‹ Le verre d'eau; ou, Les effets et les causesChapitre 25 sur 73 · BOLINGBROKE, LA REINE, LA DUCHESSE · texte numérisé non relu

BOLINGBROKE, LA REINE, LA DUCHESSE

La Duchesse, sortant de la porte à droite, s avance fièrement. Elle aperçoit Bolingbroke près de la reine et reste stupéfaite. Bolingbroke . . . (Bolingbroke s'incline et saine.) ro La Reine, qui pendant cette scène cherche toujours à cacher sa colère, s adressant froidement à la duchesse. Qu'est-ce, milady ? . . . Que voulez- vous ?

La Duchesse, lui tendant les papiers quelle tient à la main. Les passe-ports du marquis de Torcy . . . 15 et la lettre qui les accompagne!

La Reine, sèchement. C'est bien! . . . (Elle jette les papiers sur la table.)

La Duchesse. Je l'apporte à signer à Votre Majesté.

20 La Reine, de même et allant s'asseoir à la table à gauche. Très-bien ... Je lirai . . . j'examinerai.

La Duchesse, à part. O ciel ! . . . (Haut.) Vofere Majesté avait cependant décidé que ce serait aujourd'hui même ... et ce matin . . .

25 La Reine. Oui, sans doute . . . mais d'autres con- . sidérations m'obligent à différer . . .

La Duchesse, avec colère et regardant Bolingbroke.

Ah! je devine sans peine! et il m'est aisé de voir à quelle influence Votre Majesté cède en ce moment!

La Reine, cherchant à se contenir. Que voulezvous dire ? ... et quelle influence ? Je n'en connais aucune ... je ne cède qu'à la voix de la raison, de la 5 justice et du bien public . . .

Bolingbroke, debout près de la table et à droite de la reine. Nous le savons tous! . . .

La Reine. On peut empêcher la vérité d'arriver jusqu'à moi ... mais dès qu'elle m'est connue ... dès 10 qu'il s'agit des intérêts de l'État ... je n'hésite plus!

Bolingbroke. C'est parler en reine . . .

La Reine, s' animant. Il est évident que la prise de Bouchain coûte sept millions de livres sterling à l'Angleterre ... 15

La Duchesse. Madame ! . . .

La Reine, s' animant de plus en plus. Tout calculé ... il est évident qu'à la bataille de Hochstett,1 ou de Malplaquet, nous avons perdu trente mille combattants.2 20

La Duchesse. Mais permettez . . .

La Reine, se levant. Et vous voulez que je signe une lettre pareille, que je prenne une mesure aussi importante, aussi grave . . . avant de connaître au juste3 ... et de savoir par moi-même? . . . Non, madame la 25 duchesse ... je ne veux pas servir des desseins ambitieux ... ou d'autres ! et je ne leur sacrifierai pas les intérêts de l'État.

La Duchesse. Un mot seulement . . .

La Reine. Je ne puis . . . Voici l'heure de nous 30 rendre à la chapelle. (A Abigail qui vient de sortir par la porte à droite.) Viens, partons!

Abigail. Comme Votre Majesté est émue!

La Reine, à demi-voix et ramenant sur le bord du

théâtre. Ce n'est pas sans raison ! . . . Il est un

mystère1 que je veux pénétrer ... et cette personne,

5 dont nous parlions tantôt, il faut absolument la voir,

l'interroger . . .

Abigail, gaiment. Qui ? . . . l'inconnu ? La Reine. Oui ... tu me l'amèneras, cela te regarde !

io Abigaïl, de même. Pour cela, il faut le connaître ! La Reine, se retournant' et apercevant Masham qui vient d'entrer par la porte du fond et lui présente ses gants et sa Bible, dit tout bas à Abigail Tiens, le voici !

15 Abigail, immobile de surprise. O ciel!

Bolingbroke, qui est passé près d'elle. La partie est superbe !2 Abigail. Elle est perdue ! . . .

Bolingbroke. Elle est gagnée!

20 La reine, qui a pris des mains de Masham les gants et la Bible, fait signe à Abigail de la suivre. — Toutes deux s éloignent. — La duchesse reprend avec colère les papiers qui sont sur la table, et sort ; Bolingbroke la regarde d'un air de triomphe.

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