‹ Le verre d'eauChapitre 37 sur 73 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

BOLiNGBROKE^ ABiGAÏL, Sortant par la porte du fond à droite.

Abigaïl, Ah! milord! vous voilà!

5 BoLiNGBROKE. Oui ... je m'occupais du ministère . . .

Abigaïl. Lequel ?

BoLiNGBROKE. Le mien . . . quand j'y serai ... ce qui ne tardera pas.

10 Abigaïl. Au contraire ! . . . nous en sommes plus loin que jamais !

BOLINGBROKE. Quc me dites vous?

Abigaïl. Laissez-moi me rappeler^ . . . D'abord, pendant que j'étais dans le boudoir de la reine ... à 15 travailler avec elle et à parler de Masham . . . (vivement) qui ne risque rien . . . n'est-ce pas?

BOLINGBROKE. Prisonnier sur parole, chez moi, dans le plus bel appartement de l'hôtel. Abigaïl. Et pour la suite^ ...

20 BoLiNGBROKE. Rien à craindre, ^i nous l'emportons . . .

Abigaïl, naïvement. Ah! vous me faites trembler! BoLiNGBROKE, vivement. Et moi aussi!... Achevez donc.

25 Abigaïl. Eh bien, sont arrivés chez la reine* . . . milady . . . milady, une grande dame qui est dévote" . . .

BoLiNGBROKE. Lady Abercrombie?

Abigaïl. C'est cela . . . avec lord Devonshire et Walpole.

BoLiNGBROKE. Des aiiîis de la duchesse . . .

Abigaïl. Qui venaient d'eux-mêmes . . .

BoLiNGBROKE. C'est-à-dire envoyés par elle , . .

Abigaïl. Annoncer à la reine que la disgrâce de la surintendante produirait les plus fâcheux effets . . . que le parti whig était furieux ... et qu'à la séance de ce soir le bill pour les Stuarts serait rejeté.

BOLINGBROKE. Et la reine, qu'a-t-elle répondu?

Abigaïl, Elle ne répondait rien . . . incertaine . . . indécise . . . chercliant autour d'elle un avis, et de temps en temps me regardant comme pour savoir le mien.

BOLINGBROKE. Qu'il fallait donner.

Abigaïl. Est-ce que je m'y connais?*

BoLiNGBROKE. Qu'importe? . . . demandez à la moitié des conseillers de la couronne ! . . . Enfin, qu 'est-il

arrive

Abigaïl. La reine hésitait encore, lorsque lady Abercrombie lui a parlé à voix basse . . .

BOLINGBROKE. Qu'a-t-elle pu lui dire?

Abigaïl. Je l'ignore!... J'étais bien près cependant ... et je n'ai rien entendu qu'un nom . . . celui de 25 lord Evandale . . .^t celui de Masham! . . . {Vivement.) Oh! celui-là, j'en suis sijre . . . Et la reine, jusque-là froide et sévère, a dit, d'un air de bonté: N'en parlons plus, qu'elle vienne! je la reverrai.

BOLINGBROKE, oi'ec colère. La duchesse! rentrer 30 dans ce palais dont je la croyais pour jamais bannie . . ,

Abigaïl. Et dans mon trouble, tout ce qui m'est

lOO LE VERRE D EAU

venu à l'idée a été de vous écrire sur-le-champ : Venez ! pour vous apprendre ce qui se passait et ce qui a été convenu.

BoLiNGBROKE, Avcc qui ?

S Abigaïl. Entre la reine et ces messieurs, au sujet de cette réconciliation.

BoLiNGBROKE, avec impatience. Eh bien!

Abigaïl. Eh bien ... il a été convenu que la duchesse, qui a donné hier sa démission de surintendante, 10 viendra aujourd'hui remettre à la reine sa clef des petits appartements. {Montrant la porte à droite.) Cette clef qui lui permettait d'entrer chez la reine à toute heure, et sans être vue ! . . .

Bolingbroke, avec impatience. Je le sais ! 15 Abigaïl. La reine refusera de la reprendre : la duchesse alors voudra tomber aux pieds de Sa Majesté, qui la relèvera ... et elles s'embrasseront, et le bill passera, et le marquis de Torcy, aujourd'hui même . . .

Bolingbroke. O faiblesse de femme et de reine ! . . . 20 et au moment où nous tenions la victoire.

Abigaïl. Y renoncer à jamais!

Bolingbroke. Non . . . non, la fortune et moi nous nous connaissons trop bien pour nous quitter ainsi ! . . . je l'ai narguée si souvent qu'elle me le rend parfois . . . 25 mais elle me revient toujours ! . . . Cette réconciliation . , . entrevue ... à quel moment ?

Abigaïl. Dans une demi-heure!

Bolingbroke. Il faut que je parle à la reine ! . . .

Abigaïl. Elle est renfermée avec les ministres qui 30 viennent d'arriver . . . C'est pour cela qu'on m'a renvoyée.

Bolingbroke, se frappant la tcte. Mon Dieu ! . . .

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