‹ Le véritable Petit-Albert ou Secret pour acquérir un trésor [microforme]: suivi d'un petit recueil de quelques-uns des merveilleux secrets de la nature, de la médecine, de l'industrie, des sciences et des artsChapitre 16 sur 57 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Des Sorciers et des Magiciens.

Nous allons, maintenant, entretenir le lecteur spécialement sur la phalange innombrable des sorciers qu’on rencontre dans tous les temps, et dans tous les lieux, dans le Nouveau comme dans l’Ancien-Monde, D'abord, on a cru généralement avec raison que les sorciers peuvent, à l’aide des puissances infernales, wpérer des choses surnaturelles en conséquence d’un pacte fait avec le diable.

Mais en consultant leur histoire, nous y voyons que ces gens n'étaient la plupart que des imposteurs, des charlatans, des fourbes, des maniaques, des fous, des hypocondres, ou des vauriens, qui cherchaient à se rendre rermarquables par les terreurs qu’ils inspiraient.

Selon Bodin, les sorciers se rendaient coupables de quinze crimes, dont il donne toute la nomenclature, mais ce n’est qu’un fatras de stupidités dans lequel satan joue, bien entendu, le premier rôle. Inutile de les mentionner ici. Parmi ces crimes, Bodinen a omis plusieurs qui ont leur côté fantastique, car selon d’autres

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Isieurs autres

historiographes, les sorciers opéraient à volonté sur les éléments, et produisaient alors, soit le beau temps, la pluie, le froid ou le chaud ; et, qu’animés de l'esprit du mal, ils excitaient le plus souvent des ouragans et des tempêtes pour se venger de quelqu'un.

Le démonographe de Lancre rapporte qu’un roi des Goths n’avait, pour exciter un orage, qu’à tourner son bonnet du côté où il voulait que le vent souffât. M. Marmier, dans ses Souvenirs de Voyages, rapporte le fait suivant :

“ Un respectable voyageur allemand, qui explora le nord vers la fin du dix-huitième siècle, raconte qu’il acheta d’un Finlandais un mouchoir, où il y avait trois nœuds qui renfermaient le vent. Quand il futen pleine mer, le premier nœud lui donna un délicieux petit vent d’ouest-sud-ouest, qui était précisément celui dont il avait besoin. Un peu plus loin, comme il changeait de - direction, il ouvrit le second nœud, et il survint un vent inoins favorable $ mais le troisième nœud produisit une horrible tempête, et c’était sans doute, dit le naïf conteur, une punition de Dieu que nous avions irrité en faisant un pacte avec des hommes réprouvés.??

Les sorciers se vantaient de plus d’arrêter le cours des fleuves et de les faire remonter vers: leur source, de transporter aussi les moissons d’un champ dans un autre. “ Mais, pour s’émparer des produits d’un champ quelconque, il fallait, dit une légende écossaise, le labourer avec un attelage de crapauds; que le diable conduisit lui-même la charrue ; que les cordes de cette charrue fussent de chiendent, ete., etc., que ce singulier labourage, une fois terminé, tous les fruits passaient d'eux-mêmes dans la

grange des sorcières, et qu’il ne restait at propriétaire que des épines et des ronces. ”

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire touchant d'autres puissances dont se vantaient les sorciers du moyen âge et des temps modernes, mais nous croyons que cela suffit pour démontrer combien alors étaient malheureuses les générations qui se courbaient ainsi sous l’influence d’une pareille superstition.

Pour avoir une idée du grand nombre de sorciers répandus en Europe, dans les derniers siècles, il nous suflira de dire ici, d’après des autorités irrécusables, qu'on chassa de la ville de Paris, sous Charles IX, plus de trente mille sorciers : ce qui n’empêcha pas néanmoins la fameuse Catherine de Médicis, mère du roi, d’aller consulter, chaque jour, son sorcier-asl:'ologue, bien payé par elle, et de se livrer ellemême à ces pratiques absurdes. Sous Henri III, successeur de Charles IX, on comptait plus de cent mille sorciers en France. ‘ Chaque ville, dit Collin de Plancy, chaque bourg, chaque village, chaque hameau avait les siens. On les poursuivit sous Henri IV et sous Louis XIHIIL; Je nombre de ces misérables ne commença à diminuer que sous Louis XIV. L’Angleterre n’en était pas moins infestée. Le roi Jacques 1er, qui leur faisait la chasse très-durement, écrivit contre eux un gros livre, sans éclairer la question.

Des écrivains très-bien renseignés établissent qu’il a été brûlé,en Europe, plus de cent mille personnes pour cause de sorcellerie. Selon d’autres, ce nombre serait même bien au-dessous de la réalité. Cela paraît, de prime abord, tenir de la fable, mais quand on connaît les motifs sur lesquels un juge se fondait quand il avait à condamner un prétendu sorcier, on n’est

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