MOYENS PROPRES A RECONNAITRE L’ÉPAISSEUR DES GLACES
La beauté et la valeur des glaces exemptes de défauts dépendent de leur grandeur, de leur blancheur, de leur épaisseur et de leur transparence. On juge de leur blancheur en approchant de leur surface un corps très blanc, comme du papier, et examinant la nuance qu’a dans la glace ce corps réfléchi. Quant à l’épaisseur, lorsque les glaces sont encadrées, il est fort difficile de l’apprécier bien exactement.
La solidité des grandes glaces, et la résistance qu’elles doivent opposer aux légères flexions qui déforment les images, assignent une limite inférieure à l’épaisseur de ce produit; de sorte qu’une grande glace a, dans certains cas, d’autant plus de prix qu’elle est plus épaisse. Quand les glaces sont nues, rien n’est aussi simple que de mesurer leurs dimensions; mais lorsqu elles sont montées, leur^paisseur ne peut plus être soumise aux instruments ordinaires et est difficilement estimée.
C’est dans l’espoir d'obvier à cet inconvénient que Benoist a imaginé le pachomètre. Le pachomètre donne le 'moyen de s'assurer avec promptitude si une
glace est d’égale épaisseur; vérification qui serait peu commode à faire sur une glace nue, et impraticable par les moyens ordinaires, sur une glace montée.
Description du pachomètre de Benoist. — Le pachomètre ordinaire à angle fixe se compose comme celui à angle mobile, d’un secteur en cuivre s a b garni d’acier à son sommet s, d’une amplitude de 27° 82'89"44 ; et d’un rayon sa égal à 14 ou 15 cent, plus ou moins. Ce secteur est fixé contre une des faces atérales d’une espèce de pyramide de bois ed, aplatie. Dans la base de cette
Fig. 155.
Fig. 156.
pyramide est creusée une rainure r destinée à recevoir le dos à ressort d’une languette de cuivre, dont la large face Itmn affleure un des côtés sa du secteur, et dont le bout est garni d’une traverse t m d’acier, ayant une saillie latérale ver.-, m, égale h l’épaisseur de la plaque de cuivre dont le secteur est formé. Cette traverse termine la languette par une arête vive, perpendiculaire ci sa longueur. La languette, dans toutes les positions qu’il est possible de lui donner, ne cesse pas de rencontrer d’équerre les faces du secteur, et celui de ces bords m ny qui en est touché, est divisé en petites portions égales entre elles,
HENRIVAUX. — LE VERRE.
et aux trois quarts d’un millimètre. Cette division existe sur une longueur de 3 centimètres, à partir de l’arête extrême de la traverse tvn, où est 1 oiigine de la graduation qui s’étend jusqu’à 20, parce que les petites divisions mentionnées sont réunies deux à deux, pour former des unités égales en longueur à 1 ,5 dans
les mesures fournies par l’instrument.
Si par des raisons particulières on ne faisait diviser la languette qu en millimètres et fractions de millimètres comme est celle dupachometreà angle mobile, l’épaisseur de la glace, en millimètres, ne vaudrait que les deux tiers d un nombre de millimètres fourni par l’instrument, dans le cas où le côté supérieur du secteur ferait un angle de 27°82'89"44 avec la face divisée de la languette. Le rapport entre l’épaisseur de la glace et la saillie de la languette, pour tout autre angle d’ouverture donné au pacbomètre, se calcule par une formule dans laquelle i est le complément de l’angle d’ouverture de l’instrument.
Le pachomètre à angle mobile diffère, comme on le voit, du pachomètre à angle fixe, en ce que le secteur est sillonné par deux ouvertures pp, qq, en arc de cercle, ayant pour cercle commun le sommet du secteur. Deux vis de pression v, v', passant au travers de ces ouvertures, servent à fixer ce secteur contre la face latérale du corps pyramidal de l’instrument, qui est muni en outre d’un talon de cuivre O a, sur lequel on peut répérer les diverses positions qu’il est ainsi possible de donner au secteur, relativement à la languette, laquelle n’est d’ailleurs divisée qu’en demi-millimètres, ainsi qu il a été dit. Il est bon aussi de donner au secteur de cuivre une amplitude moindre que celle qui convient au pachomètre ordinaire.
Quand on veut se servir des deux sortes de pachomètre, on applique la large face ttm n de la languette contre la glace à examiner, de sorte que la surface de celle-ci est rencontrée d’équerre par le secteur abs\ et comme alors, le bord a s de ce secteur s’appuie sur la glace, tout rayon visuel conduit le long de son autre bord b s, entrera dans le verre sous une incidence de 100 degrés — angle bsa, ou de 100 degrés — 27°22'89"44, c’est-à-dire de 72°17'10"56, pour le pachomètre à angle fixe. D’où il suit qu’après avoir été réfléchi par la face étamée, ce rayon sortira en un point de la glace distant de celui pai lequel il y était entré, d’une quantité égale à une fois et demie 1 épaisseur du
verre.
Si donc la languette ayant été primitivement ouverte, comme le montre la figure, on fait glisser le secteur le long de la languette, pour ramener la saillie s m de cette dernière à une valeur telle que l’image de l’arête extrême mt de la traverse d’acier soit vue dans la direction du rayon visuel mentionné b s, le nombre porté par la division qui se trouvera à côté du sommet s du secteur, sera, en millimètres, la valeur de l’épaisseur de la glace examinée.
Pour rendre le pachomètre propre à mesurer surabondamment la largeur et la hauteur des glaces, il faut continuer la division des bords mn de la languette voisine du secteur, en centimètres, et faire suivre cette division et la graduation sur la base de la pyramide de bois, à côté de la rainure p jusqu’à 25 centimètres. Le bord opposé tl de la languette et celui de la rainure qui lui correspond, peuvent être divisés en pouces au nombre de 10, de sorte qu’on lit la valeur des longueurs mesurées, en mètres ou en pouces.
Lorsque le pachomètre est à angle mobile, on peut le régler par expérience, pour une qualité de glace quelconque donnée.
Je suppose, par exemple, que l’on se 'propose d’avoir des saillies de languette égales à l’épaisseur des glaces de même nature : on prendra une de ces glaces pour la mettre «à nu et on fera saillir la languette du pachomètre d’une quantité égale à l’épaisseur de cette glace, sur la face antérieure de laquelle on appliquera ensuite l’instrument, comme si l’on se proposait d’en mesurer l’épaisseur. Cela étant, au lieu de faire glisser le secteur le long de la languette, on fera varier l’angle que forme avec la glace celui de ses côtés qui sert d’alidade, jusqu’eà ce que l’image de l’arête extrême de la languette soit vue dans la direction de ce côté ; et alors l’instrument sera réglé. On serrera les vis dont on avait diminué la pression et on fera une coche sur la face de la pyramide contre laquelle s’appuie le secteur, ou le talon de cuivre dont elle est munie pour cet objet. Les données de la rectification actuelle seront ainsi conservées, et on pourra remettre les parties de l’instrument dans les positions qu’elles viennent de prendre, si on les avait dérangées pour chercher leurs positions relatives à des glaces d’autre nature.
Le pachomètre pourrait, comme on voit, être employé au mesurage du pouvoir réfringent des glaces, etc.
On pourrait donner plus d’exactitude au pachomètre, en garnissant le secteur d’une lunette pour conduire le rayon visuel.
Prix comparés des glaces depuis soixante ans. — Il est difficile de comparer les prix d’un même produit à des époques différentes. A un siècle de distance la valeur de l’argent n’est plus la même et les éléments divers dont se compose le prix d’un objet ne peuvent être comparés de la même manière. Pour comparer la qualité des matières premières, l’analyse chimique qui nous guide aujourd’hui, était, sinon inconnue, du moins peu pratiquée jadis ; la durée des heures de travail, le degré de température des fours, sont autant de détails que l’on ne peut guère mettre en parallèle.
Depuis un siècle, pour la fabrication des glaces, la main-d’œuvre est d’un prix plus élevé, les terrains, les constructions ont plus de valeur et les appareils sont plus multipliés, de même pour les matières réfractaires et combustibles, les matières vitrifiables ont diminué de valeur, les transports ont subi une diminution de prix.
La concurrence est venue abaisser les prix d’une façon telle que peu d’industries en ont opéré de semblable, principalement depuis cinquante ans.
HENRIVAUX. — LE VERRE.