‹ Le verité sur l'AlgérieChapitre 106 sur 148 · VI · texte numérisé non relu

VI

L'idée séparatiste dans les assemblées politiques algériennes.

| Ce que les Algériens écrivent dans leurs journaux, ils le disent dans leurs assemblées politiques.

M. le sénateur Gérente, à la commission interdépartementale, 11 juin 1897, disait :

« Le Parlement français est profondément incompétent pour toutes les questions touchant à l'organisation générale de la colonie et il y a danger à lui laisser sur ce point le pouvoir exclusif de délibérer. »

Le 12 juin, M. Gérente recommandait les an-

| ciennes idées de M. Béhic, dont «le projet ne sou- | mettait pas chaque année le budget à l'examen du | Parlement ».

Si alors les collègues de M. Gérente n'osent pas | encore réclamer l'autonomie complète, ce n’est point 4 | parce qu'ils ne la veulent pas, mais parce qu'ils À savent qu'on ne la leur donnera pas.

M. Broussais (en réponse à une question de M. Giraud « se demandant s’il ne serait pas préfé- . rable de régler les questions algériennes par des dé-

crets après avis du conseil colonial », par conséquent “en dehors du Parlement,) dit :

complète; il est certain qu'un projet conçu dans cet esprit n’au-

rait aucune chance d'aboutir. | « Dans cette voie de progrès qui s'ouvre devant nous, il s'agit ;

seulement de savoir ce que nous pouvons obtenir de compatible

avec nos intérêts immédiats, sans compromettre en les exagé-

rant le résultat de nos revendications, etc., etc. »

| « C'est peut-êtré aller trop loin dans la voie de l'autonomie |

| Toute cette séance de la commission interdéparte- :

mentale de 1897 pue le séparatisme. M. Marchal ne veut plus de représentation algérienne au Parlement français, puisqu'il y aura un Parlement algérien. sans indigènes, ajoute M. Fouque, approuvé par M. de Soliers dont le nom était alors écrit Dessoliers. |

La commission interdépartementale de 1897 ne prononçait pas le mot séparatisme, ne parlait pas de sécession. Les menaces publiées par le Télégramme et portées à la tribune par M. Forcioli en 1896 reparurent en 1898 au conseil général de Constantine sous le prétexte des impôts.

«& À maintes reprises nous avons protesté contre les impôts dont il nous est arrivé d’être injustement et inopinément accablés.

« Or c'est une question d'impôt qui souleva contre l’Angleierre en 1776 ses colonies du Nord de l’Amérique, et c’est une question de privilèges réservés aux Espagnols nés en Espagne — lesquels avaient seuls le droit d'être fonctionnaires — qui souleva contre l'Espagne dans ses colonies sud-américaines les créoles et les Espagnols nés sur le sol de ses colonies, et qui fit perdre à cette puissance, au commencement de ce siècle, à la faveur des guerres napoléoniennes de 1808 à 1815, ses magnifiques territoires de l'Amérique du Sud.

« C'est une question d'autonomie, de libertés âprement revendiquées, qui vient de faire perdre Cuba à l'Espagne! »

Cela fut dit le 8 octobre 1898 au conseil général de Constantine. Après la menace, naturellement suivaient les protestations du plus absolu dévouement à la France.

J'emploie à dessein le mot menace au lieu de celui d'avertissement, Quand un homme autre qu'un Algérien dit « la mauvaise politique suivie dans la colonie conduit au séparatisme », cela constitue un avertissement. Quand des Algériens disent cela c’est une

menace, car c’est eux qui feront ou ne feront pas le séparatisme.

Mais, sans plus discuter, poursuivons nos citations.

Le 26 décembre 1898, aux Délégations financières, M. de Soliers, qui est encore Dessoliers, veut assimiler l'Algérie à un pays étranger sous le protectorat français il est vrai, mais tout de même étranger. [ dit :

« La Tunisie fixe elle-même ses droits de douane comme elle l'entend ; pourquoi, comme on le voulait sous l'Empire, n'en serait-il pas de même pour l'Algérie ? Ce régime fonctionne tout près de nous. Pourquoi ne pas l'adopter ? »

Évidemment.

Et le lendemain notre précieux M. de Peyerimhoff disait :

«Il y a un pas à franchir. C’est celui qui sépare l’autonomie financière d’une véritable autonomie politique. Et rien ne nous permet de croire que la métropole soit aujourd'hui disposée à accorder cela à l'Algérie. »

C’estun fonctionnaire bien français que cet homme annonçant ainsi froidement pour le lendemain l’autonomie politique algérienne après que le premier pas aura été franchi grâce à l'autonomie financière.

Et cela explique pourquoi, malgré la volonté du ministre de l'intérieur et le désir du gouverneur général, ce M. de Peyerimhoff est demeuré en fonction après le départ de M. Revoil. Même l'aventure fut curieuse, M. Jonnart avait prié M. de Peyerimhoif de démissionner. Le bloc algérien tombe sur le gouverneur, — Mais c’est l'ordre du ministre de l'intérieur. — Comme attaché au Conseil d'Etat, M. de Peyerimholf ne relève que du ministre de la justice. Comme directeur de l’agriculture algérienne, il ne

dépend que du gouverneur... alors... alors M. de Peyerimhoff demeura.

Un des arguments qui furent employés pour obtenir l’autonomie financière de l’Algérie, celui qu'il faut les intéresser aux économies budgétaires, montre que les Algériens ne se considéraient pas Français.

Lisez ces réflexions de M. Le Moigne dans son rapport sur le budget de 1899 :

« L'Algérie a toujours été traitée par la métropole comme un fils de famille à qui les parents paient ses dépenses, non quelquefois sans mauvaise humeur, mais qui, n'ayant pas de ressources propres, sachant la caisse paternelle bien garnie, cherche à se procurer le plus d'argent qu'il peut ét n’a guère le souci d’en faire bon usage. Les Algériens n’ont aucun intérêt à voir s'accroitre leurs ressources budgétaires ; si la métropole veut leur imposer des taxes nouvelles, ils protestent avec d'autant plus d'énergie qu'ils ne concoivent aucun rapport direct entre

le produit de ces impôts et les crédits que l’on mettra à leur A

disposition. Ils n’ont aucune raison de chercher à modérer leurs dépenses, puisque les économies réalisées de ce chef ne leur profiteront pas. Aussi est-il facile de constater que certains services fonctionnent surtout en façade, sans utilisation intelligente des sommes dont ils sont dotés. Les fonctionnaires de tout ordre sont naturellement amenés à chercher à tirer de leur situation le meilleur parti possible, sans se préoccuper suffisamment des résultats sérieux qu'il serait de leur devoir d'obtenir. »

M. Le Moigne ni personne d’ailleurs au Parlement français n’a souligné cette mentalité séparatiste qui faisait croire aux Algériens que les économies budgétaires réalisées en Algérie profitant à la France ne leur profitaient point à eux Algériens !.…

Le 28 mars 1899 les députés antisémites algériens déposent un projet de loi pour obtenir un « Conseil élu statuant sur toutes les questions relatives à la vie économique, financière, administrative de la colonie... avec commission permanente chargée de contrôler la gestion du gouverneur, de parer aux cas

urgents ». Et ils s’étonnent que M. Barthou ait vu là un « spectre » de Parlement algérien, séparatiste !

C'est que M. Barthou voyait comme M. Burdeau. On sait que M. Burdeau affirmait que l'autonomie financière donnée à l'Algérie était l’acheminement vers l'autonomie politique. « Le pas à franchir » signalé plus haut chez M. de Peyerimhoff.

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