LA DUCHESSE
C'est inouï î1 . . . Pour la première fois de sa vie elle avait une volonté . . . une volonté réelle ! Faut-il l'attribuer aux talents de Bolingbroke? . . . Ou seraitce déjà l'ascendant de cette petite fille?... (D'un air de mépris.) Allons donc!2 (Après un instant 5 de silence.) Je le saurai!3 . . . En attendant et tout à l'heure, en sortant de la chapelle où toutes deux, je crois, nous avons prié avec le même recueillement . . . elle était seule . . . Bolingbroke et Abigail n'étaient plus là. . .et elle a résisté encore ! et il a fallu employer 10 les grands moyens ... Ce bill pour le rappel des Stuarts . . . J'ai promis qu'il passerait aujourd'hui même à la Chambre ... si le marquis partait ... et j'ai ses passe-ports ... je les ai . . . pour demain seulement.. . Vingt-quatre heures de plus, peu importe! 15 Mais tout en signant, la reine qui ne tient à rien4 . . . pas même à sa mauvaise humeur ... a conservé avec moi un ton d'aigreur et de sécheresse qui ne lui est pas ordinaire ... Il y avait de l'ironie, du dépit . . . une colère secrète et concentrée qu'elle n'osait laisser écla- 20 ter... (En riant.) Décidément, elle déteste sa favorite! ... je le sais, et c'est ce qui fait ma force! . . . La faveur basée sur l'amour s'éteint bien vite ! . . . mais quand elle l'est sur la haine . . . cela ne fait qu'aug-
menter1 ... et voilà le secret de mon crédit . . . Qui vient là? . . . Ah! notre jeune officier.