RATS
— Trop.
Il paraît que la moyenne de tolérance est dépassée.
Tel est aussi l’avis des filles professionnelles.
Vous ne savez peut-être pas que lorsqu'on veut être fixé très vite sur l’histoire intime d’un pays, trouver si les réalités de mœurs répondent aux apparences, la méthode c’est, lorsqu'on ne peut consacrer des années à cette recherche, de causer avec les gens de police, les commissionnaires, quelques officiers ministériels, les garçons de restaurant, la blanchisseuse, le coiffeur et les filles. Naturellement, tous, quandils savent que vous « enquêtez », cherchent à vous tromper. En Algérie plus qu'ailleurs, les gens qu’on interroge ont tendance à mentir. J’ai vu de beaux menteurs en ma longue existence de chercheur de vrai. Nulle part je n’en vis magnifiques autant qu'en Algérie. J’en sais d’épiques. Et c’est merveille de les écouter bénévolement avec l’air idiot du philosophe qui veut bien laisser croire aux imbéciles qu’on le roule.
La courtisane algérienne est plus sincère. Elle prétend, la pauvre, qu’elle a rarement « l’occasion de causer ». Aussi quand elle se figure lavoir, s’en donne-t-elle... aux dépens de l'habituel client qui « la fait tant souffrir ». Cette poésie délicate, ce vague à l’âme, qu'ont généralement les putains, l’Algérien ne saurait, paraît-il, point le remplir. Au lupanar, la matrone se plaint de ce que les gens distingués, pour s’amuser, « cassent tout ». En ville on ne casserien... où moins. Mais quand une bonne fille veut offrir des thés où il y ait un peu de tenue, personne ne vient. Pour avoir du monde, il faut singulièrement corser le programme; à l’opium. Quelque-fois jusqu à la mort.
LA VÉRITÉ SUR L'ALGÉRIE 215 Bref les « bonnes filles » ne sont pas contentes.…. Le client n’aurait pas d'intelligence, pas de délicatesse et ne serait pas généreux. Il y a cependant un nom qui fait rêver les petites ouvrières d'Alger lorsqu’elles « pensent à devenir cocottes ». Elles citent } avec admiration le cas d’un jeune homme qui « s’est ) ruiné pour une femme ». Mais il paraît qu'il a quitté | Je pays n’y laissant pas école. De jeunes juifs ont | | cru cependant que le ton de la bonne société fran- | | çaise voulait qu’on fit quelquefois des folies pour des | actrices. Mais ça n'a pas tenu beaucoup non plus. Le | | simulacre du suicide leur a paru préférable à la forte somme comme preuve de grande passion chic. | Et cocottes et « artistes » gémissent, Le client leur est pris par « la femme du monde ». É, Si l’on additionnait tous les cas de « femmes du À | monde », de la concurrence de qui se plaignent cocottes | et trottins, de l'amour de qui se vantent marlous et | galopins dans les trois provinces, le résultat serait | stupéfiant ; il y aurait presque plus de femmes du | | monde que d'habitants... car le troupier qui vient ‘. de France, le muletier qui vient d'Espagne, le passant qui vient de partout, absolument tous, vous dis-je, au débotté, l'Algérie leur servirait une femme
Re eo pers
du monde. +} Il y a là plaisant travers... sous le prétexte qu'il 1 y eut, qu'il y a des scandales, que trop de petites 4
bourgeoises demandent à la prostitution clandestine | un supplément de toilette, que trop de « dames » ont ; la cuisse légère, enfin sous le prétexte que l’acclima- : tement donne en la mentalité féminine la prédomi- A nance à l’élément sexuel, il ne faudrait tout de même } pas que le touriste s’imaginât qu’en Algérie on n’a qu'à jeter le mouchoir au hasard pour qu’une « femme du monde » immédiatement le ramasse, Et