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COMPOSITIONS EMPLOYÉES CHEZ MM. CHANCE, DE BIRMINGHAM

On se sert généralement de cinq sortes de verres d'optique :

2 sortes de crown-glass,

3 sortes de flint-glass.

Le crown gtas tendre dont la composition est la suivante pour objectifs de photographie :

Sable iOO

Minium 9,46

Carhonale de potasse. . 45

Chaux 9,46

Salpôtre 1,89

Densité 2,558

Indice de réfract., raie rouge. 1,522 Pouvoir dispersif 0,0332

Le crown-glass (}ur, pour télescopes, préparé spécialement à l'origine par Voegtlander, de Brunswick, en 1853 :

Sable 100

Carbonate de potasse. . 42, 66

Chaux ' 21,66

Salpêtre 2,00

Arsenic 0,75

Poids spécifique

Indice de réfract., raie rouge.

Pouvoir dispersif.

Le flint léger pour photographie :

Minium

Indice de réfract., raie rouge.

Carbonate de potasse. .

daipeire . ...••••#•..

Le flint lourd pour télescopes :

Sable

3,6ii

Indice de réfract., raie rouge.

Carbonate de potasse. •

Le flint extra-lourd pour microscopes

Sable 160

Minium . 128

Carbonate dç potasse.. 25

Salpôtre 2

Poids spécifique ; -

Indice de réfract., raie rouge.

Pouvoir dispersif

Qualités à exiger des verres destinés aux objectifs. — L'opticien exige des verres destinés à la construction des objectifs d'être aussi incolores que possible (plutôt jaunes que bleus), sans stries ni fils, homogènes, et peu trempés.

Pour vérifier la qualité d'un verre, il suffit de placer ce verre, après l'avoir

grossièrement poli, devant l'objectif d'une lunette. En recevant dans l'œil le faisceau lumineux provenant d'une petite flamme placée à une distance convenable, on aperçoit les défauts qui se révèlent par des différences d'intensité lumineuse. Les moindres différences de densité sont ainsi aperçues très facilement.

L'astronome demande que l'objectif soit aplanétique, c'est-à-dire qu'il donne en un point les foyers des rayons lumineux faisant partie d'un faisceau parallèle incident, quelle que soit la direction de ce faisceau par rapport à l'axe optique de l'objectif.

Détails pratiques sur la taille des lentilles.— Quand la lentille n'atteini

pas de grandes dimensions, le travail des surfaces ne présente pour ainsi dire aucune difficulté.

On commence par préparer quatre paires d'outils en cuivre un peu plus grands que les verres à travailler, on leur donne au tour la courbure voulue et on les réunit balle et biissin (lig. 352, 353) en les frottant l'un sur l'autre avec de l'émeri de plus en plus fin. Les verres étant mis d'épaisseur, dégrossis et débordés, on les rode à l'émeri et & l'eau sur les outils de cuivre jusqu'à ce que la surface ait pris un doucî très lin et très régulier. Ensuite on colle sur lesdits outils une feuille de papier, le plus propre et le plus régulier qu'on puisse se procurer (le papier albuminé employé par les photographes convient fort bien). On l'imprègne de tripoli très fin et par le frottement prolongé sur ce polissoir, on éclaircit la surface du verre, qui finit avec le temps par prendre un poli parfait.

Le prix des bassins augmentant dans une proportion très rapide, leur poids

376 HENKlVAUX. — LE VERRE.

devenant considérable et l'adhérence énorme qui se produit entre le verre et le métal lorsque Ton travaille de grandes surfaces rendent le travail de plus en plus pénible et de plus en plus incertain. Foucault a imaginé de supprimer les outils de métal et de travailler les lentilles verre sur verre. Dès lors les frais d'établissement ne consistent plus que dans l'acquisition de quelques disques en verre de grandeurs proportionnées à la pièce que l'on veut entreprendre. La dalle de Saint-Gobain ordinairement employée convient parfaitement pour ce travail, aussi la recuisson de ce verre est-elle irréprochable.

Le travail des lentilles destinées aux grands objectifs astronomiques s'exécute sur un poste solidement établi, sorte de pilier isolé .de toutes parts et qui supporte les outils de verre préalablement amenés à la courbure. Verticalement au-dessus de ce poste, on fixe au plafond un fort piton où s'accroche un ressort en hélice capable de supporter le poids de la lentille à travailler. L'outil en verre étant fixé sur le poste, on étend à sa surface un émeri un peu grossier délayé avec de l'eau, on dépose avec précaution la lentille par-dessus et Ton use les deux verres l*un sur l'autre, en ayant soin de varier les mouvements, de manière à distribuer également l'action dans tous les sens. Peu à peu, l'émeri s'écrase et pour éviter qu'il ne se dessèche, on l'humecte de temps en temps d'eau projetée en gouttelettes. Mais à mesure que le travail se prolonge, Témeri perd son mordant, et parce qu'il devient de plus en plus fin, et parce qu'il s'encombre de parcelles détachées à l'une et à l'autre surface; au bout d'un certain temps, l'ouvrier reconnaît qu'il convient de relever la pièce, d'éponger les deux surfaces et de renouveler l'émeri.

Les premiers émeris sont destinés à produire la réunion des surfaces ; on reconnaît que ce résultat est atteint à ce que les parties se meuvent indifféremment l'une sur l'autre dans toutes les directions.

On emploie alors des émeris de plus en plus fins qu'on désigne dans le commerce par le temps ou le nombre de minutes qui en opère la séparation quand on les traite par lévigation dans l'eau. En se succédant entre les surfaces

flottantes, ces émeris à une, deux à quarante minutes communiquent au

douci un grain uniforme et velouté dont la finesse se révèle par un ton opalin et demi-transparent.

Pendant cette longue succession des différents émeris, il est indispensable de recourir aux indications fournies par le sphéromètre, car les courbures relatives -des surfaces se modifient sans cesse, d'une petite quantité il est vrai, mais dans cette sorte de travail les millièmes de millimètre ne sont pas négligeables. Le douci étant amené au plus haut degré de finesse et d'uniformité, il s'agit de le transformer en un poli parfait. On connaît plusieurs procédés pour polir le verre, mais celui qui convient le mieux aux lentilles objectives est le polissage au papier et au tri poli. Sur la surface même du disque qui a servi à doucir le miroir, on colle une feuille de papier dont la trame paraisse aussi égale que possible, puis en l'attaquant par une éponge légèrement humide, on détache des parcelles, on dégarnit ce papier de manière à soulever une peluche qui, une •fois séchée, retient utilement les poudres à polir. Il faut encore passer la pierre ponce pour régulariser le papier, la chasser ensuite avec la brosse, après, quoi on étend le tripoli, et le polissoir est prêt.

HENRIVAUX. — LE VERRE. 577

Le miroir lavé et séché est disposé sur ce polissoir qui le touche de toutes parts et qui va l'éclaircir aux premiers frottements.

Quand la lentille est entièrement polie, on la démonte et on la soumet à un premier examen optique, et si la surface ne présente pas d'imperfection grave, on entreprend de la ramener par une série de retouches locales à la figure défi* nitive qui doit en faire une lentille objective parfaite.

Les retouches locales, imaginées par Foucault, se font à l'aide de polissoirs préparés de la façon décrite plus haut, mais de dimensions beaucoup plus petites et proportionnés aux défauts qu'il est utile de faire disparaître.

Pouvoir optique des objectifs. Pouvoir séparateur. — Lorsque les défauts auront ainsi disparu, l'objectif ou le miroir devra montrer en son foyer les phénomènes caractéristiques de la diffraction, c'est-à-dire qu'il devra donner d'un point lumineux, d'une étoile par exemple, un disque lumineux circulaire entouré d'anneaux circulaires d'une intensité rapidement décroissante. Et si ce résultat est obtenu on peut être assuré que, dirigé sur toute espèce d'objet terrestre ou céleste, il donnera de bonnes im rges. ■

Mais pour juger plus sûrement du résultat, Foucault a proposé de diriger l'objectif ou le miroir sur une mire lointaine systématiquement composée de manière à offrir à l'observation des détails placés à la limite de visibilité. Il construisait ces mires d'épreuve en traçant sur une lame d'ivoire des séries dé divisions partagées en groupes successifs où le millimètre est fractionné en parties de plus en plus petites.

La largeur du trait doit varier d'un groupe à l'autre en proportion telle que dans chacun d'eux les espaces noircis aient la même étendue que l'intervaMe qui les sépare. En observant une pareille mire avec des instruments de qualités et de dimensions différentes, on reconnaît bien vite que l'aptitude de l'inslru-» ment à pénétrer les détails des objets observés, ou ce qu'on peut appeler son pouvoir optique, est inversement proportionnel à l'angle limite de séparabililï des divisions contiguës : il a en définitive pour expression le quotient de la dis* tance de la mire par l'intervalle moyen des dernières parties distinctes.

Or de nombreuses épreuves faites sur des miroirs et des objectifs de toutes dimensions l'ont conduit à une expression des pouvoirs optiques remarquable par sa simplicité : le pouvoir optique est indépendant de la distance focale et proportionnel à retendue transversale de la portion efficace de l'objectif du miroir. La valeur du rapport constant qui existe ainsi entre le pouvoir optique de l'objectif ou du miroir et son diamètre utile est d'ailleurs égal à 1500.

Si l'on suppose ce diamètre exprimé en millimètres, en d'autres termes, U pouvoir optique d'un objectif ou d'un miroir d'un diamètre égala D (en millimètres) est égal à 1500 xD. 'f

L'expression imaginée par Foucault pour caractériser un objectif ou uii miroir n'a pas été adoptée par la majorité des astronomes.

Au lieu du pouvoir optique, la plupart d'entre eux se servent de la caractéristique découverte autrefois par Dawes, et qu'il appelait pouvoir séparateur. Celte dernière est évidemment l'inverse de ce que Foucault a appelé ensuite pouvoir optique, et elle désigne Y angle limite de séparabilité de l'instrument

LE VEMIB. 37

516 BENRIVAUX. — LB VERRE.

Ce pouvoir séparateur est d'ailleurs proportionnel au diamètre utile de l'objectif ou du miroir, et il est défini parcelle constante qu'un objectif ou un miroir de dix centimètres de diamètre utile sépare deux étoiles de cinquième à sixième grandeur séparées par un intervalle angulaire égal à 1",3.

Les plus grandes lunettes astronomiques construites jusqu'à ce jour. — Le progrès ou perfectionnement des lunettes astronomiques a été plus lent qu'on ne serait tenté de le croire, et ne date guère que de cinquante ans.

Pour prendre un exemple de la rareté des bons instruments d'optique au commencement de notre siècle, il nous suffira de citer le fait suivant : En 1804, Napoléon, projetant de se rendre au camp de Boulogne, fit venir Delambre et lui demanda la meilleure lunette du Bureau des longitudes, c Sire, répondit l'astronome, nous pouvons vous donner la lunette de Dollond ; Votre Majesté ferait une chose agréable aux astronomes, si elle voulait nous accorder en échange une excellente lunette de 4 pouces que vient de construire H. Lerebours. — Elle est donc meilleure? repartit l'empereur. — Oui, sire. — Eli bien, alors, je la prends pour mes observations. »

Cet objectif achromatique de 11 centimètres est le premier qui ait été fabriqué en France.

Avant cette époque on avait construit des lunettes beaucoup plus grandes formées d'un seul verre et colorant les objets. Leurs objectifs ne pouvaient recevoir qu'une faible courbure et la distance focale était énorme. Il y en avait une sous Louis XIV à l'Observatoire de Paris, qui mesurait 300 pieds de longueur ! Elle ne pouvait cependant grossir que trois cents fois.

La découverte de l'achromatisme permit de construire des objectifs à l'aide de deux lentilles juxtaposées, complémentaires l'une de l'autre, et d'obtenir des images pures et de court foyer.

En 1823, Lerebours acheva une lunette de 24 centimètres de diamètre et de 3m,50 de longueur focale ; l'année suivante, Frauenhofer termina une lunette du même diamètre et de 4m,53 de longueur focale pour l'Observatoire de Dorpat. C'étaient alors les plus grandes lunettes du monde.

En 1829, on essaya à l'Observatoire de Paris une lunette de 33 centimètres de diamètre et de 8 mètres de longueur, construite par Cauchoix. Cette lunette est maintenant à l'Observatoire de Dublin.

L'opticien Merz, de Munich, termina en 1838 un objectif de 38 centimètres el de 7 mètres de distance focale pour l'Observatoire de Pulkowa en Russie. Cette lunette est restée longtemps le meilleur instrument de ce genre. On lui doit de brillantes découvertes.

. En 1840, Lerebours termina pour l'Observatoire de Paris un objectif de 38 centimètres de diamètre et de 8 mètres de foyer. Les Anglais construisirent à la même époque une lunette de mêmes dimensions pour l'Observatoire de Cambridge.

De 1850 à 1860, plusieurs grandes lunettes ont été construites en France par Dien et Porro (52 centimètres d'ouverture).

En 1861, l'Observatoire de Chicago s'est fait construire par Alvan Clark, de Boston, une lunette dont l'objectif a un diamètre de 47 centimètres. L'Observatoire de Cincinnati possède une lunette équivalente.

HËNR1VAUI. — LE VERRE. 579*

En 1868, M. Newall, fabricant de câbles sous-marins en Angleterre, fit construire une lunette dont l'objectif mesure 63 centimètres ; les constructeurs sont Cook et fils, d'York.

L'Observatoire de Vienne possède depuis quelques mois seulement un objectif de 65 centimètres d'ouverture construit par Grubb, de Dublin.

Ces grands instruments vont être encore surpassés.

On construit en ce moment :

Une grande lunette de 80 centimètres de diamètre et 16 mètres de distance focale pour l'Observatoire de Pulkowa. Constructeur : Alvan Clark ;

Une lunette de 77 centimètres d'ouverture et 18 mètres de longueur focale pour l'Observatoire de Nice. Constructeurs : MM. Henry frères, de Paris ;

Un objectif de 73 centimètres pour l'Observatoire de Paris. Constructeur : M. Martin.

Grands télescopes à miroir de verre argenté. — Télescope de l'Observatoire de Paris ; diamètre du miroir : 1",20.

Télescope de l'Observatoire de Toulouse: 84 centimètres.

Télescope de l'Observatoire de Marseille : 80 centimètres.

Les disques de verre qui ont servi à faire ces miroirs de télescope ont été fournis par la manufacture de glaces de Saint-Gobain.

Grossissement utile. — De même que le pouvoir optique ou le pouvoir séparateur d'un instrument parfait dépend seulement du diamètre utile de son objectif; de même aussi l'ouverture de cet instrument limite la valeur maximum du grossissement qu'on lui doit utilement appliquer. L'image focale donnée par l'objectif est pour ainsi dire une photographie dont les détails sont de plus en plus séparés à mesure que l'ouverture de l'instrument augmente. Mais pour apercevoir nettement les détails, il convient de ne pas diminuer au delà d'une certaine limite l'éclairement de l'image focale, c'est-à-dire de ne pas augmenter au delà d'une certaine limite le grossissement employé. L'expérience a montré que le grossissement maximum utilement employé était égal au double de l'ouverture exprimé en millimètres. Ainsi pour un objectif de 75 centimètres de diamètre comme celui qui est en construction pour l'Observatoire de Meudon le grossissement maximum qu'il sera utile d'employer est de quinze cents fois.

Verres à lunettes. — Jusqu'en ces derniers temps, la fabrication, par soufflage ou par la taille, des verres à lunettes, se bornait à la préparation de deux sortes de verres, verres concaves pour myopes, verres convexes pour presbytos.

Il ne faudrait pas dire cependant, comme on le répète toujours, que la presbytie est le contraire de la myopie. Une myopie peut exister avec une presbytie. Ainsi un myope âgé peut devenir presbyte sans cesser d'être myope; il lui faudra des verres concaves pour voir au loin et des verres convexes pour distinguer les objets voisins.

Mais le point sur lequel nous devons attirer l'attention est peu connu en dehors des spécialistes. Contrairement à l'opinion régnante, ni la presbytie

ni la myopie ne constituent les défauts de la rue les plus répandus. Le plus fréquent des défauts de la rue, c'est l'astigmatisme, et le public, qui va chercher des pince-nez chez le premier opticien venu, ne se doute pas de la généralité de cette affection. On peut dire que l'astigmatisme se rencontre chez des milliers et des milliers de personnes. On voit mal, donc on est myope; on ne distingue que de loin, donc on est presbyte. Et vite on court chez le premier marchand de bézicles chercher des verres dont le plus petit inconvénient est d'augmenter souvent le mal à la longue. L'astigmatisme a * une toute autre cause que la myopie ou la presbytie. En indiquant ce défauJ sous le nom d'astigmatisme, Wewell a voulu rappeler que dans les yeux qui en sont affectés l'image d'un point lumineux extérieur ne vient pas se peindre -en un point mathématique de la rétine. C'est encore Yung qui découvrit l'astigmatisme. Si la forme de l'œil n'est pas parfaitement symétrique par rapport à son grand axe, si les courbures ne sont pas égales, si les milieux liquides qui les constituent ne sont pas également réfringents, si le cristallin n'a pas la même courbure en tous les sens, il est bien clair que la marche des rayons lumineux sera altérée, les deux parties de l'œil ne les enverront pas de la même façon sur la rétine, et, au lieu d'un point unique, on percevra plusieurs points, une petite traînée lumineuse, et la vue manquera de netteté, et le meilleur des verres concaves ou convexes ne remédiera pas à ce défaut de la vision. Dès 1827, réminent directeur de l'Observatoire de Greenwich, M. Airy. se plaignait de ce que, malgré le secours d'un verre convexe, son œil gauche voyait les étoiles sous forme de traits lumineux. H s'aperçut ensuite que pour son œil gauche, une croix tracée sur un papier n'était nettement visible à aucune distance. En inclinant le papier un peu. il finissait par distinguer nettement un des bras de la croix ou l'autre, mais jamais les deux à la fois. Airy était astigmate. Et à côté de lui il y en a bien d'autres. Il est très rare que les yeux n'offrent pas certaine dissymétrie dans leurs formes et soient des « solides de révolution » parfaits, comme disaient les géomètres.

Comment remédier à cette inégalité de forme de l'œil? Les verres ordinaires, par leur concavité ou leur convexité, ne peuvent rétablir la symétrie de forme de l'œil. C'est à Goulier, alors capitaine du génie et professeur à l'École d'application de Metz, que revient l'honneur d'avoir reconnu l'extrême fréquence de l'astigmatisme et d'avoir, le premier, trouvé le moyen d'y remédier. Il a rendu une bonne vue à un grand nombre de personnes au moyen des verres aussi, mais des verres cylindriques et non plus sphériques. Dans un long cylindre, on découpe ces verres dont la courbure est, par conséquent, produite dans le sens transversal. La courbure, bien calculée selon le défaut/ observé, corrige la dissymétrie de l'œil ou des yeux. La découverte de Goulier,» consignée dans un paquet cacheté à l'Académie des sciences le 22 juillet 4852 fut rendue publique en 1865. *

Mais ici le* rôle de l'oculiste est autrement important que dans la déter-j mination du degré de myopie ou de presbytie. Comment apprécier l'astigmatisme et les courbures dissymétriques de l'œil? En 1854, Helmholtz, le grand physiologiste physicien dont on déplore la mort récente, imagina l'ophtalmo-

UENRIVAUX. — LE VERRE. 581

mètre, instrument de haute portée, puisqu'il donne le moyen de mesurer rigoureusement sur le vivant les rayons de courbure de la cornée. Ce premier instrument était compliqué d'une manœuvre très délicate.

Vingt-cinq ans après Helmholtz, M, le docteur Schiotz, de Christiania, vint passer un an au laboratoire d'ophtalmologie de la Sorbonne, dirigé par M. le docteur Javal. L'éminent ophtalmologiste et son élève, H. Schiotz, parvinrent, après de laborieuses recherches, à simplifier l'invention de Helmholtz et à faire construire par H. Laurent un ophtalmomètre si pratique qu'en une journée il leur fut possible d'effectuer plus de mensurations d'astigmatisme qu'il n'en avait été fait en vingt-cinq ans avec l'ophtalmomètre primitif. Aujourd'hui H. le docteur Javal fait des mensurations aussi vite que s'il s'agissait simplement de déterminer des verres de myope. En même temps, le docteur Cuignet, médecin militaire, imaginait un procédé d'examen de l'œil qui a été perfectionné et introduit dans la pratique par le docteur Parent, de Paris, sous le nom de skiaskopie. Avec ces deux procédés, ophtalmomètre et skiaskopie, tout oculiste est momentanément en état de reconnaître rapidement l'astigmatisme et d'en évaluer l'importance.

Or, c'est là un grand bienfait, car l'astigmatisme, s'il dépasse certaines limites, devient l'origine de maux d'yeux multiples. Les yeux, sous l'influence de la fatigue, refusent le service, contractent des inflammations qui résistent à tous les collyres et qui disparaissent comme par enchantement avec des verres appropriés.

- Verres de lorgnettes, dites t jumelles ». — La fabrication des verres de jumelles présente des difficultés spéciales. Une jumelle sert en même temps pour les deux yeux, il est donc nécessaire que ses deux parties soient aussi semblables que possible.

Les plus petites différences que présentent les verres dans leur effet optique se traduisent par une difficulté d'accommodement de la vue, d'abord insensible, mais qui devient bientôt fatigante, insupportable. De là, des précautions mi* nutieuses et la nécessité d'ëfre toujours attentif au choix et à l'appareillage des verres.

De nombreux instruments 1res délicats ont été inventés pour permettre d'obtenir cette identité des objectifs et afin d'étudier les différences qu'ils peuvent présenter, soit au point de vue de la matière employée, soit au point de vue du travail et des résultats cherchés. H. Lemaire, fabricant à Paris, a poussé ces précautions très loin ; et dans son usine on y pratique l'appareillage des verres avec un soin tout particulier, et les résultats obtenus sont incontestables au point de vue de la justesse de division des jumelles qui y sont fabriquées.

Le grossissement des jumelles est limité par d'autres considérations que celles qui dominent dans les instruments monoculaires. Il est limité d'abord par les dimensions des objectifs dont la distance des centres est forcément égale à l'écartement des yeux, et aussi par le système optique de l'oculaire concave, \ dit de Galilée, qui fait voir les images droites et non renversées. Le diamètre v d'un objectif est nécessairement moindre que l'écart des yeux; il est d'environ

582 HENRIVAUX. - LE VEBRE.

67 millimètres. Hais à ces dimensions-la même, la jumelle est lourde et embarrassante, de sorte qu'on ne peut guère avoir des objectifs dépassant 40 à 45 millimètres. De même l'oculaire concave, pour maintenir les images droites, et afin de conserver un champ asseï étendu, ne peut pas donner un fort grossissement qui fatiguerait trop la vue. On ne doit donc pas demander à une bonde jumelle de grossir plus de cinq à sept fois les objets, et encore ces grossissements sont-ils difficiles à obtenir. Il est une qualité que Ton doit rechercher avant tout et que Ton confond souvent avec la puissance, c'est la clarté.

Une bonne jumelle très claire, même lorsqu'elle grossit peu, offre un calme, une tranquillité dans les images qui reposent la vue. La clarté des objectifs dépend du bon affinage, de la limpidité des verres employés, crown ou flint, et également du travail soigné des surfaces réfringentes, de l'achromatisme aussi parfait que possible des surfaces, puis enfin des montures, barillets, bonnettes, etc., qui doivent être parfaitement appropriés aux verres et ne jamais déranger les axes optiques.

Avant de commencer le travail d'un verre (rodage, doucissage, polissage), il est nécessaire de s'assurer que ce verre n'est pas trempé. Un verre fortement trempé ne supportera pas les efforts du travail, il sera brisé en traversant les diverses phases de ce travail, et s'il ne présente qu'une trempe faible, il pourra peut-être subir le polissage, mais il ne formera qu'un mauvais objectif aux qualités irrégulières et instables. Donc il faut étudier la trempe d'un morceau de verre avant tout autre travail ; pour cela on se sert d'une propriété des rayons polarisés. Un rayon polarisé est celui dans lequel les vibrations lumineuses s'exécutent en un plan fixe et déterminé : il y a entre un rayon lumineux naturel et un rayon polarisé une différence semblable à celle qui existe entre un pendule conique et un pendule plan. On comprend donc qu'un rayon polarisé puisse traverser sans modifications un corps transparent quelconque, pourvu que ce corps n'altère pas le plan de polarisation; mais si ce corps transparent par sa structure intime, change les directions des plans de polarisation, s'il présente des directions qui seront traversées plus ou moins facilement par la vibration lumineuse, le rayon polarisé sera à la sortie différent de ce qu'il était à l'entrée. Un rayon polarisé est donc une sorte d'outil, avec lequel on peut apprécier la structure intime d'un corps transparent. C'est avec un rayon polarisé qu'on peut apprécier si un corps transparent est cristallisé, ou s'il est amorphe; s'il a subi des actions dissymétriques comme une pression dans un sens déterminé; enfin s'il est trempé, c'est-à-dire si le refroidissement a été assez lent pour que les molécules intérieures aient pris leur place normale et régulière.

i Pour savoir si un verre est trempé (1) il suffit donc de l'interposer dans le passage d'un rayon polarisé ; avant l'interposition du verre trempé, le rayon polarisé avait un certain aspect ; il était par exemple éteint. Dès qu'il est mis sur le passage du rayon, l'aspect change, le rayon devient visible, blanchâtre et quelquefois coloré.

(1) Voj. Procédé pour reconnaître la trempe dm verre, par M. Mascart, p. 55, 56, 57.

L'appareil employé dans cet essai est très simple, il se compose de deux prismes de Nichol, entre lesquels on place le verre à étudier. Le premier Nichol polarise la lumière, le second l'analyse; on fait tourner celui-ci, jusqu'à ce que les plans de polarisation soient contrariés et qu'il ne passe aucun rayon du premier Nichol à travers le second. Pour peu que le verre interposé présente quelques points de trempe, ces points seront aussitôt éclairés parle rayon polarisé.

Une composition plus commode encore que l'appareil consiste à se servir du procédé de Nuremberg, et de polariser le rayon par réflexion sur une glace transparente. Le rayon venant horizontalement est rendu vertical par cette réflexion; il traverse le corps à étudier, se réfléchit sur un miroir horizontal, traverse une seconde fois le corps à étudier et vient s'analyser dans un prisme de Nichol. Ce procédé a l'avantage d'être très sensible, puisque le corps à examiner est traversé deux fois par la lumière polarisée.

Aberration de réfrangibilité. Lentilles achromatiques. — En mesurant la déviation qu'un prisme fait subir aux rayons de diverses couleurs, on

FlG. 354.

peut se convaincre que ces rayons n'ont pas le même indice de réfraction par rapport à une même substance. Cette dispersion, qui cause dans les images un défaut de netteté, est due à l'inégale réfrangibilité des rayons et est connue sous le nom d'aberration de réfrangibilité, pour la distinguer de l'aberration de sphéricité, qui ne tient qu'à la forme de la lentille.

L'aberration de réfrangibilité produit généralement dans les images fournies par les lentilles des irisations très gênantes ; on diminue ces irisations, et en même temps l'aberration de sphéricité, par l'emploi des lentilles achromatiques.

Celles-ci sont composées en général de deux lentilles juxtaposées: l'une convergente À en verre ordinaire ou crown -glass (fig. 354), l'autre divergente en cristal ou flint-glass. Les dispersions de ces deux lentilles s'exercent en sens opposé, et l'on peut, en combinant la valeur de l'indice de réfraction des différentes couleurs dans ces deux substances, et les rayons des lentilles, obtenir un système double dans lequel les foyers des rayons de deux couleurs choisies arbitrairement soient en coïncidence. Le calcul montre que, avec deux lentilles de substances différentes, on ne peut pas amener à coïncider les foyers de plus de deux couleurs. L'aberration de réfrangibilité n'est donc pas détruite entièrement, mais elle est très diminuée.

L'indice de réfraction des verres d'optique, flint et crown, est en raison directe de la densité de ces verres.

La qualité recherchée pour le crown est une grande réfringence et une faible dispersion.

584 I1ENIUVAIK. - LE VERRE.

: Pour ie flint, au contraire, une faible réfringence et une grande dispersion sont nécessaires. Dans les verres ordinairement employés, le flint possède toujours un indice de réfraction sensiblement supérieur à celui du crown. Voici les indices de réfraction des verres qui sont le plus souvent employés :

Crown, de 1,517 à 1,529; Flint, de 1,613 à 1,626.

Ces indices se rapportent à la raie D.

Voici, du reste, quelques tableaux donnant des indications utiles sur les indices de réfraction, et les densités de différents corps vitrifiés.

TABLEAU DES INDICES DE RÉFRACTION POUR LES SEPT RAIES PRINCIPALES DO SPECTRE

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