VERRERIES ROMAINES
Fig. 1. Fig. 2.
Détails des châssis vitrés de Pompéi.
nous est attesté par un grand nombre de specimens qui ont ete conserves jusqu’ici. Les uns surtout, vases destinés à conserver les cendres des morts, sont remarquables par la beauté et l’élégance de leurs formes, ainsique parla finesse de l’exécution.
Il est intéressant de constater les nombreux usages auxquels les Romains employaient les objets en verre. On trouve de ces verroteries en Asie, chez les Égyptiens, chez les Grecs, chez les Étrusques, chez les Romains. Les Gaulois, les Gallo-Romains, étaient résolument épris de ces objets de verroterie, notamment des colliers dont ils inspirèrent le goût aux Mérovingiens.
La figure 3 bis montre un de ces colliers, composé de dix-sept grains, dont six de verre blanc, deux de verre bleu, les autres dépolis, de nuances et de
dessins divers.
Fig. 3
HENRIVAUX. — LE VERRE.
Les tombeaux romains et gallo-romains renferment des quantités de ces objets, dont voici quelques spécimens de vases affectés aux sépultures et d’objets destinés à la toilette des dames romaines, d’autres affectés aux usages domestiques (fig. 3).
Les objets les plus remarquables des verreries romaines, ce sont les verres à plusieurs couches, de différentes teintes. L’art moderne serait encore impuissant, je crois, à reproduire certaines pièces en verre doublé, telles que le vase Barberini par exemple (fig. 4), et le vase, forme amphore, de verre bleu couvert de
dessins et de figures de verre blanc mat, d’un goût exquis et qui fait l’ornement du Musée de Naples (fig. 5 bis).
Quand les Romains firent la conquête des Gaules, ils y installèrent des verreries, témoin ce célèbre vase dit de Strasbourg, trouvé en 1825 dans un cercueil aux portes de Strasbourg, vase dont l’examen dénote un art très avancé (fig. 5).
M. Schweighauser, bibliothécaire de la ville de Strasbourg (1), décrit ainsi ce vase :
« La coupe entourée d’une sorte de réseau ou de grillage en verre coloré en rouge, et portant une inscription en verre vert, a été trouvée en 1825 dans un cercueil en forme d’auge, déterré par hasard tout auprès des glacis de Strasbourg, par un jardinier cultivateur. Elle a été déposée par mes soins dans le musée de notre bibliothèque publique, où elle fait l’admiration de tous ceux qui la voient.
» Elle a été brisée par la maladroite curiosité de celui qui l’avait trouvée, et
(1) Notice sur quelques monuments gallo-romains du département du Bas-Rhin, t. XVI, p. 95, des Mémoires de la Société royale des antiquaires de France, 1812.
f, ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
une partie de l’inscription manque; cependant l’on peut y reconnaître encore avec certitude, le nom de MAXIMIANVS AVGVSTVS; c’était sans doute Maximien Hercule, qui a souvent séjourné dans les Gaules, et dont les médailles sont très fréquentes dans nos environs. Cet empereur avait vraisemblablement reçu cette coupe en présent, et l’avait ensuite donnée à quelque ami, mort aux envi-
Fig. 4. — Vase Barberini ou de Portland (b).
rons d’Argentoratum (Strasbourg), avec lequel elle fut enterrée comme un objet précieux. »
Après le démembrement de l’empire romain (quatrième siècle), l’empereur Constantin appela à Byzance des verriers, les combla de faveurs et de privilèges. Au dixième siècle, la verrerie byzantine était arrivée à son apogée, elle fabriquait de véritables œuvres d’art, des vases colorés, rehaussés d’applications d’or, de peintures en émaux de couleur et d’ornements en filigrane de verre (1).
Au douzième et au treizième siècle, si on en croit le moine Théophile (2), la verrerie byzantine comportait aussi la fabrication de verres opaques colorés,
(1) Voy. I Histoire des arts industriels au moyen âge et à l'époque de la Renaissance , par M. Labarte, éditée chez Mm0 Ve A. Morel.
(2) Diversarum artium Schedula. Voy. l’excellente traduction du 2' Livre de l'essai sur divers arts, de M. Georges Bontemps, l’auteur du Guide du verrier.
HENRIVAUX. — LE VERRE.
lesquels taillés, assemblés, formaient de véritables <t cloisonnés ». Les vitres imaginées par les Romains, furent changées en vitraux par les artistes byzantins.
Après la prise de Constantinople, au treizième siècle, le gouvernement vénitien appela les ouvriers et les fabricants verriers byzantins disséminés par les événements. Les privilèges, les faveurs, retinrent ces artistes, puis ensuite la surveillance jalouse du conseil des Dix relégua dans l’île de Murano cette industrie
Fig. 5.
Fig. 5 bis.
spéciale ; cette île fut transformée en une sorte de cité industrielle d’où les artisans pouvaient difficilement s’éloigner.
Agricola constate en ces termes l’admiration qu excitait Venise par ces belles verreries: « A Venise, dit-il, dans son ouvrage De T6 metallicci, on confectionne avec le verre des choses merveilleuses : ce sont des vases, des plats, des plateaux de balance, des miroirs, des oiseaux, des arbres, des fruits, et toute sorte d’autres objets dont les noms seraient difficiles à énumérer ». Du treizième siècle à la fin du dix-septième siècle, Murano n’eut aucune rivalité à craindre, et ses produits de luxe se répandirent dans l’univers entier.
Venise, par sa situation géographique, son activité commerciale et le rôle qu’elle remplit en s’alliant aux Latins qui firent la conquête de Constantinople, fut l’héritière de l’empire byzantin, dont elle s’appropria l’architecture, les procédés de peinture monumentale en mosaïque d’émail et l’art superbe de la verrerie.
Venise conserva la tradition de la verrerie d’art, à laquelle elle eut la gloire d’initier tout l’Occident.
Fig. 6.
Les Vénitiens ont introduit dans la fabrication du verre tous les trésors d’une fantaisie inépuisable, qui l’ont converti en objets d’art ou tout au moins decurio-
Fig. 7 (a)-
sité, et qui, à force d’essayer des formes, des mariages de couleurs, ont créé les variétés innombrables du verre destiné à la pure récréation des yeux.
Il est vrai de dire que les secrets techniques de leur fabrication étaient connus
HENRI VAUX
des Anciens, et que les verriers établis au moyen âge dans les îles des lagunes ne firent que renouveler les pratiques des Romains et des Grecs, élèves euxmêmes des Egyptiens.
En effet, de nombreuses verreries existaient à Sidon, à Tyr en Phénicie. Sir
Fig. 8. — Fabrication du verre chez les Égyptiens (a).
Gardmer Wilkinson démontre (1) que la fabrication du verre existait en Égypte plus de 2000 ans avant l’ère chrétienne, cela à l’aide de peintures trouvées dans les sarcophages des plus anciennes dynasties des rois égyptiens et dont voici des copies (tig. 6).
(1) Tlie Manners and Customs of the ancien Egyptiens.
C’est sous le règne d’Auguste que l’on commença à attirer à Rome des verriers égyptiens. On voit du reste par les gravures précédentes que les menus objets de fabrication romaine sont de même style que ceux des Égyptiens représentés ci-dessous, quoique ces derniers soient encore plus soignés, plus élégants de forme (fig. 7).
Au seizième siècle, des verreries s’établirent en Allemagne, en France, en Angleterre.
Au dix-septième siècle, les verreries de Bohême avaient remplacé les verreries de Venise — comme qualité de produits — et alimentaient le monde entier. La forme de ces produits et le style de leur ornementation différaient complètement
des objets fabriqués à Venise. Ces verres étaient d’une pureté de forme incomparable et de plus leur prix était modique.
La gravure sur verre prit naissance en Bohême. Ce système d’ornementation nécessita la production d’un verre plus épais, plus blanc, très pur.
Les principaux fondateurs de la verrerie allemande furent Jean Keyl, le chimiste Kunkel, et Gaspard Lehmann, l’inventeur d’un rouet pour polir le verre.
Vers le milieu du dix-septième siècle, Colbert fit venir des ouvriers de Murano et fondajà Tour-la-Ville, près de Cherbourg, une fabrique de glaces soufflées. On voit donc que si le verre est d’invention ancienne, la vitre est plus moderne ; la glace l’est encore davantage. La vitre de couleur a précédé la vitre blanche ; le vitrail a précédé le carreau, parce que le verre blanc exige des matériaux bien plus purs.
Le carreau de papier commence à être inconnu dans nos villages et l’estampe encadrée sous un verre remplace dans la demeure du paysan l’image grossière collée à la muraille.
Jusqu’au quinzième siècle, les gens fortunés se sont contentés de miroirs de métal dont il est déjà question dans YExode et dans Isaïe (fig. 9 et 10). Sous Pompée, Praxitèle, artiste romain, remplaça le cuivre, le bronze, par l’argent, comme plaques de miroirs ; les miroirs de glace étaient réservés aux rois, le
HENRIVAUX. — LE VERRE.
pauvre se contentait de l’eau de la fontaine, et plus d’un écriteau qui annonce un appartement orné de glaces pend encore au-dessus de la porte des maisons de certains quartiers de Paris,