‹ Le verité sur l'AlgérieChapitre 107 sur 148 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Le séparatisme el l'autonomie financière de 1900.

Grâce au chantage de la rébellion antisémite l'Algérie obtint son autonomie financière.

Dès le mois de mai 1900, M. Pourquery de Boisserin en suite de son enquête en Algérie avait dit :

«D'excellents esprits, non les moins clairvoyants, ont vu dans l'autonomie financière lé point de départ d’un mouvement fatalement appelé à se compléter, dans un délai plus ou moins éloigné, par l'autonomie politique, le séparatisme pour dire le mot.

« L’objection est grave. L'enquête nous à malheureusement révélé au’il existait en Algérie les germes d’un esprit particulier, indéniable, avoué. Il est le fruit malsain de bien. des causes. Sans danger immédiat il peut devenir un péril.

« Les Français d'origine que les liens d'intérêt de famille attachent à la mère-patrie qu'ils aiment avec le sentimént puissant fait des souffrances, des espérancés communes, du souvenir des gloires et des défaites héroïques, de la pensée reportée vers ce coin de terre où les pères ont vécu, sont enserrés au milieu d’une population étrangère prolifique qui ne connait pas la France. Naturalisés globalement par des lois successives toutes regrettées, ces étrangers qui n’avaient pas sollicité lé titre de citoyen français n’en comprennent pas la grandeur; ils n’en aiment pas les devoirs. Un grand nombre, pour ne pas dire tous, parlent et pensent dans, une autre langue. Les souvenirs, les intérêts les écartent de nous, et très lentement vieén-

dra l'heure (si même elle doit jamais venir) pour quelques-uns de l'assimilation qui leur donnera l'âme française. »

Mais M. Berthelot répondait le 27 juin 1900 :

« I nous faut dire un mot d’une objection politique; bien qu'elle ait à peine été formulée cette fois, parce qu'elle a retardé l’étude de la question : c’est l'objection du séparatisme. La création d'un budget spécial de l'Algérie ne va-t-elle pas favoriser des tendances séparatistes, l'autonomie financière apparaissant un premier pas vers l’autonomie politique et l’indépendance totale ? On s'étonne qu'un esprit aussi lucide que Burdeau ait pu s’arrêter à de semblables objections. Pendant bien longtemps encore la population indigène sera la majorité en Algérie, et la sécurité complète n'y pourra être assurée aux Franco- Algériens que par leur union avec la métropole.

« C’est la France qui assure leur défense et sur mer et sur terre; pour qu'ils y puissent suffire ils devraient s'imposer un effort disproportionné avec leurs forces et avec leurs revenus. Alors même que dans une période évidemment encore lointaine, l’Algérie pourrait contribuer pour sa quote-part à notre budget de défense nationale, il lui faudrait, pour avoir une armée à elle et une flotte à elle, des sacrifices bien plus considérables.

« Que gagnerait-elle à s'isoler de notre empire colonial africain, dont la mise en valeur lui réserve de précieux débouchés et de larges bénéfices ?

« Sans faire intervenir aucune raison morale, le souci de ses intérêts et de sa sécurité préviendra en Algérie toute velléité de se détacher de la France. Il serait profondément injuste de suspecter le patriotisme de nos frères d'Algérie, aussi ardent que celui de toute autre terre française : comme les Bretons, comme les Méridionaux, ils ont un patriotisme local qui ne . fait nul tort à l’autre, et des intérêts régionaux à faire valoir. Le respect de ces intérêts légitimes est la meilleure manière d'éviter les malentendus et les froissements.

« C’est en refusant des libertés aux colons, et non pas en les leur accordant, que l’on développe les tendances séparatistes. L'histoire des colonies anglaises et espagnoles d'Amérique l'atteste clairement.

« Nous avons abordé de front cette objection politique du séparatisme en en poussant à l'extrême l'hypothèse, mais ni votre commission du budget, ni son rapporteur n’estiment

qu'elle puisse être sérieusement soulevée à l'occasion du budget spécial. Celui-ci n'organise aucunement l'autonomie algérienne ; il n’affaiblit en rien le droit d'initiative et de contrôle des pouvoirs publics. »

| Jéne veux point préjuger du fait. Nous verrons plus loin, par le fait, qui avait raison de Burdeau ou de Berthelot, quand nous analyserons ce que les Algériens ont compris de politique dans la gérance de leur budget, aux réunions des Délégations financières de 1903 et de 1904.

| Voici une manifestation de séparatisme pratique découverte par M. Le Moigne et signalée en ces termes dans son rapport du 17 mars 1902 :

| | « On ne peut s'empêcher de constater, parmi quelques membres des assemblées algériennes, une tendance à étiminer plus ou moins complètement l'élément français métropolitain | dans le peuplement des villages. On a fait valoir que les Algé- |

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riens, connaissant mieux le pays et ses procédés de culture spéciaux, permettent d'assurer un peuplement plus rapide et plus efficace que les colons venus de la métropole, et qui souvent abandonnent leur concession. »

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