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MOSAÏQUES

La fabrication des mosaïques est un art bien ancien ; le moine Théophile au deuxième livre de l'Essai sur divers arts, chap. xv (1), décrit ainsi la manière dont les anciens employaient les mosaïques pour la décoration de leurs édifices : « Du verre grec employé dans les mosaïques. — On fait aussi par le procédé employé pour les feuilles de verre, des tables de verre blanc de l'épaisseur d'un doigt que Ton fend avec un fer chaud en petits fragments carrés, sur lesquels on pose d'un côté une feuille d'or, que l'on recouvre d'une couche d'émail blanc transparent, comme nous l'avons indiqué ; on réunit tous ces petits fragments sur une plaque de fer saupoudrée de chaux ou de cendres, dont nous parlerons bientôt, et on porte à la cuisson dans le four à vitraux. Ces petits cubes servent à faire les fonds des sujets en mosaïque et produisent un bel effet décoratif. >

Les Égyptiens ont transmis aux Grecs et aux Romains l'art de faire les mosaïques. Nous avons vu à Pompéi, à Herculanum, des pavés mosaïques dans la plupart des habitations (fig.379-380) au seuil des vestibules. Au musée de Naples nous avons vu la célèbre mosaïque dite bataille d'Arbelles,bataille gagnée en 331 avant Jésus-Christ par Alexandre sur Darius. Cette mosaïque est la reproduction d'un tableau, et le mosaïste a tenu compte des difficultés qui s'imposaient à cette copie ; il a dû éviter les plans fuyants, les modelés trop accusés, une trop grande variété de couleurs que lui interdisaient les ressources limitées de son art qui, en lui laissant la libre disposition d'une matière dure, d'un nombre restreint de tons, l'obligeait à procéder par teintes plates et à choisir des compositions simples et calmes. 11 a taillé ses cubes à 3 millimètres au plus, mélangé les inarbres et les matières vitrifiées, serré le grain, et ainsi avec une grande habileté est parvenu à rendre les effets de la peinture et à ep produire l'illusion. Cette mosaïque a encore cela de remarquable qu'elle e&t la seule copie épargnée par le temps d'un tableau d'histoire qui nous permette de juger de l'état de la grande peinture dans l'antiquité grecque.

(1) Traduction de M. G. Bontemps, préférable pour cette partie technique à celle de M. C. de l'Escalopier.

Le musée de N.iples re .forme encore qiiativ colonnes rondes complètement recouvertes de mosaïque qui prouvent que les décorateurs anciens ne se sont pas bornés à employer li mosaïque comme parement, mais aussi comme revêtement de toutes les parties visibles des anciens morceaux d'architecture.

Fie 380. — Seuils de porte i Pompiii, i

Dès le quatrième siècle, la mosaïque devient la décoration par excellence des édifices religieux, dont tous les sujets ne sont pas cependant d'ordre sacré. Il uul citer parmi les dessins de l'époque de Constantin, la basilique de Saint- Pierre, puis Saint-Paul, Sainte-Constance, Sainte-Pudenlienne, d'autres églises de Rome et de Naples, qui furent enrichies de mosaïques.

En 330, au moment de l'inauguration de Constantinople comme capitale de l'empire, Constantin fit décorer de mosaïque un grand nombre d'églises en Orient; entre autres l'église de Saint-Georges à Salonique, en Macédoine; plus tard, au sixième siècle, à Sainte-Sophie on peut juger l'école- grecque.

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Au cinquième siècle, les historiens signalent quelques mosaïques chez les Francs; aucune (race n'a été conservée de ces ouvrages, on sait seulement qu'il existait des mosaïques à l'église Pierre-et-Paul de Nantes, à l'église cathédrale de Clermont, à l'église de la Daurade à Toulouse.

En Italie, on doit citer les églises de Sainl-Ambroise à Milan ; à Rome, l'église Sainte-Sabine, Sainte-Marie-Majeure, Saint-Paul-hors-les-Murs; à Rave n ne, le baptistère des orthodoxes, la chapelle du palais épiscopal, l'église de Saint- Jean-1'Évangéliste.

Au sixième siècle, les mosaïques sont très nombreuses. En Orient, les plus importantes se trouvent à Sainte-Sophie; là, dans toute la longueur de l'édifice, régnent deux étages de galeries dont les parois étaient recouvertes de plaques de marbre et de mosaïques sur fond d'or.

Depuis longtemps, hélas, ces mosaïques sont recouvertes par une couche d'ignoble badigeon jaunâtre.

Mous donnons ci-après l'analyse de trois verres provenant d'une mosaïque de l'église Sainte-Sophie de Constantinopie.

Bleu Rouge Jaune pile

transparent. opique. tran»parunt.

Silice 67,12 70,71 65,32

Alumine 2,66 3,42 2,58

Peroxyde de fer 1,39 3,26 1,13

Protoxyde de manganèse. . . . 0,37 0,55 0,79

Oxyde de plomb 0,27 0,24 0,39

Oxyde de cuivre » 1,26 »

Oxyde de cobalt traces. » »

Chaux 8,37 7,26 8,18

Magnésie 0,97 1,05 1,44

Potasse 1,26 0,70 0,71

Soude 17,59 11,55 18,96

A Ravenne, l'église Sainte-Marie-en-Cormédin, l'église Sainte-Apollinaire- Nuovo, Saint-Vital, Saint-Apollinaire-in-classe, subsistent encore.

Au septième siècle, malgré les conditions déplorables de Rome, les papes firent exécuter quelques travaux de mosaïque : à l'église Sainte-Agnès, l'oratoire de Saint-Venance, Saint-Pierre-aux-liens, basilique de Saint-Pierre, Sainte- Constance. En 1860, M. Renan trouva à Sour, sur l'emplacement de l'ancienne Tyr, une belle mosaïque (1), ancien parement d'église, de 14m,32x 10m,43; cette église fut consacrée en 653.

Au huitième siècle, on constate à Rome quelques travaux exécutés à la basilique de Saint-Pierre, à l'église Saint-Théodore, au palais de Latran.

A Aix-la-Chapelle, le dôme, travail fort médiocre, a été exécuté à l'une des époques les plus tristes de l'art.

Une église consacrée en 806, classée aujourd'hui parmi les monuments historiques, l'église de Germigny-des-Prés (Loiret), renferme, à l'abside, une mo-

(1) Cette curieuse mosaïque a été décrite et pr.ivcc dans les volumes XXIII et XXIV des Annules archéologiques, de Didron.

LK VRRRK. 41

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saïque dont le sujet est un coffre portatif symbolisant l'arche d'alliance ; deux anges ailés et nimbés se tiennent sur le couvercle ; deux autres anges très grands semblent protéger celte arche; au sommet de la voûte, une main symbolique sort du ciel étoile; le fond est bleu, la zone inférieure est d'or; la frise du soubassement, bleue, porte une inscription en cubes d'argent. Cette œuvre est unique en ce pays.

Au neuvième siècle, il y a à Rome et dans toute l'Italie une certaine quantité d'oeuvres mosaïques, dont la qualité n'égale point la quantité. Cette décadence ne se fit pas sentir en Orient, et l'empereur Basile fit ajouter des mosaïques à celles qui existaient déjà à Sainte-Sophie ; on lui attribue la décoration de Tare occidental de cet édifice.

Pendant les dixième et onzième siècles, la mosaïque est non seulement en décadence, mais elle stfmble anéantie en Italie. En France, on admire les mosaïques de Saint-Irénée à Lyon, de Saint-Remi à Reims.

Au douzième siècle, on constate à Rome un réveil dans l'art de la mosaïque, témoin les travaux exécutés à l'église de Sainte-Marie-en-Translevère ; ceux exécutés à la chapelle Zenon de Saint-Marc à Venise, puis en Sicile, Sainte- Marie-de-l'Amiral, la chapelle Palatine, le dôme de Montréal où l'on voit la collaboration des mosaïstes grecs et latins.

Pendant les croisades, la mosquée d'Omar, l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem et l'église de Sainte-Marie et de la Nativité à Bethléem furent enrichies de grandes mosaïques (1).

Avec le douzième siècle s'éteint en Orient la période intéressante de la mosaïque décorative.

L'abbé Suger fit décorer de mosaïques le sol et l'arc de la porte latérale de l'église de Saint-Denis.

Du treizième au quatorzième siècle nous voyons le plein épanouissement de la mosaïque décorative; les basiliques latines nous offrent de nombreux exemples, que nous ne pourrions tous citer sans être obligé de sortir du cadre de ce chapitre. Rappelons seulement les travaux exécutés à Rome à Saint-Jean -de-Latran,. à Sainte-Marie-Majeure.

Les tentatives d'implantation de l'art mosaïque en Bohème furent stériles.

Au quinzième siècle, il y eut un temps d'arrêt très marqué dans l'exécution des mosaïques, sauf à Venise et à Florence. La Renaissance transforme complètement l'art de la mosaïque qui s'efface devant la peinture.

A partir du seizième siècle, les mosaïques ne sont plus que des tableaux fixés dans les murs au moyen des émaux ; ces tableaux doivent imiter la peinture. Partant de ce principe, les conseils du Titien furent de grand secours aux mosaïstes. Francesco Zuccato et Vincenzo Bianchini; puis Rizzo, Bozza, exécutèrent de nombreux et importants travaux à l'église Saint-Marc de Venise là où la surface couverte de mosaïque est de plus de 4000 mètres carrés. 1 Les applications des différents genres de mosaïques aux dix-septième et dixhuitième siècles, se trouvent résumées à Saint-Pierre de Rome.

(\) Consultez l'ouvrage de M. Gerspach, la Mosaïque, bibliothèque des beaux-arts, Parit Quentin, éditeur.

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Actuellement, il n'y a en Europe que trois ateliers officiels ayant pour but spécial d'encourager les travaux de la mosaïque décorative et de former des élèves; ce sont les manufactures du Vatican, de Saint-Pétersbourg et de Paris. Il existe encore quelques fabriques importantes à Rome, à Venise, notamment la fabrique de M. SalviaLi, celle de la Société générale des verreries et mosaïques de Venise-Murano.

La fabrique de mosaïque du Vatican est la plus importante de toutes celles qui sont en activité. Fondée, ou plutôt assurée d'une organisation régulière, par Benoît XIII, sa fabrication subit des alternatives de plus ou moins grande prospérité, et ce ne fut guère qu'en 1825 que cette fabrication devint normale, au moment de son installation au Vatican même par Léon XII; son passé est glorieux quand on songe que c'est de cet établissement que sont sorties les mosaïques de Saint-Pierre, des églises de Rome, de Saint-Marc de Venise, etc. Actuellement, on tire de cette fabrication les produits qui servent à entretenir et même à augmenter les œuvres des siècles passés.

En 1844, l'empereur de Russie Nicolas fit créer à Rome un atelier de mosaïque qui fut installé ensuite à Saint-Pétersbourg en 1850, annexé aux manufactures impériales en 1856, et réuni à l'Académie des beaux-arts en 1864. De cet atelier sont sortis un certain nombre de mosaïques sujets religieux, pour lesquels on pourrait désirer plus de simplicité d'exécution, ce qui n'eût pas nui à l'effet décoratif obtenu.

En 1806, Napoléon I,T établit à Paris une école de mosaïque ; l'école dépendait du service des beaux-arts, et était dirigée par Belloni. Cette école, supprimée en 1831, a été rétablie en 1876 à Sèvres. Cet art constitue pour la décoration des édifices un puissant auxiliaire, et a droit, à ce titre, aux encouragements de TÉlat. H. C. Garnier a appliqué la mosaïque à l'Opéra de Paris, notamment pour les sept médaillons du plafond de la loggia extérieure, puis a issi pour le pavage des couloirs. On vient d'appliquer également la mosaïque nu Comptoir d'Escompte de Paris.

La décoration de l'abside du Panthéon, les principales décorations de la nouvelle cathédrale de Marseille donneront une idée de ce que peut faire actuellement l'École française de mosaïque et les deux applications que nous venons de citer nous donnent l'espoir que cet art qui se relève en France, sera apprécié comme il le mérite et se généralisera. Car il est difficile de comprendre que Ton ait persisté jusqu'ici, en Fronce et dans toutes les contrées où le soleil se montre discret, à couvrir les voùles et les murs des édifices d'œuvrcs peintes fort coûteuses, que l'humidité condamne à disparaître à bref délai. Il est regrettable que l'on n'ait pas adopté le seul procédé susceptible d'offrir des conditions essentielles d'effet et de durée de la peinture monumentale.

Procédés de fabrication de la mosaïque.— Nous avons pu juger à Venise dans la fabrique de mosaïque de M. Salviati, dans celle de la Société générale des verreries de Venise-Murano, de l'emploi des fragments d'émaux, ou smaltes, cl de la fabrication de certaines parties de vastes panneaux, sujets décoratifs df plus bel effet.

Un carton sur lequel le peintre mosaïste a tracé et colorié son dessin, sort do

modèle. Le mosaïste a à sa disposition des pains ou disques d'émail de différentes couleurs ; ces disques sont cassés à l'aide de marteau» (aillants {martellina) et amenés à l'étal de petits cubes de 1 centimètre environ de côiè.

fie. 381. — Outillage Clin mosaïste (d).

i, eoupoir (tagliolo) ; 2, marteau à découper le* smaltes {mwtellma) ; 3, marteau à découper

les marbres (marUUtna da pie Ira); i, fera i encaustiquer tferri du ituccoV, 5, truelle et sna-

lule a ciment; 6, marteau et ciseau à fouiller le plâtre; 7, meule (ro(ino); 8, ewier (icatoto <ta

dégradai ione) ; 9, pincettes i cubes.

Certains de ces fragments de malte son! usés à dessein et présentent des coupes diverses à cause des courbures des dessins à reproduire.

La diversité des teintes est considérable; on nous a affirmé, chez M. Salviali qu'il en existe plus de trente mille nuances.

Dans une caisse en zinc, avant la dimension du dessin à reproduire, on coule

HEKR1YAIX — LE VEHRB. 645

du plaire que l'on aplanit parfaitement; puis on trace au crayon le dessin. A l'aide d'un outil spécial, l'ouvrier mosaïste enlève peu à peu le plâtre, qui est successivement remplacé par un fragment d'émail de la teinte voulue. Le creux laissé par l'enlèvement du plâtre est saupoudré d'un peu de pouzzolane en poudre fine légèrement humectée. Ces fragments s'accumulent les uns contre les autres jusqu'à ce que le dessin soit reproduit. Cela fait, on colle à la surface sur ces carrés de smalle, constituant la mosaïque, une feuille de carton, de façon à y déterminer l'adhérence de tous ces fragments vitreux; cela fait, on retourne la caisse et on applique l'ensemble de ce dessin ainsi constitué sur une couche de ciment (chaux et pouzzolane). Le ciment s'étant solidifié, on enlève la feuille de carton, et la mosaïque est ainsi constituée à l'état de panneau que l'on applique là où elle doit être placée. La mosaïque ainsi fabriquée et appliquée, porte en Italie, le nom de mosaïco a rivoltalura. A Venise, il existe encore un procédé plus expéditif qui consiste à décalquer à l'envers le modèle sur un papier, puis à le colorer; les smaltes sont collés faces contre le papier en suivant les colorations, puis on les retourne et on les applique dans le mastic. Ce procédé est très économique, mais il est déplorable en ce sens que l'artiste est ici simplement un ouvrier n'ayant plus la faculté d'interpréter un modèle, il supprime la personnalité, le caractère (1).

Les émaux ou smaltes ont la composition normale suivante :

Sable 1300

Azotate de potasse 60

Fluorure de calcium 300

Carbonate de soude 400

Calcaire ou émail pilé 500

Minium 600

Cette composition normale est colorée par divers oxydes métalliques, par exemple en violet par le peroxyde de manganèse, en blanc par l'oxyde de

(1) Consultez pour la mosaïque les ouvrages de:

E. Miintz, Notes sur les mosaïques chrétiennes de l'Italie (Revue archéologique, 1875, 1878,

chez Didron);

Barbet de Jouy, Les mosaïques chrétiennes des basiliques et des églises de Rome, 1857 ;

Vitet, Dissertation sur les mosaïques chrétiennes ;

J. Labarto, Histoire des arts industriels, 1873;

Didron, Annales archéologiques;

Villemin, Monuments français inédits ;

Girault de Prugcz, Monuments arabes et moresques;

Gruyer, Les œuvres d'art de la Renaissance italienne au temple de Saint- Jean, Paris, 1875;

Vasari. Vie des peintres, sculpteurs et architectes;

Pline, Naturalis hisloria, lib. XXXVI, cap. xxv; lib. XXIV et LX1V ;

Gerspach, La mosaïque, Paris, Quentin, 1881;

Ed. Didron, Du rôle décoratif de la peinture en mosaïque (Galette des beaux-arts, mai 1875; ;

Ed. Didron, La mosaïque monumentale en France (le Monde, 20 et 21 mars 1876) ;

Ed. Didron, Rapport d'ensemble sur les arts décoratifs à V Exposition universelle de 18". 8, chap. ni,o. 95- 114;

G. Berger, Notes sur la 'mosaïque, Paris, 1876 ;

Y. Barbier de Montault, Les mosaïques de Milan. Arras. 1881.

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cobalt, en jaune par l'urane, vert et rouge par l'oxyde de cuivre, etc. Les émaux destinés aux fonds d'or ou d'argent, sont préparés à Murano en plaçant une feuille d'or ou d'argent sur un disque de verre incolore légèrement concave ; on fait chauffer, puis on coulfc sur une feuille l'émail en fusion, on aplanit, on remet au four, puis après ce réchauffage on recuit lentement.

Verres murrhins. — On a remarqué également à l'Exposition de 1878 à Paris, parmi les produits de la verrerie vénitienne, des sébilles ou coupes en verre, ayant l'aspect de mosaïques, formées de verres de diverses couleurs, de différentes natures, soudés les uns aux autres, sortes de pudings formés de baguettes réunies côte à côte, formant une masse compacte qui creusée, usée mécaniquement, donne naissance à ces coupes qui faisaient l'admiration des amateurs, ou des gens du métier. Ces coupes ou vases murrhins, de très petites dimensions, ont une valeur considérable (fig. 382). Trois de ces coupes

Fig. 382.

sont restées à Paris : l'une chez S. A. la princesse Hathilde, la seconde chez M. Dalloz, et M. Didron est possesseur de la troisième, de dimensions plus modestes que les deux précédentes qui ont été vendues 4000 et 6000 francs.

Les Parthes fabriquaient aussi ces coupes spéciales, et les Romains, au dire de Pline, leur attribuaient une valeur énorme.

Les Vénitiens fabriquaient et fabriquent encore le verre filé. C'est avec le verre filé que Ton lit autrefois en Italie des chefs-d'œuvre qui existent encore dans certaines galeries ou musées. En France même, au Conservatoire des arts et métiers, on peut voir un lion de grandeur naturelle dont la crinière est en verre filé, et dont la palte en verre contourné écrase un serpent en verre coulé. Au musée du Louvre on peut également voir, entre autres objets, un joli vase en verre filé.

On a fait des aigrettes, des cravates, des étoffes en verre filé; aujourd'hui encore, à Sauraur, il existe un ûleur-émailleur très habile qui imite le poil et la couleur de la plupart des animaux, se sert de fils de verre colorés qui, collés sur une petite carapace de forme donnée, remplacent avec avantage les animaux le bois les mieux faits donnés en jouets aux enfants. A l'Exposition universelle :1e 1878, on a remarqué les verres filés de la fabrique de M"" V?e Amélie de Brunfaut, da Vienne, produits d'une finesse, d'une souplesse inconnues jusqu'ici. On a remarqué également les verres filigranes de toutes sortes, millefioriy etc., de MM. Appert, produits qui, sous le rapport de la fabrication et de la couleur, ne le cèdent en rien aux produits de Venise.

UENRI1VAUX. — LE VERRE. 6i7

En étirant un tube de verre on arrive à obtenir des fils d'une ténuité extrême qui conservent toujours leurs creux extérieurs, c M. Denchar (1) a pris un tube de thermomètre, dont le diamètre était très petit et l'a tiré en fil ; la roue dont il s'est ser7Ï avait 3 pieds de circonférence et comme elle faisait cinq cents tours par mir.u'e, on obtenait 30000 mètres de fil par heure, en sorte que le fil était «l'une ûnesse extrême et que son diamètre intérieur était à peine calculable. Ce fil était creux, car étant coupé par morceaux d'un pouce et demi de longueur et placé sur le récipient d'une machine pneumatique, un bout en dedans, l'autre en dehors, il laissa passer le mercure en petits filets brillants lorsqu'on fit le vide. »

Cette fabrication du verre filé, quelque peu tombée dans l'oubli dans ces dernières années, semble prendre actuellement une notable extension. On peut voir en effet à Paris, un atelier où Ton tisse en verre filé de diverses couleurs des étoffes dont le brillant et la souplesse ne le cèdent en rien à la soie.

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