NATURE ET COMPOSITION CHIMIQUE DU VERRE DES BOUTEILLES A VIN
On a souvent répété que les verres trop riches en alcalis ou en alumine étaient mauvais et dangereux, et, de fait, la pratique indique les accidents que les vins peuvent subir parun séjour prolongé dans des bouteilles facilement attaquables; mais nous n’avons pas, jusqu’ici, de faits suffisamment déterminés pour établir les conditions dans lesquelles doit se trouver le verre, et les propriétés qu’il doit posséder pour résister à l’action des éléments du vin.
11 faut considérer deux choses : la composition chimique du verre, et sa
structure, car c’est par l’ensemble de ces deux conditions que le récipient destiné à contenir du vin acquiert les propriétés nécessaires pour donner de bons résultats.
Dans un tableau qui contient les résultats de recherches faites sur le verre des bouteilles le plus généralement employées dans le commerce [des vins, M. le docteur Macagno, directeur de la section agricole de Palerme, a voulu exprimer la relation qui existe entre sa composition et sa propriété de résister à 1 action de l’eau et du bilartrate de potasse.
Chaque bouteille porte le nom du vin qu’elle est destinée à contenir, selon l’habitude généralement admise.
Le poids spécifique, les bases et l’acide silicique ont été déterminés par les procédés ordinaires. La solubilité dans l’eau a été déduite de la quantité de matière que 100 grammes de verre, en poudre très fine, abandon-
!! nent à 5 litres d’eau après une heure d’ébullition. Le degré de corrosion a été fixé par la quantité d’acide tartrique que 100 grammes de la même poudre neutralisent après une heure d’ébullition dans 5 litres d’une solution à 0,333 pour 100
de crème de tartre. Pendant l’ébullition, le volume du liquide a été maintenu constant à l’aide d’un réfrigérant renversé.
Le n° 24 a donné des traces de magnésie. On a cherché la magnésie dans les autres échantillons, mais c’est seulement dans les n° 16, 17, 19, 21, 27, 34, qu’on en a constaté quelque peu qui a été évalué avec la chaux.
Nous n’avons pu trouver aucun rapport entre la quantité de chaux, d alumine I ou d’alcali et la solubilité ou le degré de corrosion, pour aucun des verres ! essayés, à l’exception des verres blancs; cela résulte de la comparaison des nos 11, 13, 14, 15 et 28, avec lesn0S 2, 12 et 28 pour les alcalis et des nos 8, 24, 29, 31, 32 et 33 avec les nos 20, 26 et 28 pour la chaux et l’alumine.
Il n’y a pas non plus de relation bien tranchée entre le poids spécifique et les i autres propriétés du verre; d’après les moyennes, il semble qu il soit en raison inverse du degré de corrosion ou de solubilité : mais en examinant les résultats directs, cette relation disparaît.
Il a encore été fait d’autres essais. Les bouteilles 1, 2 et 5, moyennement ; riches en alcalis et faiblement attaquables ; les bouteilles 9, 10, 22 et 23, O'es riches en potasse et en soude et très attaquables, et les bouteilles 11, lt el 28, contenant peu d’alcali et très peu solubles dans 1 eau ou 1 acide tartiique,
. ont été soumises à l’action directe du gaz acide chlorhydrique humide pendant plusieurs jours, après les avoir remplies de gaz etfermées avec un bon bouchon.
M. Macagno espérait voir le verre de ces bouteilles se tioublei en laison directe, ou de leur richesse en alcalis, ou de leur résistance h l’eau et a 1 aci e tartrique. Au contraire, pas une seule n’a donné lieu à une séparation d acu e silicique : toutes sont restées limpides et claires.
Il faut conclure de ces essais que la composition chimique d’un verre à bouteilles n’est pas un caractère sutfisant pour juger de sa qualité au point de vue
de la conservation des vins. Il faudra toujours avoir recours à des expériences
| spéciales permettant d’apprécier la constitution moléculaire de la pâte vitieusc et sa résistance aux agents corrosifs.
Les bouteilles n’ont pas toutes la même forme ; les bouteilles adoptées pour les
vins de Bordeaux, pour les vins de Bourgogne ont des types tout différents. La bouteille destinée au vin de Champagne diffère aussi de celle destinée au bourgogne. Toutes ces bouteilles ont des capacités variant entre GO à 88 centilitres, et il est fort difficile d’adopter une contenance rigoureusement exacte pour une même espèce de bouteilles; cette contenance variera toujours de 1 à 3 centilitres. Les bouteilles à champagne doivent être bien régulières de forme et d’épaisseur, afin de résister à la pression à laquelle elles sont soumises, surtout pendant les premiers temps de la fermentation qui occasionne dans les caves une casse d’environ 10 pour 100. Le verre doit être exempt de pierres, de bulles, la couleur doit être d’un vert clair, ni bleu, ni irisé, le poids doit être compris entre 850 et 900 grammes. L’embouchure doit être légèrement conique afin de retenir le bouchon et assurer la conservation du vin.
Fabrication. — Quand la masse vitreuse enfermée dans les creusets, ou sur la sole du four, est bien fondue et affinée et que la « braise » ou « tise froid » a amené le verre à une consistance convenable, on commence le travail. Il y a quatre ouvriers par creuset ou par ouvreau : le gamin, le grand garçon , le souffleur et le porteur.
La canne , instrument principal dont se sert le souffleur pour façonner la bouteille, est un tube en fer forgé de lm,80 de long, d’un diamètre de 3 centimètres extérieur et de 1 centimètre à l’intérieur.
Le nez de la canne B est renflée, l’extrémité A, que le souffleur se met dans la bouche, est entourée d’un petit manchon en bois qui sert de poignée.
Fig. 166.
Pendant ce travail, l’ouvrier souffleur est placé sur une estrade, auprès des ouvreaux, à 1 mètre au-dessus du sol; le gamin commence à chauffer la canne, l’introduisant dans un petit ouvreau spécial, puis il la plonge dans le verre en la tournant sur elle-même; le verre s’attache à la canne; cette opération est répétée une seconde fois, puis une troisième par le grand garçon qui prépare
Fig. 167.
son verre en tournant la masse sur le marbre de manière à le distribuer également autour de la canne. Le marbre est une pièce de fer, de fonte, de grès ou de bois (fig. 107), bien dressée, dans laquelle se trouvent des cavités demi-sphériques. La masse de verre prise au bout de la canne dite paraison, bien arrondie sur ce marbre, est réchauffée à l’ouvreau de travail. Ace moment la paraison a la forme d’une poire A (fig. 168). Pendant que la canne est à réchauffer, on la tourne à droite, à gauche afin d’éviter, la déformation de la masse vitreuse.
HENRIVAUX. — LE VERRE.
Quand elle a atteint le degré de chaleur voulue, le grand garçon relève la canne verticalement et souffle dedans en lui imprimant un mouvement d’oscillation, la masse prend alors la forme B.
Fig. 168.
On réchauffe de nouveau la masse ; quand elle est ramollie, le souffleur la prend pour lui donner la forme de bouteille. Pour cela il l’introduit (C) dans un moule en argile et souffle énergiquement; à mesure que le verre soufflé ar- ' rive au contact des parois du moule, l’ouvrier tire la canne vers le haut pour j former le col et pour que le passage du col au ventre se fasse insensiblement. On réchauffe alors le fond seul de la pièce, et, pour lui donner la forme voulue, le grand garçon appuie à l’aide d’une tige de fer, ou pontil, préalablement
Fig. 168 bis.
Fig. 168 ter.'
i chauffée et portant un peu de verre à son extrémité, au centre du fond en le repoussant un peu au dedans (E). La canne est alors séparée du col de la bouteille, la bouteille est soutenue par le pontil fixé au fond; il reste à entourer le icol d’une bague (D), ce qu’on fait avec du verre rapporté. La bouteille ainsi terminée est reçue par le porteur dans une pince en fer ou dans un instrument appelé sabot (fig. 168 bis ) et portée au four à recuire.
Le four à recuire a un foyer central ; de chaque côté on empile des bouteilles jusqu’à en remplir le four; on élève la température vers 800 degrés; puis on ferme
toutes les ouvertures, on laisse refroidir lentement et on détourne après quarantehuit heures.
Il y a des fours à recuire à feu continu; ces fours sont usités principalement dans la gobeletterie ; les pièces à recuire sont placées dans des chariots qui, entraînés par une chaîne sans fin, s’éloignent peu à peu du foyer et arrivent à sortir du four presque complètement refroidies à l’extrémité opposée au foyer.
M. F. Siemens, à sa verrerie de Dresde, d’abord, puis à sa verrerie d’Elbogen (Bohême), a essayé et appliqué un nouveau mode de recuisson par le gaz.
Nous devons ces renseignements à l’obligeance de M. Ferd. Steinmann (1), ingénieur civil à Dresde, et nous avons, du reste, vu à Dresde l’application de ces procédés.
Nous donnons plus loin la description de celte manière d’opérer.
Pour avoir plus de régularité dans la forme des bouteilles, on emploie des moules à chaînettes dont voici un des types (fig. 108 ter) qui est dû à M. Carillion. Avec ce moule, on fait des bouteilles bordelaises à fond plat, d’une capacité de
Fig. 170.
70 centilitres et du poids de 750 grammes. Avant de se servir de ce moule on le ferme et on le chauffe. On amène la paraison, comme il a été dit précédemment, a une forme convenable; on l’introduit dans le moule, pendant que le gamin 1 ouvre et le referme; l’ouvrier souffle d’abord avec la bouche, puis avec le piston ou pompe Robinet (fig. 169). Le fond du moule est percé de trous permettant l’échappement de l’air afin que le verre s’applique contre ses parois.
(I) Auteur de 1 ouvrage Bericht über die neiîesten Fortschritte luigen. Berlin, Aerlag von Julius Springer, 1871).
(tuf dem Gebiete der Gasfeuer-
HENRI VAUX
Cette pompe de Robinet est un petit cylindre en laiton fermé par un bout, dans l’intérieur duquel se trouve un ressort à boudin en fer; à sa partie infé-
rieure est une sorte de piston en bois avec une ouverture garnie de cuir, retenu par une fermeture à baïonnette percée d’un trou. La canne étant tenue verticale, son embouchure est mise en contact avec le piston, on comprime par un mouvement brusque, donné au ressort, l’air contenu dans le cylindre et on injecte cet air dans la pièce qu’on veut fabriquer.
Pour les bouteilles champenoises, dont le goulot doit être parfaitement dressé, on forme le col et la bague avec une pince spéciale (fig. 170) à l’aide de laquelle l’ouvrier écrase et pare le verre en le comprimant avec l’extrémité AB qui donne le profil de la bague; en même temps la partie pleine C, légèrement conique, donne au goulot une forme régulière et invariable.
On emploie également des moules en terre, mais ces moules sont peu répandus.
Pour souffler les pièces de grande capacité, comme les bonbonnes, les touries, l’ouvrier prend de l’eau, ou de l’alcool, dans la bouche et l’injecte par la canne dans le balion commencé. L’extrémité de la canne est bouchée à l’aide dû pouce du verrier; l’eau, réduite en vapeur, presse contre les parois et les dilate jusqu’à la dimension voulue. Il faut, pour réussir celte opération, des ouvriers habiles.
Nous donnons ci-dessus la disposition d’une halle de verrerie de bouteilles, au moment du travail (fig. 171).