‹ Le verité sur l'AlgérieChapitre 86 sur 148 · ETES AE EE OR · texte numérisé non relu

ETES AE EE OR

il ne faudrait surtout point que, s’il le disait, le contait au retour, il trouvât créance. Il y a de sales réalités en Algérie. Mais il y en a moins que l'apparence ne le ferait supposer.

Bien plus, quand la réalité s'offre, elle est parfois loin de tenir ce que semblait promettre l’apparence. La féminité provocante ne l’est pour ainsi dire que dans l’intérêt de l’espèce. Elle est raccrocheuse pour la fin normale de sa fonction.

La « bagatelle », comme disent élégamment les tireuses de cartes, n’y est très souvent que tout à fait secondaire.

SV

Le rôle des juifs dans la prostitution algérienne.

J'ai trouvé quelque chose d’amusant sur ce propos.

Les Algériens qui constatent, déplorent ce qu'ils disent la « démoralisation de leur pays par la prostitution clandestine », en rendent responsable...

Qui... à

Leur climat, leurs vices, leur pauvreté.

Ne cherchez pas... Vous ne trouveriez point.

Je préfère vous le dire tout de suite :

Le juif.

Les malins de l’antijudaïsme ont dit aux cocus d'Algérie : « Si vous l'êtes, c’est la faute aux juifs. » Et il y eut beaucoup d’antisémites !

Il y a même là un curieux phénomène à retenir comme élément de mentalité de la race nouvelle.

Tout d’abord, ce fut, contre le juif, l'accusation de proxénétisme.

Ce passage de l’Algérie juive de Meynié (1887) en donne le thème :

« Pour acquérir un peu d'influence, le juif chercha à se mettre sous l'égide de nos officiers auxquels il livra sans vergogne sa femme et ses filles. Il a compris que c'était là un de nos côtés faibles, et c’est par là qu'il a cherché à nous attirer à lui.

« Nos vieux officiers qui, dès les premiers temps de la conquête, ont été attachés aux bureaux arabes doivent encore se rappeler la physionomie de ces vieux juifs, lorsqu'ils venaient humblement leur offrir leurs filles en ayant soin toujours de demander un service.

« Depuis les temps les plus reculés, nous avons constaté que les juifs ont toujours prostitué leurs femmes et leurs filles, pour se procurer le premier argent qui devait être la base de leur fortune et de leur future puissance. »

Ainsi, d’après les antisémites, le juif vendit sa femme, vendit ses filles. Puis quand il aurait su gagner de la sorte assez d’argent, il se serait mis en tête d'acheter les femmes; d’acheter les filles du chrétien, en faisant du pays chrétien un « vaste lupanar ».

Cela se lisait en Alger, dans l’Antijuif, n° du

10 février 1897 :

« Dans son ghetto, le youtre est capable des plus grands vols ; dans la rue des plus lâches assassinats ; dans son taudis, pour auréoler ses méfaits, il s’'adonne à des passions, à des instincts dont l’immoralité écœure d’abord, exaspère ensuite par ses actes suintant le pus de la corruption basse, vile, de celle qui, ayant conscience de sa hideur, se cache dans les rues infectes et ne sort dans la rue que lorsque la nuit est profonde et qu’elle peut, âraignée velue, guetter sa proie en se dissimulant le long des murs.

« Non content d’accaparer les fortunes des nations où il s'implante et d'activer par ses procédés une paralysie générale dans toutes les affaires, cet être dégoûtant cherche à les corrompre par ses mœurs abjectes. Si on n'y prend garde, si dans un élan d’assaut final, on ne chasse cette race, non seulement elle arrivera à transformer les pays en de vastes ghet-

tos, mais elle en fera &ussi par ses instinets un lupanar repoussant, où tyrannique elle apaisera ses appétits monstrueux. »

La note ainsi donnée fut reprise et développée,

Dans un journal qui eut beaucoup de succès, que lisait la jeunesse des deux sexes, dans un journal qui affirmait son antisémitisme jusque par son titre, : dans le Cochon du 9 mars 1902, j'ai lu :

« Certains qui peuvent être dans le vrai attribuent à l’influence juive la désagrégation morale actuelle, Il est évident que c'est sous l’action néfaste de ce principe essentiellement judaïque « que l'argent est tout, le reste rien » que sombrent à tout jamais les solides vertus françaises.

« Il est indéniable qu'à Alger notamment où les capitaux sont surtout concentrés dans les coffres . juifs, « l'argent » a exercé sur la femme son influence immorale.

« .… Un nombre considérable de femmes mariées qui proclament bien haut leur antijudaïsme et affirment ostensiblement leur haïne superficielle du juif... sont souvent les premières non seulement à accepter, mais encore à rechercher les faveurs monnayées d'Israël. »

L’homme vertueux qui publiait le Cochon avait malmené quelques chrétiennes ; il n'avait pas compris qu'en Alger l’insulte alors n’était permise que contre Israël. Coût: deux mois de prison. Aussi, quand il reprit son métier de moraliste sanitaire eut-il bien soin, toutes les fois qu'il voulut faire chanter une chrétienne légère, d’insulter en même temps un juif,

Aussi les jeunes gens prenaient-ils plaisir à lire ce délicieux journal et, malgré l'avis imprimé en manchette : « Nous engageons nos lecteurs à ne pas laisser le Cochon entre les mains des jeunes filles, » on mettait le plus souvent possible ledit Cochon entre lesdites mains desdites jeunes filles.

« Vive le Cochon!» ce fut une page exquise en

l'histoire de l’évolution de l'esprit de la race nouvelle, côté filles et côté garçons.

$ VI Les femmes d'Algérie dans l’antijudaïsme.

Pour voir complètes les femmes d'Algérie, les études du Cochon ne suffisent évidemment pas. Il faut détailler le rôle que les femmes ont joué dans l’antijudaisme de M. Max Régis. Les hommes d’esprit de là-bas disent que ce fut de la régistérie. Je crois que le mot est de M. Casteran. Ce mot n’est qu'un mot. Ce ne fut ni de la régistérie, ni de l’hystérie. Les femmes d'Algérie se montrèrent alors ce qu’elles sont, des femmes plus près de l’animalité femelle. Voilà tout. Et l’on peut dire de leur conduite, en parodiant un mot de Gavarni : « C’est ça qui donne une fière idée de la femme! »

Tant que l’antijudaïsme se présenta sous des étiquettes de raison la femme d'Algérie ne vibra point. Non plus que leur laid physique les spéculations de M. Marchal, de M. de Redon, de M. Samary, de M. Gérente (première manière) ne la touchaient. Passa Morès, le feutre de Morès, les moustaches de Morès.. [ly eut quelques dames du Souvenir... Pas trop, car Morès était encore un gentilhomme. Mais lorsque dans les ruées de blonde poussière, en lumière éclatante, au milieu des mâles à la poitrine velue, aux yeux sanglants, qui étaient horribles, et qui hurlaient, et qui suaient l’immondice, apparut M. Max Régis, le « héros » jeune, tout rose, auréolé de poils roux, stupide et superbe. toc, toc,.… ce fut le coup de foudre, et tous les cœurs émus, pris. Toutes

ces dames furent du Souvenir. Elles offraient à M. Max Régis de l’argent, des bijoux, des fleurs, des palmes, leur photographie, des baisers, leur clef... M. Max Régis était le victorieux. Elles tratnaient sa calèche,

En 1904 il n’y a plus de dames du Souvenir. M. Max Régis est réduit à laisser vendre par le Mont-de- Piété les bijoux du Souvenir.

C'est que la femme ignoreles vaineus. En Algérie comme ailleurs,

Des gladiateurs croyaient que la femme de Rome les aimait quand elle leur envoyait, victorieux, avec un sourire, un baiser, un bravo, son émoi de femelle chatouillée par la vue, par l'odeur du sang. À terre, hommes de boucherie, choses de voirie, elle les condamnait impassible au couteau de l’égorgeur.

Il y a beaucoup de la femme romaine dans la femme d'Algérie ; sans doute aussi dans la femme de partout... puisque les soldats se marient partout : mais il y en a plus dans celle d'Algérie. Et si M. Max Régis pouvait penser, écrire, il nous donnerait d’intéressants mémoires... La Gabaud, la Marie-Jeanne, les filles de la Kasbah, les cigarières de Bab-el- Oued, les couturières, les modistes et les boutiquières de Bab-Azoun, les bourgeoises, les mondaines de Mustapha... toutes... lui seul pourrait animer de sa bestialité une analyse de la force qui les jeta râlantes à ses pieds.

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