GLACES SOUFFLÉES
Nous avons écrit au chapitre traitant du verre cle Bohême que l'on fabrique encore du verre à vitres et des glaces soufflées. Cette dernière fabrication n'a jamais été interrompue en Bohême, les miroirs connus sous le nom de miroirs de Nuremberg y sont encore fabriqués. Quelques-unes de ces glaces ont une superficie qui atteint 3 mètres ; elles sont travaillées pour la plupart comme les glaces coulées et amenées ainsi d'une épaisseur primtitive de 4 millimètres environ à une épaisseur de 1 1/2 à 2 millimètres; cette diminution d'épaisseur enlève beaucoup de défauts.
La première manière de fabriquer les glaces fut celle des Vénitiens que l'on pratiqua à Paris, à Tourlaville et à Saint-Gobain. Ce procédé consistait à cueillir le verre avec la canne, puis on le soufflait en cylindre que l'on étendait pour en faire une table, laquelle était ensuite soumise au travail de doucissage et de polissage pour être en état de recevoir le taiii.
Pendant longtemps les glaces soufflées à Tourlaville et à Saint-Gobain étaient envoyées brutes à Paris, où cette Compagnie avait conservé ses ateliers de doucissage et de polissage. Le soufflage resta en usage à Saint-Gobain concurremment avec le coulage jusqu'en 1763. On avait cru jusque-là que le soufflage était utile pour produire économiquement les petits volumes; mais les glaces coulées n'en produisaient que trop par la découpe que nécessitaient les défauts de toutes sortes qu'on ne pouvait éviter. La suppression du soufflage à Saint-Gobain est due à M. Deslandes.
MM. Chance, de Birmingham, eurent l'idée d'aplanir le plus parfaitement possible le verre soufflé afin de lui enlever très peu d'épaisseur, ce qui leur permettait de souffler plus mince, et d'user moins fortement.
Les perfectionnements que James Chance en Angleterre, a donnés au travail des feuilles de verre, par le doucissage mécanique, permettent au verre de rivaliser avec les glaces coulées, dont il a le poli et le bel aspect — tout en étant d'un prix moins élevé.
James Chance a eu l'idée ingénieuse de placer chaque feuille de verre, destinée à être doucie et polie, sur une surface plane, couverte d'un morceau humide de cuir doux. La feuille adhère complètement au cuir, contre lequel elle a été pressée, elle produit, de fait, un vide, de sorte que par la pression de l'atmosphère la feuille entière est maintenue dans une position plane. Deux feuilles ayant été placées de cette manière, chacune sur la surface adhérente, on les tourne l'une contre l'autre dans une position horizontale, en fournissant constamment du sable et de l'eau entre elles; et au moyen d'un mécanisme ingénieux, les deux surfaces se frottent rapidement l'une contre l'autre dans toutes
les directions et sont doucies en même temps par le sable. Quand le doucissage a été bien fait sur une surface, on tourne les feuilles et on fait doucir l'autre surface de la même façon.
La feuille étant doucie, en la maintenant parfaitement plane, il n'est pas nécessaire d'user plus d'une mince couche de la surface entière. Naturellement, après l'opération, la feuille en vertu de sa propre élasticité reprend sa première forme plus ou moins courbe, mais la chose est de peu d'importance, puisque les lignes de flot ont disparu et que les deux côtés ont un poli aussi parfait que la glace coulée.
Les Anglais désignent ces glaces sous le nom de patent Plateglass.