LE VENUS
Il permet ainsi de les appliquer au gré de l'artiste et de reproduire les effets de la nature en emprisonnant le type choisi et lui conservant toute l'intensité de la vie. La première apparition du Sylvain-Décor s'est manifestée au Salon de 1881, où il était appliqué au cadre du Mendiant de M. Basticn-Lepage et des tableaux de MM. Gervex et Blanchon destinés à orner la salle des mariages, à la mairie du dix-neuvième arrondissement de Paris.
Le principe du procédé réside dans remploi de la gutta-percha eu dissolution.On fait sécher les plantes dans le sable ou dans de la sciure de bois, et on remplace la sève disparue par le dissolvant qui pénètre dans la plante, et n'altère en rien leur souplesse. Le décorateur peut alors, à volonté, donner le mouvement et le modelé qui lui convient, en soutenant tous les reliefs par un mastic analogue à celui des ornemanistes. Le travail étant fixé sur la matière qui doit le recevoir, on le recouvre, au pinceau, d'une nouvelle couche de dissolvant dont l'adhérence est telle que le métal, préparé en feuilles très minces, se trouve solidement fixé sur la plante, en épousant jusqu'aux moindres détails, au moyen d'un repoussé spécial donnant au Sylvain-Décor l'aspect d'une pièce d'orfèvrerie.
Ce moyen répondait suffisamment à l'ornementation des cadres et des panneaux, mais les objets en métal ne pouvaient supporter une décoration d'une matière inférieure à la leur ; c'est-à-dire qu'un vase de bronze, par exemple, doit porter des ornements en bronze. M. Juncker demanda à la galvanoplastie le complément de son travail. On arrête la première opération quand le métal recouvre assez la plante ou l'étoffe pour qu'elle paraisse déjà métamorphosée en cuivre pur ; puis l'objet qui a fait l'office de modèle disparaît en ne laissant que son masque galvanique qui, après décapage intérieur, est remis au bain, pour devenir, par renforcement intérieur, un ornement massif. Dans ces conditions, il reçoit le degré de résistance nécessaire pour lui permettre de s'appliquer par la soudure sur tous les objets en métal.
Un nouveau mode de décoration des miroirs vient d'être indiqué par M. Villon.
Le miroir ordinaire, tout en remplissant parfaitement son but, est bien monotone. Il manque de variété et de cachet artistique, surtout depuis que les glaces entrent pour une large part dans la décoration de nos habitations.
11 est vrai que l'artiste reporte son talent sur l'encadrement et les dispositions annexes. 11 est cependant un autre mode de décoration qui ne manquera pas d'avoir une certaine vogue par la variété des sujets et aussi parce que le talent de l'artiste, les procédés scientifiques et l'imagination industrielle seront mis en œuvre pour son exécution.
L'idée est empruntée aux Chinois. Ceux-ci peignent des sujets variés sur des feuilles d'étain bien tendues, avec des couleurs à l'eau, dont on facilite le coulage sur l'étain en y introduisant du fiel de bœuf purifié. 11 est essentiel que les teintes soient plates, et que les couleurs soient tirées du règne végétal. Dès que le dessin est achevé et sec on le pose sur une glace bien propre, puis on met au tain en recouvrant la glace avec du mercure.
La peinture est fixée sur le verre par l'adhésion de la feuille d'étain amalgamée.
HENRIVAUX. — LE VERRE 45 1
Ceci établi, il est facile de songer à appliquer la peinture, la pholopeinture, les reports lithographiques, chromolithographiques ou photolytiques.
Préparation de la feuille d'étain. — Le dessin doit être effectué sur étain soit directement, soit par report, soit même par les procédés photographiques.
La peinture directe sur étain ne présente aucune difficulté.
Elle n'est pas nouvelle, du reste, car elle a été pratiquée en 1866 par Jean-Marie Lasché, à Paris. On prend une feuille d'étain mince ayant uno grande souplesse, et on l'étend sur une glace, en ayant soin d'humecter celle-ci, afin d'étendre plus facilement la feuille et pour augmenter l'adhérence.
Au moyen d'un rouleau en flanelle, on plaque bien la feuille, de façon qu'elle ne fasse aucun pli, ni la moindre soufflure. A la place du verre, on peut se servir d'une feuille de zinc bien plane et bien polie. La feuille d'étain ainsi tendue, constitue une surface très lisse, sur laquelle l'artiste procède à la peinture du sujet à l'aide de couleur à l'eau, c'est-à-dire avec des couleurs à l'aquarelle, en n'employant, toutefois, que des couleurs à base végétale ou les laques d'alumine, de tanin, de magnésie, etc. L'eau avec laquelle on délaye les couleurs doit être additionnée d'un peu de gomme arabique, d'alumine et de fiel de bœuf.
On donne la préférence à la gomme arabique et au fiel de bœuf. Pour éviter que les couleurs s'écaillent après la dessiccation, on peut additionner la couleur avec un peu de glycérine. On pourra faire usage du liquide suivant pour délayer les couleurs :
Eau 100 grammes.
Gomme arabique .... 80 —
Fiel de bœuf 20 —
Glycérine 10 —
La peinture étant terminée, on sèche dans un courant d'air chaud, qui redonne aux couleurs le brillant et l'éclat primitifs, qu'elles gardent ensuite indéfiniment.
Étamage. — La surface étant bien sèche, on l'applique sur la glace de verre, préalablement polie, dégraissée et nettoyée. Avec une brosse d'abord et avec un rouleau de flanelle ensuite, on étend bien la feuille d'étain de minière qu'elle ne fasse aucun pli, aucune bosse.
La glace est mise sur une table bien horizontale; on verse un peu de mercure et, à l'aide d'un tampon de drap on l'étend sur la surface de la feuille qui est rendue unie.
On verse alors sur la feuille autant de mercure qu'elle en peut retenir par adhésion, 20 kilogrammes par mètre carré environ. On laisse quelques heures en cet état, puis on place dessus un fort plateau en bois chargé avec dos pierres et le tout est abandonné pendant vingt-quatre heures.
Lorsque le motif destiné à orner la glace est très petit relativement à la grandeur de celle-ci, on procède, comme nous venons de le décrire, mais avec
une feuille d'étain de la grandeur du modèle ; une fois celle-ci fixée, on étamo la glace .comme d'habitude.
Les effets décoratifs obtenus par ce nouveau procédé, sont très beaux. Los peintures ne conviennent que pour orner les bords des glaces avec des fleurs, des oiseaux, etc. Quelquefois un simple médaillon entouré de fleurs est posé dans un angle.
Les photographies peuvent ne servir que pour orner, mais on peut aussi leur faire occuper toute la surface de la glace et obtenir des dessins noirs ou colorés sur fond brillant, ou des sujets brillants sur fond noir ou de couleur.