‹ Le Véronal - Les Véronalides: Leur thérapeutiqueChapitre 31 sur 45 · ARE DES · texte numérisé non relu

ARE DES

la méthode classique suivie par Fabre, et le ferrocyanure double de zinc et de potassium employé avec avantage par Charles Desodt.

Les autres déféquants, notamment l’acétate neutre de plomb ou réactif de Courtonne, conseillé par Fleury et Van Italie, donnent un extrait éthéré qui n’est plus négligeable. Il est nécessaire de le purifier par des manipulations assez longues qui diminuent le rendement par les pertes inévitables qu’elles entraînent.

Dans les méthodes de Fischer et Von Mering et celle de Kohn-Abrest, où l’urine n’est pas déféquée, nous verrons également que la purification est plus laborieuse et plus compliquée que dans celle de Fabre et surtout de Desodt.

2° Extraction.

Pour l'extraction, le solvant employé est l’éther; Van Italie et Steenhauer avaient proposé l’éther acétique qui a un pouvoir dissolvant supérieur à celui de l’éther sulfurique. « C’est ainsi qu’un gramme de véronal se dissout dans 8 gr. 9 du premier et dans 18 gr. 7 du second. » Mais, quel que soit le solvant volatil, il faut toujours en user un très grand volume et faire trois, quatre ou cinq épuisements; pour cette raison, l’éther sulfurique est préférable, parce qu’il est d’usage courant et de prix modéré. D’ailleurs, pour l'extraction dans les viscères, on lui donne également la préférence, car avec l’éther acétique on obtient des émulsions beaucoup plus tenaces qu'avec l’éther ordinaire.

ET

3° Purification.

On opère la purification sur le résidu obtenu après distillation de l’éther, préalablement desséché sur du sulfate de soude anhydre.

La méthode le plus souvent utilisée est la reprise de ce résidu par de l’eau chaude au baïin-marie bouillant, en présence de noir animal pendant une durée variable suivant les auteurs. Ce traitement est répété jusqu’à obtention d’un produit susceptible d’être identifié; mais il est souvent l’origine de grosses erreurs. Les résultats de la purification varient selon les qualités du noir animal employé. Tous les noirs ne conviennent pas et il faut les essayer sur des solutions titrées de véronalides additionnées d’impuretés diverses, et vérifier aussi que « leur coefficient d’absorption barbiturique » est nul.

Desodt a constaté à plusieurs reprises que, malgré une dessiccation assez prolongée, l’éther maïntenait en dissolution des traces de sulfate de soude que l’on retrouve dans le résidu éthéré : « Ce cas était surtout la règle quand, l’excès de plomb du défécat urinaire étant très faible, l’addition de solution saturée de sulfate de soude risquait d’être exagérée (11). » Il a reconnu l’avantage que présentait un traitement alcoolique du résidu éthéré. Par ce moyen, il obtient très rapidement un barbiturique généralement pur; il élimine de nombreuses causes d'erreurs, et le dosage effectué devient sûr et rapide.

Par la formation des dérivés xanthylés et leur hydrolyse (Fabre, 18), on peut également obtenir un produit

CERN

très pur à partir d’un résidu souillé, que ce résidu provienne de la recherche dans l’urine, dans le sang ou dans les viscères. Il suffit d'opérer de la façon suivante : |

a) FORMATION DU DÉRIVÉ XANTHYLÉ.

Le résidu à purifier, en général coloré en jaune, est introduit dans un petit tube à essai et dissous dans un peu d’acide acétique, de façon à obtenir une solution à peu près à 1/10, qui se fait rapidement à la température du baïn-marie. On ajoute une quantité de xanthydrol environ deux fois plus grande que celle du résidu mis en œuvre. Le mélange est maintenu une minute au bain-marie et la solution est abandonnée au refroidissement. Il se forme un précipité cristallisé que l’on sépare avec précaution au bout de deux ou trois heures. Après lavage à trois reprises avec un peu d’alcool à 95° bouillant et dessiccation, on obtient un dérivé xanthylé d’où l’on peut, par hydrolyse, obtenir le barbiturique cherché à l’état pur.

b) HYDROLYSE DU DÉRIVÉ XANTHYLÉ.

« Un gramme de dérivé dixanthylé, par exemple, est traité par 5 cc. d’alcool chlorhydrique à 1/5 à reflux pendant une heure; il se dissout en donnant une liqueur vert foncé. On dilue dans 25 cc. d’eau distillée. Il se forme un abondant précipité incolore. On alcalinise par de la soude à 1/10 qui en dissout une partie, et en particulier le composé barbiturique libéré.

« On élimine par agitation à l’éther les parties insolubles constituées par du xanthane et des substances

ne sa

amorphes formées par la décomposition du xanthydrol. Après trois épuisements à l’éther, la liqueur alcaline est acidifiée à l’acide sulfurique dilué. Le barbiturique, déplacé, est dissous par trois épuisements à l’éther. La solution éthérée laisse par évaporation lhypnotique à l’état pur. »

Le rendement est excellent, mais non quantitatif : les dérivés dixanthylés de la malonylurée sont, en effet, légèrement solubles à chaud dans l’acide acétique et l’alcool à 95° et, lors de l’hydrolyse, il y a aussi une perte légère.

Cette méthode, qui est longue, est surtout indiquée pour purifier un extrait très souillé provenant de l’extraction dans les viscères.

4° Identification.

On peut d’abord caractériser la présence d’un véronalide par les réactions de Parri et de Desodt.

Si le produit est pur, prendre son point de fusion; dans le cas contraire, prendre celui de son dérivé xanthylé.

On peut aussi procéder aux essais micro-chimiques (11), et enfin différencier les divers véronalides par leurs réactions propres qui ont déjà été exposées.

A) Méthode de Fischer et Von Mering.

&« Pour doser le véronal dans l’urine, on opère de la façon suivante : le liquide est évaporé sous une pression de 20 à 30 mill. au 1/5 de son volume, puis on extrait par des traitements répétés à l’éther. Le dissol-

RS

vant évaporé laisse un résidu très coloré qu’on purifie par cristallisations dans l’eau chaude en présence de noir animal; la liqueur aqueuse, refroidie à zéro, laisse des cristaux incolores, fusibles à 191° et possédant toutes les propriétés du véronal pur (22). »

8) Méthode de Kohn-Abrest.

On concentre l’urine par évaporation et on l’additionne d’un excès d’alcool à 95°; on acidule fortement par l'acide tartrique. On filtre et on distille sous pression réduite pour éliminer l’alcool.

- Le résidu aqueux acide est épuisé d’abord par l’éther de pétrole que l’on décante et que l’on jette.

On alcalinise alors légèrement et on épuise par l’éther ordinaire. Après cette double purification, en milieu acide et alcalin, on réacidifie par l’acide sulfurique dilué et on épuise trois fois à l’éther. Les liqueurs éthérées réunies sont desséchées sur du sulfate de soude anhydre et évaporées.

Le résidu éthéré, repris par de l’eau bouillante en présence de charbon animal, est filtré, concentré et abandonné à la cristallisation.

Cette méthode, qui rappelle l’extraction dans les viscères, nécessite une longue purification; elle est surtout à recommander dans le cas d’urines putréfiées.

c) Méthode de Fabre.

« La totalité de l’urine émise en 24 heures est déféquée au moyen de 1/10 de son volume de sous-acétate de plomb; le mélange est filtré, et le volume du filtrat, exactement noté, correspond à une partie aliquote de

Le NADQ

l'urine totale. Après élimination du plomb par une solution saturée de sulfate de soude, le liquide est acidifié par addition d’acide chlorhydrique dilué. Le dérivé barbiturique est extrait à l’éther au moyen de l’appareil à épuisement continu de Fayolle et Lormand. Les solutions éthérées, desséchées sur sulfate de soude anhydre, sont distillées à sec, et le résidu est repris par l’eau distillée en présence de noir animal. Après une demi-heure de digéstion au bain-marie, la solution aqueuse est filtrée, le filtre convenablement lavé.

« La liqueur est alors évaporée à sec dans un vase taré, et le résidu cristallin est constitué par le composé cherché. Il est identifié par la détermination du point de fusion et la préparation de son dérivé xan-

thylé (16). »

Cette méthode est utilisable lorsqu'on opère sur des urines relativement récentes, n'ayant pas subi la fermentation ammoniacale.

Dans les urines fermentées, au contraire, le précipité de plomb entraîne d'énormes quantités de barbituriques, et il est très difficile de se rendre compte de l'instant où l’on a atteint la dose opportune de sousacétate de plomb; si l’on en met trop ou trop peu, en éliminant le plomb par le sulfate de soude, on augmente encore la cause d’erreur.

Pour éviter ces inconvénients dans le cas d’urines putréfiées, il faudrait acidifier faiblement par de l’acide acétique avant de faire agir le sous-acétate de plomb; mais, dans ce cas, il semble préférable d'employer la méthode de Kohn-Abrest ou, mieux encore, la suivante,

de Desodt.

p) Méthode de Desodt.

La défécation plombique ne conduit pas d’emblée à un filtrat limpide et nécessite en outre l’élimination de l’excès de plomb par le sulfate de soude. Cet excès, très variable, ne peut pas être prévu a priori; et, de plus, le sulfate de plomb formé peut absorber des barbituriques en quantité sensible.

= C’est pourquoi Desodt a choisi, commme déféquant, le ferrocyanure double de zinc et de potassium, préconisé en 1908 par le professeur Carrez, de Lille, comme agent de défécation des urines et du lait, et préparé selon la formule donnée par Thiéry (65) en

Ce réactif précipite la créatinine en totalité, ainsi que les bases xanthiques; le filtrat, assez bien décoloré, est surtout parfaitement limpide dès le début de la filtration et ne se trouble nullement par le repos, comme cela arrive si fréquemment avec les urines plombiques.

Thiéry (65) a fixé le mode opératoire à suivre pour déféquer l’urine et a établi la formule de ce réactif constitué par le mélange de deux solutions A et B renfermant respectivement :

Solution À :

Ferrocyanure de potassium anhydre. . . . 150 gr. Faadistilléerqus sr Aa nie leurs 1 000 cm’ Solution B :

Acide acétique cristallisable . . . . . . . 5 à 10 cm* Acétate de zinc anhydre . . . . . . . . . 112 gr.

Paudistillée miser ES 1.000 cm*

Ep de

Ces solutions se conservent bien; leur mélange à parties égales produit extemporanément du ferrocyanure double de zinc et de potassium au sein du liquide dans lequel il est réalisé et ne laisse en solution aucun excès de zinc; les manipulations ultérieures ne sont donc pas gênées et on ne risque pas d'erreur par excès. Enfin, Desodt a constaté qu’avec cette technique l’absorption des barbituriques était pratiquement négligeable, surtout lorsqu’on opérait sur des urines de densité inférieure à 1.010, ce qu’il est toujours facile d’obtenir par une dilution appropriée.

Le ferrocyanure de potassium et l’acétate de zinc chimiquement purs cristallisent tous deux avec trois molécules d’eau ; mais l’hydratation du sel de zinc n’est pas toujours fixe. C’est pourquoi, afin d’avoir une composition invariable, on emploie les sels anhydres pour préparer les solutions.

Pour les obtenir, le ferrocyanure de potassium et l’acétate de zinc purs, préalablement pulvérisés, sont mis à l’étuve à 105°-110° jusqu’à poids constant (environ 24 heures).

En résumé, le ferrocyanure double de zinc et de potassium, préparé selon la formule de Thiéry (65), donne d’emblée un filtrat parfaitement limpide, ne nécessite plus de précipitation ultérieure et n’absorbe pas de quantités sensibles de barbituriques, ce qui constitue un triple avantage sur les sels plombiques.

En outre, ce réactif peut être employé à la défécation de n’importe quel type d’urine : sucrée, albumineuse ou même putréfiée; dans ce dernier cas, il suffit d’acidifier au préalable.

Mode opératoire détaillé suivi par Desodt pour la recherche des véronalides dans l’urine.

« Prendre un volume V d’urine (250 à 500 cc., ou plus, si la concentration barbiturique est supposée faible).

« Ÿ ajouter V/10 cc. de solution de ferrocyanure de potassium à 15 %. Agiter énergiquement.

« Ajouter ensuite V/10 cc. de solution d’acétate de zinc à 112 gr. 0/00.

« Mélanger vivement à l’aide d’un gros agitateur et filtrer sur filtre grossièrement plissé, reposant sur une couche de coton non tassé, placée dans la douille d’un grand entonnoir.

« Mesurer exactement le filtrat.

« Vérifier son acidité et, au besoin, l’obtenir par quelques gouttes d’acide acétique.

« Dans une grande ampoule à décantation mettre la totalité du filtrat.

« Ajouter sans mélanger 75 cc. d’éther sulfurique.

« Mélanger avec précaution d’abord, puis plus vivement; au bout de quelques minutes, soutirer lentement la portion aqueuse (urine) dans l’éprouvette ayant servi à la défécation et qui aura été rincée au préalable.

« Décanter avec beaucoup de soin, en la versant par l’ouverture supérieure de l’ampoule, la solution éthérée, dans un ballon qui sera ensuite bouché.

« Refaire successivement quatre épuisements éthérés du filtrat urinaire, en suivant rigoureusement les indications précédentes. Employer chaque fois 75 cc.

Enr

d’éther et recueillir toutes les solutions éthérées dans le ballon précédent.

« Dessécher les solutions éthérées sur sulfate de soude anhydre.

« Prolonger le contact vingt minutes après quelques agitations souvent répétées.

« Filtrer l’éther sur coton dans un grand Erlenmayer. Exprimer le coton.

« Distiller l’éther au B. M.

« Le résidu obtenu est traité par l’alcool bouillant (10 à 20 cc. d’alcool, suivant l’importance du dépôt). Maintenir l’Erlenmayer au bain-marie pendant quelques minutes.

« Filtrer la solution alcoolique et recueillir le filtrat dans une capsule tarée.

« Evaporer la solution au B. M.

« Deux éventualités sont alors possibles :

« 1° Le résidu est blanc. Peser la capsule. Un calcul très simple permet de remonter au taux de barbiturique par litre d’urine.

« Procéder à son identification.

« 2° Le résidu est coloré. Le reprendre par 25 à 90 ec. d’eau bouillante. Y ajouter quelques grammes de noir animal finement pulvérisé.

« Maintenir en contact un quart d’heure.

« Filtrer. Evaporer la solution aqueuse.

« Le résidu est alors fréquemment incolore.

« Répéter une ou deux fois l’opération si besoin est. Continuer comme plus haut. Peser, ete. »

Cette méthode est applicable au contenu gastrique et au liquide céphalo-rachidien.

Se RS

IV. — APPLICATION : ÉTUDE DE L'ÉLIMINATION URINAIRE DES BARBITURIQUES USUELS

De nombreuses analyses d’urines faites par différents auteurs permettent de conclure :

Tous les barbituriques s’éliminent par l’urine, où ils apparaissent seulement huit à dix heures après l’ingestion par voie buccale d’une dose thérapeutique.

Le pourcentage d'élimination varie avec le dérivé considéré : très élevé pour le véronal 60 à 80 %, moins accentué pour le rutonal 25 à 40 %, il est de 30 % environ pour le dial et de 25% seulement pour le gardenal.

La proportion éliminée varie suivant la dose ingérée et l’influence individuelle; mais son allure générale et les rapports entre l’élimination des divers véronalides restent sensiblement identiques.

Desodt, au moyen de sa méthode précise de recherche, a pu caractériser très facilement le dial dans l'urine; il a trouvé pour ce corps une moyenne d’élimination de 30 % infirmant ainsi d’une façon bien nette les conclusions de Busquet qui, à la suite de méthodes très défectueuses, écrit dans une brochure éditée par les Laboratoires Ciba :

« D’après certaines expériences, on ne retrouve le dial ni à l’état de nature, ni à l’état d’acide barbiturique dans l’urine; le dial se transformerait en urée (par désintégration de l’acide barbiturique), en anhydride carbonique et en eau. »

ED Res

Cet exemple montre toute l’importance qu’il peut y avoir à employer des procédés rationnels de recherche pour caractériser les véronalides dans l’urine, et contribue à mettre en valeur la nouvelle méthode préconisée par Charles Desodt.

Page 1