DISCUSSION DES RÉSULTATS
Dans cette analyse des argiles, on ne peut arriver que difficilement à des nombres exacts ; nous devons insister un peu sur les causes de perte et d’erreur, dont les effets se compensent presque toujours, de telle manière que la somme des corps dosés, portée au tableau de l’analyse, s’écarte en général très peu de 100.
La principale cause de perte est la volatilisation, ou, si l’on veut, le facile entraînement des chlorures, par les vapeurs d’eau et d’acide chlorhydrique pendant l’évaporation à sec. Ces pertes sont inévitables, elles portent principalement sur la silice, sur l’alumine et sur l’oxyde de fer.
Il est extrêmement difficile de rendre la silice complètement insoluble, en présence d’une forte proportion de chlorures alcalins; on doit donc peser une quantité de silice un peu moindre que celle contenue dans l’échantillon proposé à l’état de quartz et de silicate. La silice qui se dissout, se retrouve ensuite à peu près en entier avec l’alumine, ce qui tend à faire trouver pour cette base une proportion un peu trop forte, mais cela ne peut avoir aucune influence sur la somme du poids des corps dosés.
D’un autre côté, la présence des sels alcalins rend tous les lavages extrêmement longs, et, s’ils ne sont pas faits avec les plus grands soins, il reste une faible proportion d’alcalis dans presque tous les précipités. C’est une cause d’erreur en plus dans les dosages, et c’est, à elle qu’on doit attribuer la compensation à peu près complète, quant à la somme totale des poids, des pertes faites dans l’évaporation à sec de la liqueur chlorhydrique, compensation que l’on remarque dans la plupart des analyses.
Lorsque tous les lavages ont été faits avec les soins convenables, la somme portée au tableau de l’analyse est toujours notablement inférieure à 100; de celte différence on ne doit pas conclure que l’argile renferme des alcalis, de
même qu’une somme à très peu près égale à 100 ne peut pas être considérée comme une preuve de l’absence des alcalis.
On mélange, aussi intimement que possible, 5 grammes d’argile porphyrisée avec 5 ou 6 grammes de chaux parfaitement pure ou bien avec la proportion correspondante de carbonate de chaux. La matière est chauffée au rouge vif pendant une heure au moins dans un creuset de platine ; il n’y a pas fusion, on observe tout au plus un commencement d’agglomération; cependant les silicates sont rendus complètement attaquables par les acides, ce qui est le seul but de l’opération, le sable quartzeux lui-même est entièrement transformé en silicate de chaux.
Après refroidissement et séparation du creuset, on traite la matière, d’abord par l’acide azotique un peu étendu, ensuite, par le même acide concentré, on chauffe au plus à 60 degrés jusqu’à ce que la décomposition des silicates paraisse complète. Lorsque ce résultat est obtenu, on sépare la silice en évaporant à sec et en reprenant par l’acide azotique un peu concentré. Il convient d’employer l’acide pur étendu d’environ son volume d’eau; en se servant d’un acide plus faible, on ne serait pas aussi certain de redissoudre l’alumine entièrement. On pèse la silice après l’avoir lavée, séchée, calcinée; on compare son poids à celui qui a été obtenu dans l’opération précédente, afin de reconnaître si l’action de la chaux a été suffisante pour rendre tous les silicates attaquables par l’acide azotique. Lorsque la différence entre les deux nombres est très faible, il convient de prendre pour la silice, le poids que donne l’attaque par la chaux, les causes de la perte étant moins grandes dans cette opération.
La liqueur azotique est évaporée à siccité, et le résidu chauffé à 170 ou 180 degrés au plus, jusqu’à décomposition. totale des azotates de fer et d’alumine ; la matière pulvérisée avec soin et détachée de la capsule, est traitée par une dissolution saturée d’azotate d’ammoniaque, chauffée à l’ébullition.
Les peroxydes de fer et d’alumine restent insolubles, mais l’alumine étant en quantité assez grande et retenant aisément un peu d’alcali, il faut traiter une seconde fois ces oxydes, par l’acide azotique, l’évaporation à sec, la calcination modérée du résidu et la reprise par l’azotate d’ammoniaque. La partie insoluble est calcinée et pesée. On doit faire sur cette matière un second dosage de l’alumine et du peroxyde de fer pour vérifier les déterminations qui ont été effectuées après l’attaque par le carbonate de soude.
Les dissolutions d’azotate d’ammoniaque contiennent : l’alcali, la magnésie, la chaux du minéral, et la chaux qui a été employée pour rendre l’argile attaquable par l’acide azotique. On les traite par l’ammoniaque et l’oxalate d’ammoniaque pour séparer la chaux. Le précipité est lavé avec le plus grand soin, mais il est inutile de calciner et de peser la chaux : on ne peut pas déduire du poids obtenu le dosage de la terre alcaline.
La liqueur ammoniacale est ensuite évaporée lentement à sec, le résidu est calciné modérément ; par là on produit la décompostion totale des sels ammoniacaux et la décomposition partielle des azotates de potasse et de magnésie. On rend cette décomposition complète en traitant la matière calcinée par l’eau et l’acide oxalique, et en recommençant l’évaporation. Le résidu calciné au rouge sombre, est un mélange de magnésie caustique et de carbonate alcalin :
HENRIVAUX. — LE VERRE.
on dissout ce dernier dans l’eau; on pèse le résidu insoluble, ce qui permet de vérifier le premier dosage de la magnésie. La liqueur est acidifiée par l’acide chlorhydrique et traitée par le chlorure de platine et par l’alcool ; on calcule la potasse d’après le poids du chlorure double de platine et de potassium. Il est, de plus, convenable de chercher si la dissolution alcoolique ne renferme pas au moins des traces de soude.
Ces opérations sont longues et délicates, les nombres obtenus pour la magnésie et pour la potasse ne sont pas toujours exacts parce qu’il n’est pas facile de se procurer de l’oxalate d’ammoniaque et de l’acide oxalique parfaitement purs.