‹ Le verre et le cristalChapitre 147 sur 207 · D'UNE COUCHE COLORÉE UNIFORME · texte numérisé non relu

D'UNE COUCHE COLORÉE UNIFORME

On emploie depuis quelque temps, dans les établissements qui gravent le verre au moyen d'un jet de sable, des verres en tables glacés. Le verre blanc incolore ou légèrement colore clans sa masse est recouvert d'une couche colorée

HKNRrVAUX. — LE VERRE. 661

plus ou moins épaisse qui, par la chaleur, s'unit avec lui pour former un conduit homogène.

L'industrie verrière ne produit que deux couleurs transparentes, le jaune

d'or à l'argent et le rouge au cuivre, appartenant aux verres dits plaqués, ainsi

appelés parce que la couche colorée ne se trouve pas sur le verre, mais qu'elle

s'unit intimement avec lui en donnant à sa surface une couleur jaune ou

rouge.

Il n'en est pas de même des couleurs transparentes proprement dites, qui peuvent recevoir cette propriété à un haut degré. Les oxydes métalliques sont reliés avec la surface du verre par une masse vitrifiable aisément fusible. Pour les verres employés à la décoration des fenêtres, il faut que l'enduit soit le plus uniforme, qu'il recouvre le mieux possible et qu'il s'unisse d'une manière intime avec le verre, sans que sa surface cesse d'être plane après la cuisson. Les verres pour grisailles et fenêtres en mosaïque, doivent être fortement cuits, ce qui leur donne les propriétés que nous admirons dans les vitraux anciens.

Les verres employés pour la décoration des murs, des plafonds, des meubles, etc., doivent avoir une surface extérieure plane, lisse. Ces couleurs sont opaques.

Le transport de la couleur sur le verre, emprunté à la fabrication du verre, mousseline, a lieu au moyen d'une brosse ou pinceau, et constitue une opération très difficile et quelquefois presque impraticable.

La méthode suivante, peu coûteuse, supprime toutes les difficultés et produit une couche colorée qui a partout la même épaisseur et la même intensité. La couleur n'est pas transportée au moyen d'un pinceau, mais le verre est sau- . poudré d'une manière tout à fait uniforme dans une caisse où l'on peut traiter en une demi-heure 6 mètres carrés de verre en tables. La caisse est en bois sec, bien assemblé et recouverte entièrement à l'intérieur de papier glacé; elle est munie à haufeur d'oeil de deux petites fenêtres opposées, à l'aide desquelles on peut observer la marche de l'opération, et elle est accessible de tous les côtés. Une porte, placée sur le devant, permet d'y pénétrer; il ne peut y avoir à l'intérieur aucune partie saillante ou aucun angle rentrant et la surface doit être parfaitement unie, afin qu'il ne puisse se déposer dans ces parties des poussières fines, qui tomberaient ensuite sur le verre et le détérioreraient.

Pour pouvoir glacer en une fois 6 mètres carrés de verre, la caisse doit avoir à l'intérieur lm,50dehaut,3 mètres de long et 2 mètres de large; elle repose sur un bâti solide de 0m,8Jde haut. Un tiroir ou chariot muni de deux poignées règne sur sa longueur et sa largeur entières ; ce chariot roule sur un chemin de fer placé au fond de la caisse au moyen de six galets tournés en fer, qui doivent être graissés constamment, afin que le mouvement du chariot soit doux. Un prolongement du chemin de fer, monté sur des bras en saillie, et qu'on peut enlever, permet de retirer entièrement le chariot pour opérer le chargement et le déchargement. Toutes les ouvertures doivent bien fermer et sont recouvertes, en outre, de. châssis matelassés, munis d'un côté de charnières et qu'on peut fermer de l'autre côté au moyen de tourniquets.

• La couleur en poudre fine, légèrement échauffée, est injectée dans la caisse à Vaide d'une soufflerie. Comme la force nécessaire est très faible, si l'on n'a

66* UEflMVAUX. - LE VERRK.

pas d'autre moteur à sa disposition, on peut se servir d'un mécanisme à Train qui imprime à un ventilateur de 0",20 de diamètre une vitesse de cinq cents tours par minute. Une même soufflerie peut desservir plusieurs caisses. Le tuyau qui amène Pair est placé, de préférence, en dessous du plancher, afin de ie pas i gêner; il a de 0" ,020 à 0*,025 de large et est entièrement uni à l'intérieur, afin

1 qu'il ne puisse s'y produire aucun dépôt de couleur qui se mélangerait plus tard

avec une autre couleur. Immédiatement devant la caisse, ce tuyau est élargi pour recevoir la botte à couleur, dont le couvercle supérieur est formé d'un tamis fin et qui est disposée de telle façon que le courant d'air la traverse avec toute sa force et entraîne la couleur. Le réservoir à couleur est muni d'un clapet se fermant bien et dans lequel est encastré un verre d observation. Le tuyau remonte par derrière et débouche dans la caisse à 0m,30 environ en dessous du couvercle ; sa partie supérieure est évasée en forme de trompette dont la largeur est quatre fois plus grande que celle du tuyau même; elle ne peut faire saillie dans la caisse, mais doit affleurer exactement la paroi postérieure de celle-ci. Du tulle à mailles serrées est tendu sur l'ouverture, afin de diviser la couleur et de retenir les impuretés qui auraient pu être entraînées.

Les feuilles de verre à glacer sont recouvertes, sur une table spéciale, d'un enduit composé de trois parties de térébenthine et d'une partie de laque, auquel on a ajouté une petite quantité de glycérine pour empêcher un séchage trop rapide. On verse le tout ensemble dans une grande bouteille et l'on agite afin d'opérer un mélange intime; on doit aussi remuer avant d'appliquer l'enduit sur le verre. Les feuilles sont placées, de préférence, sur deux règles et frottées rapidement avec une grande brosse large, puis on les dépose immédiatement sur le chariot l'une auprès de l'autre. Lorsqu'il y a de petits morceaux, plusieurs personnes doivent être employées à cette opération; en général, deux personnes suffisent pour deux caisses.

Après que le chariot est recouvert de feuilles, on le pousse sans choc dans la caisse et on ferme celle-ci au moyen du châssis. La couleur chauffée est placée dans le réservoir et, après avoir ouvert le clapet du tuyau d'air, on fait agir la soufflerie jusqu'à ce que toute la couleur ait été lancée dans la caisse, ce dont on peut s'assurer en regardant par le verre du couvercle.

La couleur, entraînée par le courant d'air dans la caisse, se dépose lentement et régulièrement sur les feuilles de verre en vertu de la pesanteur, de sorte que les poussières les plus fines tombent les dernières et qu'on obtient une couche très fine et homogène. Quand le dépôt est terminé, on vide le chariot et on place les feuilles de verre dans un canal ou moufle de séchage, où l'huile se volatilise «n partie en rendant l'enduit solide. On peut alors conserver les feuilles dans an endroit sec jusqu'au moment de la cuisson. On fait ensuite de même pour la seconde caisse, et le travail marche sans interruption, de telle sorte qu'on peut remplir une caisse toutes les demi-heures. La production est donc de 120 mètres carrés pour dix heures.

L'épaisseur du dépôt se règle en modifiant la quantité de couleur placée dans le réservoir et elle ne varie pas pendant l'opération. Après dix opérations environ, on donne quelques coups sur les parois de la caisse et on enlève les poussières avec un blaireau ; on fait de même chaque fois qu'on change de couleur

Le jaune d'argent et le noir, si difficiles à produire jusqu'ici sur les grandes feuilles, s'obtiennent aisément en toute nuance et en couche régulière. En mélangeant deux couleurs, on obtient de beaux effets; la seconde couleur est déposée en couche plus mince immédiatement après la première (1).

YERRE VERT

Éviter la teinte verte est l'obstacle contre lequel tous les verriers ont à lutter. S'agit-il au contraire d'obtenir une belle teinte verte, franche, régulière, assez foncée, la difficulté existe encore; elle existe d'autant plus qu'avec le gaz de la houille, et pour peu que Ton agisse en pots découverts, on doit éviter la réduction partielle des sels de cuivre qui sont associés aux sels de fer et de chaux, pour produire la coloration verte. C'est cette difficulté qui nous a porté à indiquer dans ce chapitre les compositions vitrifiables que l'on doit obtenir en pots découverts, ou les compositions plus tendres que Ton doit produire en pots couverts.

Page 1