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FABRICATION ACTUELLE DU TERRE A VENISE

Perles. — C'est aux perles et aux verres colorés que Venise doit ses richesses. L'industrie du verre, à Venise, remonte au dixième siècle, et bien qu'elle ail perdu de son ancienne splendeur, elle conserve encore une certaine importance.

D'après H. Lazari, la première mention des perles remonte à l'an 1318 et les fabricants, désignés sous le nom de patenotriers et de perliers, établis à Venise et à Murano, étaient assez nombreux pour former une compagnie régie par des statuts particuliers. Cette industrie ne devait pas être à ce moment arrivée à son apogée, puisque le même auteur cite, sans en donner l'explication, un important perfectionnement apporté à cette fabrication par Andréa Vidaore (1528).

Malgré l'immense développement atteint en peu de temps par cette branche de l'industrie verrière, celle-ci se trouve actuellement dans des conditions défavorables, et cela à cause des prix qui sont exhorbitants.

On s'explique facilement dès lors comment Venise a dû voir la Bohême lui enlever ses principaux débouchés, sans exclure les Indes.

Il n'est pas rare pour des connaisseurs autrichiens, allemands de voir aux étalages des magasins qui avoisinent le « palais de la Magistrature », des objets en verre montés avec une réelle élégance, et de reconnaître que ces articles, que l'on vend comme produits de Venise, ne sont autres que des articles de provenance étrangère.

La cause de celte décadence, selon nous, c'est que la fabrication du verre, aussi bien à Venise qu'à Murano, suit des systèmes trop anciens, se basant sur des données obtenues dans l'ancien temps sans vouloir tenir aucun compte des importantes découvertes qui ont été faites dans les temps modernes.

C'est ainsi que Venise se trouve écrasée par ces pays qui savent, eux, calculer scrupuleusement et sont munis pour travailler, de systèmes tout à fait différents et plus en rapport avec les exigences de notre époque.

La fabrication des miroirs, si célèbre autrefois, a complètement disparu, et Venise se voit aujourd'hui obligée de prendre à l'étranger pour sa consommation locale*

Seul l'encadrement des miroirs est resté une spécialité vénitienne.

L'Italie s'est vue réduite à tirer pour la majeure partie de l'étranger les verres pour fenêtres, ainsi que les objets de luxe et d'usage commun, lesquels proviennent surtout d'Autriche, où les fabriques de Styrie ne travaillent presque exclusivement que pour elle. La fabrication du verre ci-dessus a pour ainsi dire cessé à Venise et à Murano, et il n'existe actuellement qu'un seul établissement de verre commun fondé par la Société « Verrerie vénitienne », aujourd'hui entre les mains du baron Franchetti, mais dont l'existence nous parait comptée.

| Aussi célèbre était la fabrication de la mosaïque à Venise; mais, même dans cette branche de l'industrie, on se ressent non seulement de la concurrence étrangère, mais plus encore de la concurrence locale, de telle façon que l'illustre Salviati, à qui l'on doit d'avoir fait revivre cette importante industrie, se trouve en ce moment dans une situation plus que précaire depuis que ses élèves d'hier, eux-mêmes établis, viennent troubler la situation, portant ainsi un préjudice à leur maître.

En ce qui touche la fabrication des perles, celles-ci arrivent également toutes produites d'Allemagne. C'est surtout à Steinach, Bischofgrfin, Eberndorf, Warmensteinach et aux environs de Gablonz, qu'on en fabrique en quantités.

Tandis que dans les pays ci-dessus les perles sont tirées et fournies directement du four de l'ouvrier (perlier) et dans les dimensions voulues, les manufactures de la Bohême, au contraire, ne produisent que les perles dites taillées (à froid).

Le premier système présente cet inconvénient que, ne pouvant fabriquer que des perles d'une certaine grosseur, l'ouvrier ne peut produire, suivant la grosseur à donner, que 150 à 800 perles à l'heure. -

Le deuxième système (celui de Bohême) ne compte qu'une seule catégorie : celle des perles taillées, comme il est dit d'autre part ; mais, à vrai dire, ces dernières ne sont pas des perles proprement dites.

Venise, au contraire, occupe le premier rang pour la fabrication des perles à cause de la variété de ses produits et aussi parce que non seulement elle peut travailler d'après les deux systèmes sus-exposés, mais bien parce que la fabrication de ce genre de produits répond à toutes les exigences tant au point de vue des coloris que de la qualité et de la quantité, et ce, grâce à ses compositions spéciales et à son mode de travail. Venise est surtout considérée comme étant le centre principal pour la fabrication des perles pour broderies.

H est étrange qu'il ne se soit trouvé personne encore ni en Autriche, ni en Allemagne pour introduire cette branche d'industrie, laquelle ne manquerait certainement pas de rapporter des bénéfices.

Aucune des fabriques de verres soufflés de Venise et Murano ne possède de fours modernes. Ceux-ci sont tous à feu direct; mieux encore, les fabriques de verroterie n'ont que des fours antédiluviens. Dans ces fours, il n'y a qu'un seul pot pouvant contenir environ 300 kilogrammes de matière. Le chauffage s'opère directement par le charbon.

Nous n'avons qu'une exception à faire. En effet, la Société Alexandre Zecchin,

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de Murano a introduit, en 1881, dans les fabriques de perles, deux fours à bassins d'une capacité de 2.500 kilogrammes. — Ces fours ne sont pas autrement recommandables pour la fabrication des perles, parce qu'on n'en peut obtenir qu'une seule et même qualité de verre, causant ainsi une trop grande production d'un même article.

Les fours les plus propices seraient ceux à quatre ou six pots, quoique les Vénitiens ne veuillent en entendre parler, alléguant et soutenant qu'on ne pourrait, dans lesdits fours, faire fondre les différentes pâtes de compositions variées et demandant dès lors un traitement distinct ainsi qu'un degré de chaleur spécial à chacune d'elles.

En admettant que les motifs ainsi allégués soient exacts, il n'en faudrait pas conclure que, par ce fait seul, la fusion de différentes pâtes soit impossible.

Les preuves du contraire nous sont fournies par l'Autriche, l'Allemagne, où il existe des fours mixtes de ce genre et dont on obtient les meilleurs résultats.

Quoique Venise ne possède aucune école spéciale pour ce genre d'industrie, il n'en demeure pas moins intéressant de voir avec quelle bravoure le verrier vénitien s'acquitte de son travail.

A Murano, cependant, il existe une bonne école de dessin et un Musée; ce dernier, richement doté en produits de verre, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, collection d'un grand intérêt et fort instructive pour les connaisseurs.

Ce qui cause un grand préjudice à la fabrication du verre en Italie, c'est que celle-ci est encore obligée de demander la plupart de ses matières premières à l'étranger.

Avec l'acquisition de nouvelles colonies, l'Autriche et l'Allemagne pourraient se créer de nouveaux débouchés pour l'écoulement des perles; mais, comme nous l'avons dit, ces deux pays devraient alors copier leur fabrication sur celle des Vénitiens.

Murano et Venise ont exporté dans le Congo, en 1875, environ 300.000 kilogrammes de verroterie. Dans ces cinq dernières années le chiffre s'est élevé à 3 millions de kilogrammes.

Les perles les plus courantes sont les azurs, qui sont particulièrement recherchées par les habitants du haut Congo.

Les perles sont faites avec des baguettes ou tubes de verre blanc ou de verre coloré de différentes grosseurs. Ces tubes de verre proviennent de verre étiré à des distances plus ou moins grandes afin d'obtenir des diamètres plus ou moins forts. Pour la fabrication des petites perles on emploie des baguettes dont le verre quia servi à les former, a été étiré à une longueur de 50 mètres environ. Ces tubes sont ensuite coupés à 60 ou 80 centimètres de long, rangés par ordre de grosseurs ou diamètres, puis coupés encore en petits fragments d'égale longueur à l'aide d'une machine spéciale. Les tubes viennent se présenter sur un ciseau fixe, et un autre ciseau frappe régulièrement sur ces tubes et les coupe au fur et à mesure qu'ils se présentent. On a donc, après cette opération, une série de petits cylindres creux dont les bouts sont de vive arête; ces petits cylindres

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creux sont mêlés à un mélange de chaux et de charbon, le tout humecté, réduit en poudre fine; puis on remue, on brosse ces morceaux de verre avec le mélange qui pénètre à l'intérieur et obstrue momentanément le centre des fragments des tubes primitifs. Cette manière de faire a pour but d'éviter que, par le ramollissement auquel ces verres seront soumis, ces petits vides intérieurs ne soient obstrués par le verre lui-même. On place ensuite ces fragments cylindriques dans un cylindre en fonte, en fer ou en cuivre, on ajoute un peu de sable, et on introduit ce vase, auquel on imprime un mouvement de rotation, dans un four chauffé au rouge cerise ; sous l'action de la chaleur et de ce mouvement rotatoire, les arêtes s'émoussent et on produit les perles.

La masse refroidie» on tamise le tout, les perles restent et le sable s'échappe au besoin ; une agitation dans un sac dégage les vides préalablement bouchés des tubes.

Les perles étant arrondies, on les classe par grosseurs, par leur aspect plus ou moins satisfaisant, puis on procède à leur polissage en les secouant d'abord dans un sac avec du sable, puis ensuite avec du son. Pendant cette dernière opération le brillant qui avait été détruit dans l'arrondissage reparaît.

Les perles sont ensuite enfilées et rassemblées en écheveaux appelés masses, de diverses grandeurs, selon la grosseur des perles.

L'enfilage se fait entièrement à la main, lïinfilzatrice met ses perles dans une boîte carrée où elle plonge un faisceau de longues aiguilles, qu'elle tient étalées en éventail; quelle que soit leur finesse, ces aiguilles sont percées d'un trou à l'extrémité que l'ouvrière tient dans la main ; dans ce trou est passé un fil. Quand les aiguilles sont chargées d'un grand nombre de perles, l'ouvrière relève l'aiguille, fait glisser les perles le long du fil, puis les recharge de nouveau dans sa botte. On se sert de soie pour les produits les plus soignés, et de lin filé en Angleterre pour les perles plus communes, on attache une grande importance à la qualité de ces fils.

On fabrique aussi une grande quantité de perles soufflées au chalumeau, à la lampe d'émailleur; elles proviennent de la transformation de baguettes creuses ou tubes de verre ordinaire pour les perles communes, ou de teinte légèrement irisée ou opale pour les perles de choix ou orientoldes. Le souffleur étire d'abord le tube qui est préalablement chauffé et ramolli ; le tube étiré à la grosseur voulue, il le brise alors en fragments de 10 centimètres environ; puis il en prend un dont il présente l'une des extrémités à la lampe. Dès que le verre commence à se liquéfier, il souffle doucement dans le tube, qui, quoique étiré, a toujours conservé un vide intérieur, et bientôt, l'air dilatant l'extrémité chauffée, il y apparaît une boule. C'est cette boule qui va devenir une perle, mais elle n'est encore qu'à l'état de germe; pour qu'elle devienne perle, trois opérations sont encore indispensables :

i9 Le perçnge, qui se compose de deux trous, s'il s'agit de perles rondes destinées à former un collier, ou d'un seul si, rondes ou en forme de poires, elles doivent être montées soit en colliers, soit en boucles d'oreilles, en boutons, en épingles, etc. ;

2° La forme à donner, ronde ou en forme de poire ;

3° La coloration intérieure.

Le double perçage, indispensable pour passer le fil de soie qui réunit Us perles et forme le collier, s'opère au moment où le verre, de forme sphéroïde, adhérent au tube, est encore ductile. Le premier trou se fait au centre iniV*rieur de la perle par le seul souffle de l'ouvrier; et le second se trouve naturellement formé par le creux du tube au moment où la perle en est séparée au moyeu d'un petit coup sec.

Tel est le travail que demande la confection de toutes les perles fausses; mais les perles orient oides, qui, ainsi que leur nom l'indique, doivent être l'imitation la plus exacte possible de celles produites par la nature et connues sous le nom de perles fines, exigent une préparation plus compliquée.

Tout en étant fabriquées exactement de la même manière que les perles les plus ordinaires, les orientbïdes s'en distinguent cependant, non seulement par l'emploi d'un verre opalisé, mais encore par le soin que le souffleur, apporte à leur forme, ainsi que par les diverses colorations qu'elles reçoivent à Tin* térieur.

Quant à la forme, tout le monde sait combien il est rare de trouver une perle sans défaut; et, par défaut, il ne s'agit pas ici de la matière, mais seulement de la forme et plus encore de !a nuance.

Le rôle du souffleur élaut, comme nous l'avons dit, d'imiter le plus possible la nature, son talent consiste non seulement à dénaturer, pour ainsi dire, l'exacte régularité obtenue par le soufflage, mois encore à produire sur la perle fausse les défauts qui se trouvent ordinairement sur les perles naturelles. Ce travail demande une très grande habitude, et n'est que le fruit d'une longue observation ; le bon souffleur, l'artiste, doit connaître assez les perles naturelles pour n'exécuter sur les siennes que les défauts qui peuvent faire valoir, par le moyen de reflets habilement préparés, l'œuvre sortie de ses mains. Pour obtenir ce résultat important, le souffleur, profitant du moment où la perle adhère encore au tube, prend une très petite palette en fer, dont il frappe très légèrement sur certaines parties de la perle encore malléable, et ce n'est que par ce dernier travail qui met, ici une saillie, là un méplat, presque imperceptibles, qu'il parvient à produire une perle, qui, perdant sa régularité mathématique, devient l'imitation parfaite de la nature.

Là s'arrêtait à Venise le travail du souffleur de perles, la coloration était donnée par le verre lui-même. A Paris, on fabrique maintenant les perles colorées artificiellement de la façon suivante : pour la coloration des perles de choix, travail qui se fait par des femmes, chaque ouvrière a devant soi une série de compartiments contenant dès perles de diverses grosseurs, dans laquelle il s'agit d'introduire d'abord un peu de colle incolore destinée à fixer la matière colorante qui sera introduite ensuite. Cette matière est formée d'écaillés d'ablettes; on mélange ces écailles à de l'eau salée, à de l'ammoniaque, et on obtient une sorte de pâte fluide appelée essence d'Orient. On estime qu'il laut environ vingt mille ablettes pour produire une livre de cette essence qui est ensuite soumise à des purifications successives et qui finalement donne une liqueur nacrée d'un reflet, d'un éclat magnifiques. L'essence dite 'd'Orient est donc introduite par insufflation dans chaque perlé; les perles de couleur sont obtenues par un même procédé, seulement au lieu de pâte d'ablettes,' on insuffle à l'intérieur une pâte de couleur voulue.

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On a proposé le procédé suivant pour la fabrication des perles artificielles. On prend de la nilrocellulose que l'on dissout dans l'alcool et l'éther (78 parties d'alcool et 11 parties d'èther pour 1 partie de nitrocellulose) et que l'on verse à la surface d'une table de bois ou de verre. Après évaporation, il reste une pellicule qui a l'aspect de la nacre.

On peut employer comme dissolvant le verre soluble dans la proportion de 10 parties pour 'M parties d'eau. La nitrocellulose peut être pure ou brute et on peut faire varier dans de certaines limites son degré de concentration, ce qui permet d'obteuir des produits variés. L'addition de 25 pour 100 de sulfure de carbone ou de benzine donne lieu également à des différences de brillant et de coloration.

Verres filigranes. — Bonlempsa publié dans les Bulletins de la Société d'encouragement (t. XL1V), puis dans son excellent ouvrage (I), un exposé complet de cet art intéressant, a la renaissance et aux progrès duquel il a puissamment contribué.

On appelle verres filigranes ceux dans lesquels s'enlacent mille lilels de verreblanc, opaque ou coloré, en affectant une foule de formes diverses irrégulières.

Les verres filigranes sont composés d'un certain nombre d'éléments fabriqués a part; ainsi un vase quelconque est formé de vint g- cinq, trente..., baguettes juxtaposées, réunies par la chaleur du four de travail et soufflées ensuite comme une masse unique de verre. Je suppose d'abord ces bnguctles à filets fabriquées; on les place contre la paroi intérieure d'un moule cylindrique en métal (fig 371 et 3"2)ou en terre à creusets, on les fi\e au fond du moule au moyen d'une petite couche déterre molle dans laquelle ou fiche leur extrémité ; on fait chauffer ce moule auprès du four de verrerie, non pas jusqu'à ramollir les baguettes, mais pour les.

rendre seulement susceptibles d'être touchées par du verre chaud sans être calcinées ; puis, avec une canne à souffler, on prend dans un creuset du verre ou du cristal transparent en petite quantité, et on souffle ce qu'en terme de verrerie ou appelle une pctilepa/aison, c'est-à-dire une préparation de pièce; on souffle,

f-, Iûc. cit. Librairie du Dictionnaire isi artt et manufacla-c:

€30 HENHJVAUX. — LE VERRE

dis-je, une petite paraison cylindrique d'un diamètre un peu moindre que le vide que laissent entre elles les petites baguettes dans le moule ; on chauffe fortement la paraison, on l'introduit dans l'intérieur du moule et on souffle de manière à la presser contre les baguettes : elles ne tardent pas à adhérer à la paraison, de telle sorte que, en élevant la canne et retenant le moule, cette paraison amène avec elle les petites baguettes ; on réchauffe le tout de manière à rendre l'adhérence complète, à amollir les baguettes, puis on marbre, c'est-à-dire qu'on roule le tout sur la plaque de Tonte polie ; on réchauffe encore, on souffle un peu et on tranche avec les fers (sorte de pinces), un peu au-dessus du fond, de manière à réunir les baguettes en un point central ; on obtient ainsi une masse que Ton travaille comme une paraison ordinaire, et à laquelle on donne la forme que Ton veut par les moyens ordinaires employés dans le soufflage du verre. Par les opérations de marbrer et de souffler, les baguettes se trouvent aplaties extérieurement et intérieurement, ce qui produit sur les dessins des filigranes les effets que nous remarquerons en parlant en détail des baguettes. Si Ton n'a donné aucun mouvement de torsion à la paraison, les dessins restent longitudinaux comme les baguettes et dans le même plan que l'axe de la pièce; mais, si, après avoir fait adhérer les baguettes, on imprime un mouvement de rotation sur elle-même à la canne en retenant l'extrémité inférieure des baguettes avec les fers, on produit une torsion qui donne aux baguettes une direction en spirale qu'elles conservent quand on termine la pièce par les moyens ordinaires. li est plus difficile de maintenir les baguettes dans leur position primitive, dans le même plan que Taxe de la pièce, car le verre se travaille en quelque sorte sur le tour ; il faut donc que l'ouvrier ait la main très légère pour qu'en modelant sa pièce il n'imprime pas près du pontil, et surtout à l'évasement de la pièce, un léger mouvement de torsion.

Après avoir montré de quelle manière on fabrique les pièces filigranées quand on a les baguettes qui en forment les éléments, voici les procédés par lesquels on produit ces baguettes. La base de toutes est un filet simple enveloppé de verre transparent : nous supposerons d'abord qu'on n'emploie que des filets blancs opaques, et, pour le dire en passant, les plus jolis ouvrages des Vénitiens ne contenaient guère que des filets de cette couleur. Certes, ils connaissaient bien les colorés, mais ils les employaient rarement dans ces sortes d'ouvrages ; ils pensaient avec raison que le mérite de ces pièces résulte de leur légèreté, de la netteté des filets, de la grâce de la forme, et que l'introduction de la couleur n'était le plus souvent qu'un cachet de mauvais goût.

Pour faire les filets simples (1), le verrier prépare du verre blanc rendu opaque par l'étain ou par l'arsenic (l'étain donne des filets plus nets dont le délié est plus correct que ceux de l'opaque blanc par l'arsenic). Le verrier prend au bout de sa canne dans le creuset, environ 200 grammes de verre opaque; il mabre ce verre de manière à lui donner une forme cylindrique d'environ 6 à 8 centimètres de longueur et laisse un peu refroidir, puis il plonge ce petit cylindre dans du verre blanc transparent, en fusion, de manière à lui former une enveloppe d'environ 5 millimètres d'épaisseur; il mabre de nouveau pour égaliser le verre transparent autour du verre opaque, puis, chauffant fortement et appliquant ensuite à l'extrémité opposée à la canne un pontil garni de verre

chaud, il étire celte coionnetle comme un tube jusqu'à ce qu'elle ait été réduite au diamètre voulu, environ 4 à 6 millimètres ; enfin il partage cette tirée en fragments égaux : il lui en faut, pour sa provision, plusieurs longueurs suivant les pièces qu'il veut fabriquer ; elles ont ordinairement de 8 & 15 centimètres.

Outre ces baguettes à filets simples, le verrier doit se munir aussi de baguettes semblables en verre transparent, et il est apte alors à préparer toutes les baguettes compliquées.

1° Pour obtenir des baguettes à filets en spirale rapprochés, qui, par leur aplatissement, produisent des réseaux à mailles égales (2), on garnit l'intérieur d'un moule eu métal ou en terre, semblable à celui dont nous avons parlé, de

baguettes a filets simples alternées avec des baguettes en verre transparent, puis le verrier prend au bout de sa canne du verre transparent dont il forme un cylindre massif qui puisse rentrer dans le moule garni de ces petites baguettes, et chauffé préalablement un peu au-dessous de la chaleur rouge. En chauffant ce cylindre fortement, il l'introduit dans le moule où il le refoule de manière à presser les baguettes qui adhèrent ainsi contre le verre transparent: il enlève 11 canne en retenant le moule et entraîne ainsi les baguettes avec le cylindre ; il

m HENRIVACI. — LE TERRE.

chauffe encore et il inabrepour rendre l'adhérence plus complète; enfin, chauffant l'extrémité du cjiindre, il tranche d'abord cette extrémité avec ses fers, la chauffe de nouveau, la saisii avec une pincette ou avec ses fers, et la tire de longueur avec sa main droite, pendant que de la main gauche il fait tourner rapidement la canne sur les bardelles de son banc. Pendant que les extrémités de la colonne s'allongent, les filets s'enroulent en spirale autour d'elle : quand l'ouvrier a amené, à l'extrémité, une baguette de la dimension voulue, environ 5 millimètres de diamètre, et que les filets sont suffisamment enroulés, il tranche avec la pincette, chauffe de nouveau l'extrémité de la baguette, et, la saisissant et l'étirant pendant qu'il roule rapidement la canne, il procède ainsi à la production d'une nouvelle baguette, et ainsi de suite jusqu'à ce que toute la colonne soit étirée.

2* Pour fabriquer des baguettes qui, par leur aplatissement, produisent des filets en quadrilles, on place dans le moule, aux deux extrémités d'un seul diamètre, trois ou quatre baguettes à filets simples alternées avec des baguettes en verre transparent ; on garnit ensuite le reste de la capacité intérieure du moule de baguettes transparentes, afin de maintenir les baguettes à filets dans leur position, et on opère comme pour les baguettes précédentes.

3° Pour obtenir des baguettes produisant, par leur aplatissement, des grains de chapelet (4), on fait une par a ison soufflée, dont on ouvre l'extrémité opposée à ia canne de manière à produire un petit cylindre ouvert; on l'aplatit afin de ne donner passage qu'à des baguettes, et on introduit dans ce fourreau quatre, cinq ou six baguettes à filets simples alternées avec ces baguettes de verre transparent; on chauffe, on ferme l'extrémité opposée à la canne, puis l'ouvrier presse sur la paraison plate pendant qu'un aide aspire l'air de la canne de manière à le faire sortir de la paraison et à produire un massif plat, dans lequel sont logés les filets. L'ouvrier rapporte successivement une petite masse de verre chaud transparent sur chacune des parties plates de sa paraison, et il mabre pour cylindrer sa masse : il obtient ainsi une petite colonne dans l'intérieur de laquelle sont rangés, sur un même diamètre, les filets opaques: il procède ensuite comme pour les baguettes précédentes en chauffant et étirant l'extrémité pendant qu'il roule rapidement la canne sur les bar délies. Par ce mouvement de torsion, la li^ne des filets se présente alternativement de face et de profil, et produit des grains de chapelet.

4° Il arrive souvent qu'on combine ces grains avec les quadrilles des

baguettes précédentes, eu se servant, pour introduire le moule préparé pour les

baguettes à quadrille, du cylindrique préparé pour les grains de chapelet. Du

reste, les combinaisons qu'on vient d'indiquer mettent sur la voie d'une foule

d'autres que le verrier peut opérer,

5° Quelquefois on ménage, au centre d'une des baguettes, un filet en zigzag ordinairement coloré : pour cela on prépare un premier cylindrique massif en verre transparent, de moitié du diamètre de celui qu'on veut étirer, et on fait adhérer parallèlement à l'arête de ce cylindre une petite baguette colorée; on recouvre le tout d'une nouvelle couche de verre transparent pour produire le cylindre de la dimension voulue pour entrer dans le moule des baguettes à filets. La petite colonne colorée, n'étant pas au centre du cylindre,

UENRIVÀUX. — LE VERRE.

to urnera en spirale autour de ce cenlre par le mouvement d'étirage et de torsion, et produira un zigzag par l'aplatissement.

Parmi les pièces de Venise, et ce sont peut-être les plus remarquables, il en est qui présentent un réseau de filets simples à mailles égales dont chacune renferme une bulle d'air : ce genre est le plus difficile à produire. On y parvient, toutefois, en souillant une première paraison à filets simples tordus, puis une deuxième paraison à filets simples tordus en sens inverse; on ouvre Tune de ces paraisons et on introduit l'autre de manière à les faire adhérer; les filets se croisent alors et produisent des mailles qui sont égales si les paraisons ont été bien préparées. Si le verre opaque est dur, la cannelure produite par les colonnes se maintient à un certain degré quand on souffle la paraison ; ces cannelures tordues en sens inverse venant à se croiser quand on engage Tune des paraisons dans l'autre, une bulle d'air restera renfermée dans chaque maille quand les deux paraisons seront réunies ; on termine la pièce, par les moyens ordinaires, suivant la forme qu'on veut lui donner.

Indépendamment des verres filigranes, les Vénitiens ont fait quelques essais de ce que j'ai appelé verres mosaïques, plus connus sous le nom de millefiori ; mais ils sont restés, sous ce rapport, bien loin de l'antiquité. Voici la manière de fabriquer ces verres :

Les éléments au lieu d'être des baguettes, sont des tronçons de baguettes dont la section présente des étoiles ou autres formes symétriques composées de plu-

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sieurs couleurs; par exemple, le verrier formera, au bout de sa canne, un petit cylindre massif en verre rouge autour duquel il appliquera cinq ou six cueillages de verre bleu turquoise qu'il façonnera avec sa pincette pour former des ailes prismatiques triangulaires dont la base est sur le cylindre rouge, puis il remplit les intervalles entre ces ailes avec un verre d'une autre couleur blanc opaque ou jaune; il raabre et enveloppe le tout d'une couche d'une couleur transparente, soit violet clair par exemple. Il peut ensuite introduire celte colonne dans un moule garni intérieurement de baguettes d'une autre couleur ou blanc opaque, qui, par leur section, feront un lourde perles blanches; enfin, quand il a composé sa colonne comme il le désire, il la chauffe fortement et l'étiré à la grosseur de 10 à 15 millimètres. On peut varier à l'infini les formes

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