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VERRE A BOUTEILLES

L’invention du verre ne parut aux joyeux et francs buveurs des festins de Rabelais qu’un moyen de transformer, de solidifier l’eau, d’en faire des vases transparents destinés à contenir le vin. Sans être Pantagruel ou Grandgousier, il est permis, avec leSganarelle de Molière (1), de rendre justice à ce liquide généreux dont la France est si bien pourvue, mais on doit rendre ici hommage et s’émerveiller d’une invention qui a procuré à l’homme tant de bienêtre, tant de plaisir et tant desavoir.

Les anciens conservaient leurs vins dans des outres en peau.

Cependant l’antique Égypte nous a laissé des bouteilles : bouteilles lisses, ou recouvertes de treillis d’osier ou de papyrus, et ces dernières sont encore désignées de nos jours par les Égyptiens sous le nom de Damadjan.

Les Romains se servaient aussi de bouteilles, Horace y fait allusion dans plusieurs de ses odes.

A Athènes, à Rome, chez les gens peu aisés, on plaçait sur les tables, des carafes et des bouteilles pour l’eau et le vin.

La figure 165 reproduit une de ces carafes qui se trouve au musée du château de Saint-Germain.

On voyait encore sur les tables, des burettes de verre pour l’huile et le vinaigre; nous avons vu une paire de ces burettes conservées dans leur portehuilier et provenant des ruines de Pompéi (fig. 165 bis).

L’usage de la bouteille date du treizième siècle et ne devint général qu’au quinzième siècle.

(1) Sganarelle.

Qu’ils sont doux,

Bouteille jolie,

Qu’ils sont doux,

Vos petits glouglous!

Mais mon sort ferait bien des jaloux Si vous étiez toujours remplie.

Ali! bouteille ma mie,

Pourquoi vous videz-vous?

{Le Médecin malgré lui, acte I, scène vi).

La première verrerie française fut fondée en 1290, à Quiquengrogne, près de la Capelle (Aisne). Cette verrerie appartenait au vicomte van Leempoel, des brevets lui furent octroyés par Charles de Bourgogne (1467), François Ier (1523),

Fig. 105.

par Charles IX (1565), par Henri III (1574), Henri IV (1598). Cette verrerie est éteinte depuis trois ou quatre ans, subissant la loi de l’industrie moderne, succombant dans la lutte avec d’autres verreries plus favorisées sous le rapport des communications, des débouchés, etc.

Fig. 165 bis.

Au début, le verre a bouteilles était presque noir, de nos jours la couleur de ce verre s est transformée et le verre bouteille a fait place à un verre transparent peu coloré.

La fabrication des bouteilles est très importante en France; on en produitan-

HENRIVAUX. — LE VERRE.

nuellement cent quatre-vingts millions qui représentent une valeur de 35 à 40 millions de francs. — En 1881, on a exporté :

39,900,026 kilos de bouteilles pleines pour . 6,384,004 francs.

14,125,278 — vides pour..... 2,118,792 —

54,025,304 kilos. 8,502,796 —

cent quarante fours environ sont appliqués à cette fabrication des bouteilles. Depuis quelques années, le phylloxéra qui a ravagé les principaux vignobles de France a été une cause de diminution de la fabrication des bouteilles.

La fabrication des bouteilles pour les vins mousseux est très importante et en même temps très délicate ; on exige pour ces bouteilles une solidité, une régularité d’épaisseur, qu’on n’obtient que par le choix des matières premières, par des compositions très courantes, des soins extrêmes apportés dans la fabrication, dans la recuisson. Certains fabricants emploient à cet effet, très peu de calcin, ou prescrivent même complètement, pour cette fabrication spéciale, l’emploi des débris de verre. Une bonne bouteille champenoise doit résister, à l’essai, à une pression de trente atmosphères.

Le verre à bouteilles contient peu d’alcali, une grande quantité de chaux, d’alumine, d’oxyde de. fer et quelquefois d’oxyde de manganèse.

La grande quantité de matières terreuses employées pour cette vitrification est une des difficultés de travail du verre à bouteilles. On évite ces inconvé nients en maintenant le four à une assez haute température, en ne piolongeant pas trop la durée du travail.

Une opération, spéciale à la fabrication des bouteilles, et qu’on nomme la fritte des compositions, paraît avoir une réelle importance à cause de la natuie même des compositions employées pour la fusion de ce verre.

La fritte a pour but de dessécher les matières en chassant l’eau et l’acide

carbonique qui se trouvent dans les produits employés, dégagement qui auiait

pour conséquence un abaissement considérable de la température du four de fusion, et est une cause de détérioration du creuset. Par 1 opération de la fiitte l'alcali se trouve en partie déjà uni à la silice, d’où il résulte que le creuset est moins attaqué par la fritte que par la composition non fiittée. Pai la fiitte, la composition subit un retrait considérable, tandis qu’au contraire dans 1 enfournement direct des compositions, la masse se gonfle et une grande partie se trouve ainsi projetée hors du creuset.

Le frittage se justifie tant au point de vue chimique qu’au point de vue physique par la considération suivante. Au point de vue chimique, il est acquis que dans cette opération 16 pour 100 du chlorure alcalin employé sont décomposes en cédant au mélange des sables la quantité de soude correspondante. En présence de la silice, de la chaux, de la magnésie et de la vapeur d’eau, il y a formation de silicate de soude et d’acide chlorhydrique ; pendant la fonte du verre un peu plus du double, soit 33 à 34 pour 100 du chlorure de sodium mis dans la composition, donne encore du silicate de soude, soit par réaction de l’acide sulfurique libre sur le chlorure, soit par réaction de la vapeur d’eau en présence de la silice sur le même sel. Toujours est-il que si l’on fait exactement le calcul de la

quantité de soude fournie par les différents sels rapportés à 100 de matières fixes dans la composition, on trouve que le verre doit contenir, outre la soude provenant des sels proprement dits, 50 à 52 pour 100 de soude ne pouvant provenir que du chlorure de sodium. De ces 52 pour 100, 16 pour 100 ont été transformés par le frittage, 34 à 36 pour 100 l’ont été par la fusion.

Pour le sulfate alcalin, le frittage bien conduit en décompose 27 pour 100 du poids introduit, soit un peu plus du quart. Enfin tous les carbonates terreux sont décomposés.

Au point de vue physique, il n’est pas indifférent de jeter sur du verre fondu, des matières froides ou des matières déjà portées au rouge vif. L’empâtement qui en résulte pour le verre fondu de l’addition de sables froids, détermine ce qu’on nomme la fonte « à plat ». La mousse recouvre les matières, forme ainsi une enveloppe isolante, qui retarde de plusieurs heures la fusion complète et l’affinage.

Donc, le frittage est plus et mieux qu’une utilisation des flammes perdues dans les anciens fours.

Les fabricants de bouteilles ont l’habitude d’ajouter à leurs compositions une forte proportion de sel marin, ou de sels de warechs (lesquels contiennent 80 pour 100 environ de sel marin). Par l’opération de la fritte ce sel se dessèche, décrépite etcommence à se coller à la silice, d’où il résulte que l’action corrosive du sel sur le creuset est considérablement diminuée. Il résulte de ces explications que l’opération de la fritte peut être considérée comme une préparation nécessaire de cette composition spéciale, économique, servant à la fabriposition du verre à bouteilles. En rappelant l’importance de la fritte dans cette branche spéciale de la verrerie, nous ne pouvons trop insister sur l’importance qu’il y a à réaliser industriellement la réaction de la silice sur le sel marin en présence de la vapeur d’eau et d’une température élevée (SiO3 -f-NaCl -j-HO = SiO3 NaO HCl). Jusqu’ici, la température élevée nécessaire à l’accomplissement de cette réaction et la silicatisation superficielle rendant en quelque sorte le reste de la masse imperméable, ont été l’obstacle contre lequels sont venus se briser les efforts des inventeurs.

Cette question a une importance capitale et mérite d’être étudiée avec persévérance. L’influence d’un courant de vapeur arrivant avec une forte pression sur la silice très divisée et fortement chauffée est peut-être un des moyens de résoudre la question. Nous n’insisterons pas plus longuement sur la fabrication du verre à bouteilles, nous désirons parler du frittage des compositions, en montrer l’importance et dire que l’importante innovation de Fr. Siemens, relativement à la suppression du creuset et à la vitrification directe sur la sole de fours spéciaux, est un fait résolu pour la fabrication des bouteilles. Ces fours sont employés maintenant en Allemagne, notamment à Dresde et Elbogen; en Angleterre, en Amérique, en Belgique, en France à Rive-de-Gier ; chez M. Richarme, qui le premier, croyons-nous, a appliqué à cette fabrication, et à celle du verre à vitres, ce système de four ; àMontluçon, chez M. Duchet ; dans le Nord et en Champagne. Il est à désirer que l’usage de ces fours devienne général et que les fabricants de bouteilles profitent ainsi de l’économie de 45 à 50 pour 100 sur le combustible, et de l’énorme production que permet de réaliser la conti-

nuité du travail avec ces fours. Nous ne parlerons pas ici des fours à bassin ou cuve, décrits au chapitre spécial des fours. Qu’il nous suffise de dire qu’avec un four à dix ouvreaux, dont le bassin contient en marche normale 85000 kilogrammes de verre fondu, on peut produire environ quatre millions de bouteilles par an; un ouvrier faisant six cents bouteilles en douze heures, ce qui fait douze cents bouteilles par ouvreau et par four, soit trois cent soixante mille bouteilles par mois, ou 270000 kilogrammes de verre; ce four consommant 300 tonnes par mois, c’est-à-dire lk»,12 de houille par kilogramme de verre, y compris la recuisson qui se fait au gaz également.

A la verrerie de M. Siemens à Elbogen (Bohême), il existe trois fours à bassin ayant vingt-quatre, trente-deux, trente-six ouvreaux. A chaque ouvreau il y a : un maître verrier, son grand gamin, son porteur. Un quatrième four est par moitié four continu à bassin à seize ouvreaux, par moitié four à douze creusets.

Le travail aux fours continus à bassin est en moyenne de vingt heures, tandis que le travail du four à creusets est de dix heures par jour.

On obtient une production quotidienne de cent dix mille bouteilles, soit une production de près de 85000 kilogrammes de verre travaillé.

Composition des mélanges vitri fiables . — A Rive-de-Gier et dans le bassin de la Loire, on emploie généralement le mélange suivant :

Sable du Rhôre . 100

Chaux éteinte . 24

Sulfate de soude . 8

A Lyon, on emploie ce mélange :

Sable du Rhône . 100

Sulfate de soude < . 8

Carbonate de chaux . 10

Charbon en poudre . G

En Belgique, à Charleroi, M. Houtart-Roullier faisait usage, il y a quelques années, du mélange :

Sable du pays . 10

Cendres de tourbe . . . 20

Sulfate de soude . 15

Calcaire . 5

Débris de bouteilles (oalcin) . 50

On voit d’après ces divers mélanges que la composition chimique du vene à bouteilles doit présenter des différences sensibles.

Voici des résultats d’analyses faites sur du verre à bouteilles de différentes

provenances :

2<i8 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

Verre clair Cognac.

Bordeaux.

Champagne.

Verre

d’Epinar.

Silice .

Alumine .

Peroxyde de fer .

Chaux .

Magnésie .

Soude .

Oxyde de manganèse. . .

Potasse .

Acide sulfurique .

La silice, l’alumine, la chaux prises séparément sont très réfractaires; il n’en est plus de même lorsqu’elles sont associées, et surtout lorsque ces matières contiennent une assez forte proportion d’oxyde de fer. C’est sur cette propriété qu’on s’est basé dans les préparations des mélanges vitrifiables destinés aux bouteilles, afin de réduire le plus possible la proportion d’alcali, matière la plus chère de la composition et obtenir ainsi un mélange économique. La Société anglaise de Britten fabrique même des bouteilles avec des scories de hauts fourneaux auxquelles on ajoute une certaine quantité de fondants. On place contre le hautfourneau un four de verrerie, dans lequel on fait couler le laitier ; on utilise ainsi les matières dont il se compose ainsi que la chaleur acquise. Jusqu’ici on n’avait introduit dans le verre que les scories froides, et pour les liquéfier de nouveau il fallait une nouvelle quantité de chaleur, et c’est en cela que l’application de la Société de Britten offre de l’intérêt.

A cause de la forte proportion de chaux, de sable argileux contenus dans les compositions du verre à bouteilles, le verre est souvent sujet à la dévitrification ; on évite ce défaut en maintenant le four à une assez haute température, et en no prolongeant pas trop la durée du travail.

La fabrication des bouteilles, quoique étant encore empirique sous bien des rapports, demande cependant des soins de plusieurs sortes. La composition du verre ne doit pas être altérée par les liquides que doit contenir la bouteille. Non seulement les acides énergiques, comme l’acide sulfurique, l’acide chlo rhydrique, l’acide acétique, etc., attaquent le verre, mais les vins eux-mêmes attaquent les bouteilles de mauvaise qualité.

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