nous étions que ces braves gens finiraient par se rendre à l'évidence, Eh bien! de fait, aujour. d'hui, après quinze années de persévérance constante, n9s trois cultivateurs sont arrivés de nouveaux, conne colons, a acquérir chacun une magnifique terre sur lesquelles ils vivent très à l'aise avec leurs nombreuses familles,

L'été dernier, (1880), sur le terrain même de la Grande Exposition de la Puissance, à Montréal, où

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PETIT-ALBERT, 77 nous agissions comme un des surintendants, nous eûmes Le plaisir de rencontrer un de ces colons, le principal acteur de la scène qui s'était passée sur la rivièr: Etchemin. Eu nous reconnaissant ce brave homine s'exelan: en ces termes :

— ‘Oh! que je suis heureux, mousieur, de vous rencontrer ici, afin de pouvoir vous dire combien nous remercions Dien tons les jours d'avoir finit par comprendre, en lisant votre Véri. table Petit.Albert, que le meilleur des trésors à découvrir Cousiste dans une culture faite avec intelligence, beancoup d'eugrais et des labours profonds !”

Hatons-uous de dire que ce brave colon ne se trouvait point à cette exposition comme simple curieux, au contraire, il était Là comme un des principaux exposants de produits agricoles, Voilà le résultat d'un bor conseil mis en pratique,

Eu terminaut ce chapitre nous invitons tous les chercheurs de trésors nocturnes à suivre le bel exemple de cet heureux colon : leur santé et leur bourse ne s'en trouveront assurément que mieux servies.

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