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plus étonné du grand nombre de victimes qu'on fit passer par le feu, durant plusieurs siècles,
Par exémple, d’après un ouvrage de Boguet, avocal, dans léquel sé trouve : Une instruction pour un juge en fait de sorcellerie, ” publié en 1601, il suffisait, pour condamner un sorcier à être brûlé, que sa contenance fût inquiète ; de ne point jeter de larmes ; de fixer les yeux en terre : avoir le regard effaré ; de barbotter à part; de blasphêmer ; tout cela était indice. De plus, si l’accusé était triste, taciturne, s’il portait sur le corps quelque marque, s’il était saisi de graisse, (il ne faisait pas bon d'être gras à cette époque) tout cela indiquait un sorcier dont la peine était le supplice du feu ; mais d’abord le sorcier devait être étranglé, car il n'y avait que les loups-garous qui fussent brûlés vifs. Tel est en résumé le ‘ chef. d'œuvre de jurisprudence et d'humanité de l’avocat Boguet qui reGut dans le temps les suffrages des barreaux. ””
Aussi, nous pouvons dire en toute sûreté, qu’à cette époque Îles tribunaux judiciaires ont en grañde Partie enfanté les sorciers et contribué pour beaucoup à répandre cette fausse croyance chez tous les peuples, même les plus civilisés, C’est une iiche qui ne s’effacera Jamais de l’histoire judiciaire du moyen âge, même des temps riodernes.
Nous admettrons volontiers, qu’à part les victimes innocentes, trouvées coupables de sorcellerie sur les indices ridicules qu’on vient de lire, que les tribunaux Judiciaires condamnaient parfois au supplice du feu des hommes qui le méritaient bien ; mais dans ces cas on avait tort de les faire mourir comme sorciers, plutôt que comme de fiers JUEUX ; car, “un
Le) fait est certain, — à dit un auteur, — c’est que
presque tous les sorciers étaient des bandits qui prenaient un masque diabolique pour faire le mal; c’est que la plupart de leurs sortilèges étaient des empoisonnements et leurs sabbats d’affreuses orgies. Ces sorciers étaient encore des restes de bandes hérétiques, conduits d’aberrations en aberrations à l’adoration toute crue du démon.”
Cependant, comme on a mis au rang des sorciers des hommes qui n’étaient point des bandits, mais bien plutôt des génies d’une haute portée dans la connaissance des différentes sciences humaines, surtout dans la magie, il est bon, croyons-nous, d'en dire quelques mots
La croyance aux sorciers fut tellement générale dans les derniers siècles, qu’on en voyait dans toute chose. La moindre découverte valait de suite à son auteur le titre de sorcier. Par exemple, qui ignore que l'inventeur de l’imprimerie fut persécuté en compagnie de ses associés, Faust et Shæffer, dès l’apparition du premier livre imprimé par eux vers le milieu du XVe siècle? En France, dans la ville capitale, Paris, les personnes qui avaient acheté la bible, imprimée en encre rouge par Faust, ne virent dans l’impression de cet ouvrage que l’œuvre du diable. Faust fut accusé comme sorcier, et, sans la protection de Louis XI, alors régnant, cet imprimeur aurait subit inévitablement le supplice du feu.
En un mot, disons qu’il suffisait alors, pour être désigné comme sorcier, qu’un homme, par sa science, s’élevät quelque peu au-dessus du commun des mortels. C’est ainsi qu’on a mis souvent à tort au nombre des sorciers, même des papes, des évêques, des rois, des hommes de lettres, des inventeurs, des magiciens, enfin
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PETIT-ALBERT. 29 ts qui la plupart des hommes qui se livraient à l’étude ire le L des diverses sciences humaines, e lèges | AI bbats ncore là : Faust le Magicien.
iduits k. Faust, le fameux magicien, qu’on a confondu
toute 4 avec Faust, l’associé de Gutenberg, l’inventeur F de l’imprimérie, est, entre les autres magi- S sor- ! ciens, celui qui a le plus étonné le monde de ban- ses merveilles. Aussi, on lui fait jouer un rôle haute dans sa légende qui tient à tout ce qu'il y a entes | de plus infernal. En voici les principaux traits, ie, il que nous empruntons à différents auteurs : mots | Faust, né à Weimar, en Allemagne, au commenc:ment du XVIe siècle, était un génie éné- plein d’audäce,—disent les légendaires, —animé oyait |- d’une curiosité indomptable, avec un immense verte désir de tout savoir, il apprit la médecine, la rcier. jurisprudence, la théologie ; il approfondit la l’im- science des astrologues, et, quand il eut épuisé e ses ÿ les sciences naturelles, il se jeta dans la magie, n du et devint pour les Allemands l'idéal du sorcier, ilieu ; Faust avait asservi à ses ordres, par un pacte capi- de vingt-quatre ans, un démon qui avait nom té la Méphistophélès, le second des archanges dét, ne chus, et, après Satan, le plus redoutable chef > que | des légions infernales.
mme On ajoute qu’à l’aide de ce démon, Faust desalors à cendit aux enfers, parcourut les sphères céable- lestes et toutes les régions du monde sublunaire.
pour Widman, dans son histoire de Faust, rap- , par porte les conditions du pacte fait entre Satan s du | et ce magicien qui le signa de son sang, sur mis F parchemin, et dont on assure qu’on trouva le 1ême = double parmi les papiers du docteur; il portait : imes lo. que l'esprit viendrait toujours au comman-
enfin dement de Faust, lui apparaîtrait sous une fi-
gure sensible, et prendrait celle qu’il lui ordonnerait de revêtir; 20. que l’esprit ferait tout ce que Faust lui eommanderait ; 30. qu’il serait exact et soumis comme un serviteur ; 40. qu’il arriverait à quelque heure qu’on Pappelât ; 50. qu’à la maison il ne serait vu ni reconnu que de lui. De son côté, Faust s’abandonna au diable, sans réserve d'aucun droit à la rédemption ni de secours futur à la miséricorde divine. Le démon lui donna, en retour de ce traité, un coffre plein d’or; dès lors, Faust fut maître du monde, qu'il parcourut avec éclat. Et, pour terminer convenablement son infernale existence, il eut à l'expiration de son pacte le cou tordu par le diable.
Inutile de dire que toute cette histoire n’est qu’une fable ridicule, et que jamais telle chose n’eut lieu à l'égard de cet homme : c’est là, au reste, tout ce que les auteurs sérieux s'accordent à dire.
A propos du pouvoir surnaturel dont jouissait Faust, ses historiens rapportent l’anecdote suivante, qui a bien son côté risible :
“ Un jour, se rencontrant à table dans un cabaret avec douze ou quinze buveurs qui avaient entendu parler de ses prestiges, ayant tous la tête échauffée, ils lui demandèrent unanimement qu’il leur fit voir une vigne chargée de raisins mûrs. Ils pensaient que, comme on était alors en décembre, il ne pourrait produire un tel prodige. Faust leur annonça qu’à l'instant, sans sortir de table, ils allaient voir une vigne telle qu'ils la souhaitaient, mais à condition que tous ils resteraient à leurs places, et attendraient, pour couper les grappes de raisin, qu’il le leur *ommandât, les assurantque quiconque désobéirait courrait risque de
la vie. Tous ayant promis d’obéir, le magicien
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fascina si bien les yeux de ces gens, qui étaient ivres, qu’il leur sembla voir une très-belle vigne chargée d'autant de longues grappes de raisin qu'ils étaient de convives. Cette vue les ravit ; ils prirent leurs couteaux et se mirent en devoir de couper les grappes au premier signal de Faust. Il se fit un plaisir de les tenir quelque temps dans cette posture, puis, tout à coup, il fit disparaître la vigne et les raisins ; et chacun de ces buveurs, pensant avoir en main sa grappe pour la couper, se trouva tenant d’une main le nez de son voisin, et de l’autre le couteau levé, de sorte que s'ils eussent coupé les grappes sans attendre l’ordre de Faust, ils se seraient coupé le nez les uns aux autres. ?”
Il est facile de s’expliquer comment un pareil prodige, opéré dans un temps où le magnétisme et ia biologie étaient complètement inconnus, pouvait faire tourner la tête des peuples de cette époque ; c'en était assez pour leur faire croire, dans des circonstances souvent toute: naturelles, aux puissances infernales agissant par l’entremise des hommes extraordinaires, qui furent plutôt la terreur que les bienfaiteurs des siècles qui les virent naître, tant leur science des secrets de la nature était incompatible avec l’esprit borné des générations d’alors. Du moment qu’une personne s’élevait au-dessus du commun des hommes, de suite on la désignait comme sorcière et comme ayant fait pacte avec Satan ; enfin tout ce qui dépassait la sphère de leurs connaissances était regardé comme magique et surnaturel.
Dans cette disposition des esprits, il devenait souvent, facile à des fourbes adroits d’abuser de la crédulité publique par des jongleries qu’ils appuyaient de l'autorité de lPEcriture-Sainte et des antiques traditions, surtout à une épo-
que où les préjugés ‘et l'ignorance se partageaient empire du monde.
Mais aujourd’hui, comme le remarque un auteur, les progrès de la civilisation, les lumières de la philosophie, les faits extraordinaires expliqués par les progrès des sciénces et des arts, nous ont enfin délivré de toutes ces visions de magiciens, de sorciers, loupsgarous, lutins, feu-folet, etc., etc. Ce n’est plus que dans les Campagnes éloignées des grandes villes, et parmi la classe la moins éclairée du peuple, qu’on trouve des traces de ces préjugés et de ces superstitions que les progrès des lumières ne tarderont poiri à faire disparaître. Penser autrement serait blasphêmer Dieu ; ce serait croire qu’il abandonne sà toute puissance aux démons, et que ceux-ci Ja communiquent aux hommes pour qu’ils la fassent servir à corrompre, perverlir et faire le malheur éternel de l’espèce humaine. Il est au contraire bien plus juste d’attribuer au progrès des sciences les effets merveilleux qu’elles enfantent et dont plusieurs, réunis à l’adresse, constituent la magie blanche.
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Sorciers escrocs ou voleurs.
Nous rapporterons ici quelques faits concernant de prétendus sorciers appartenant à notre siècle, lesquels nous feront bien connaître ceux de l’ancien temps.
En 1820, le tribunal correctionnel de Marseille eut à se prononcer sur une cause de sorcellerie entre une demoiselle abandonnée par un homme
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qui devait l’épouser, et un docteur qui passait
Pour sorcier, à qui elle avait demandé un secret pour ramener son ingrat et infidèle amant
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et nuire à une rivale. A cet effet le sorcier commença par se faire donner de l'argent, puis une poule noire, puis un cœur de bœuf, puis des clous. Mais il fallait que la poule, le cœur et les clous fussent volés. Cependant, tout fut inutile, et ia demoiselle ne put retrouver le cœur de son amant. De là un procès qui se termina par la condamnation du sorcier à l’amende et à deux mois de prison comme escroc.
En 1841,—la date est bien rapprochée de nous, —des sorciers, au nombre de sept, tous de la même famille, étaient traduits devant le tribunal correctionnel de Valognes, France, pour divers délits d’escroquerie à l’aide de manœuvres frauduleuses employées auprès de pauvres ignorants qui se croyaient ensorcelés. C’est toute une longue histoire que le procès de cette famille de sorciers qui furent tous condamnés à paycr l’amende età subir la prison, comme voleurs, pour plusieurs ennées.
Durant l’été de 1858, — la date est presque d’hier,—la justice faisait encore main-basse sur une famille de sorciers: le sieur M,... et ses fils, domiciliés à Saint-Etienne, France. Nous trouvons, à ce sujet, dans un journal français, le Mémorial de la Loire, des révélations qui attestent à quel point les masses se laissent encore égarer, même en France, par le plus grossier charlatanisme, lequel n’est rien autre chose qu’une transformation de la sorcellerie des temps passés. Voici quelques extraits de ces révélations :
‘ Appelés auprès d’un malade, le sieur M...
et ses fils, qui avaient la réputation de communiquer directement avec les esprits célestes, et de guérir, par leur intervention, toutes les infrmités humaines, commençaient par lui faire comprendre qu’il n’était atteint d’aucune affec-
tion dangereuse : que c'était simplement un malheur qu'un de ses ennemis avait jeté sur lui. Pour conjurer ce malheur, les sieurs M... ordonnaient de placer dans un vase de terre de l’urine, de la râclure d’ongles, une mèche de cheveux et de barbe et de quelques outtes de sueur des pieds, le tout provenant de l’ensorcelé ; enfin, d'ajouter à ce mélange de l’huiie, du vinaigre et dix ‘ ::: 4e la longueur de 4 à 5 pouces, et de : bouillir le tout jusqu’à parfaite évaporation au liquide.
Pendant cette opération, qui ne pouvait pas durer moins de vingt-quatre heures, Pindividu qui avait jeté le sort sur le malade devait se présenter dans la chambre même où elle avait lieu et reprendre à son compte le malheur.
Les clous devaient être enfoncés dans une planche destinée à cet usage et n’ayant Jamais servi à aucun autre,
‘ Si la guérison n’était pas obtenue (et elle ne l’était jamais), le malade devait prendre un bâton de la longueur de 36 pouces, d’un égal diamètre dans toutes ses parties, le couper en douze portions égales, les placer dans la poche droite de son pantalon et le suspendre à la porte de sa chambre à coucher ; puis le lendemain ces douze bouts de bâton devaient être coupés dans leur longueur et être réunis tous ensemble de manière à reformer le bâton sur une surface unie.
Les sieurs M.... père et fils ne se contentaient point de ces moyens absurdes pour enlever de l’argent à leur clientèle, car tous ces procédés ridicules étaient assez chèrement payés ; ils prescrivaient, afin d’obtenir lenlèvement des malheurs pour lesquels on ies consuitait, de faire bouillir, après les avoir coupés,
dans une marmite remplie d’huile, les vêtements du malade.
‘ Quelquefois l’un des fils M.... se rendait où feignait de se rendre à la Louvesc pour intercéder auprès de Saint-François-Régis afin d’obtenir la guérison du malade:
‘ Enfin lorsque tous ces moyens avaient été reconnus inutiles, on faisait lier avec des cordes les jambes et les bras du malade et on lui pres... crivait de rester dans son lit pendant au moins trente-six heures.
‘“ Qui le croirait ? toutes ces momeries absurdes ont trouvé créances auprès de certains esprits et l’on prétend que la maison des sieurs M.... ne désemplissait pas de gens qui venaient les consulter. ”?
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Le type des bons Sorciers.
Nous terminerons ce chapitre, déjà bien long, par une anecdote assez récente qui nous fera admettre lexistence d’une classe de sorciers exemplaires, les seuls que nous voulons bien reconnaître, et dont Mme Lenormand est lé vrai type. Cette dame, morte à Paris dans le mois d'août 1851, à l’âge avancé de 90 ans, était la femme de imprimeur qui fonda lé Journal des Débats, avec’ M. Bertin aîné, en 1797. L
En consultant sa biographie, nous voyons qu'après s’être retirée du commerce de librairie foraine, où elle réussit à créer une des plus importantes maisons de Paris, Mme EÉenormand eut un salon où beaucoup de sommités politiques et académiques se donnèrent rendez-vous. Plus tard, se sentant fatiguée de cette société, elle alia se fixer dans une propriété située dans le même quartier que son homonyme, Mile Lenor-
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mand, la devineresse fameuse à laquelle l’'Empereur Napoléon ler prêta l'oreille et donna cent mille francs. . La parité des noms, la proximité des demeures firent souvent naître des quiproquos. En voici un qui mérite d’être mentionné :
‘ Un jour, une jeune fille troublée, éperdue, entre chez elle.
—Madame, s’écrie l’inconnue, vous lisez diton dans l’avenir..., secourez-moi.
Mme Lenormand examine la jeune fille, juge à son extérieur, à ses manières, à qui elle peut avoir affaire, et après quelques vagues interrogations qui la fixent dans ses soupçons, elle répond :
—Vous avez abandonné la maison paterneile ?
—Oui !
— Vous cédez à un amour passionné ?
—Oui !
—Îl vous a décidé à /e suivre ?
—Oui !
Voilà le présent, mon enfant...
Mais l'avenir, l'avenir, madame... ?
— L'avenir! le voici..., 11 vous déshonorera.... 11 vous abandonnera...,. Vous périrez dans la misère, dans les larmes... Votre vieux père en mourra de honte et de désespoir...
Voilà l’avenir !
Et tirant parti de l’effroi et de la crédulité de la jeune fille, elle l’amena peu à per à des sentiments moins exaltés, la calma, la persuada qu’elle pouvait encore échapper à cet avenir si funeste, etla faisant monter en voiture, la ramena à ses parents,
—Ah! madame, vous êtes donc sorcière pour avoir su deviner... dit la jeune fille sauvée. Ç
—Non, mon enfant..., mais Je suis mère !”
C’est aï si que nous rencontrons par fois de bons sorciers, dans des personnes qui connaissent assez bien les différentes phases de la nature humaine, par Pexpérience des années, et l’étude constante du cœur de l’homme, pour pouvoir, avec à propos, influencer un Jeune esprit, surtout en proie à une de ces passions violentes capable de tous les sacrifices, et savoir l'arrêter au moment même que cette jeune personne allait se précipiter corps et âme dans un centre de démoralisation infime.
Soyons sorcier comme l'était Mme. Lenormand et nous serons de bons sorciers. Que de jeunes personnes tombées qui ne le seraient point aujourd’hui si elles eussent rencontré, avant leur chute, une sorcière du genre de Mme
3 Lenormand le ...