CHAPITRE V
Porosité du verre. — On connaît les phénomènes de sudation qui se produisent dans les récipients en verre contenant certains liquides très fluides comme le pétrole, les essences minérales.
Cet effet, attribué pendant longtemps à une action de capillarité, est dû en réalité à la porosité que possède le verre.
Les expériences récentes de MM. E. Warburg et P. Tegetmeyer, l'ont démontré de façon irréfutable. Cette porosité serait suffisante pour permettre le passage d'éléments à volumes atomiques relativement faibles. Yoici d'ailleurs en quoi consiste l'expérience fondamentale :
Un récipient en fer est partagé verticalement en deux moitiés au moyen d'une plaque de verre de quelques millimètres d'épaisseur. Dans l'une des moitiés, on place de l'amalgame de sodium, dans l'autre moitié du mercure pur.
Le tout est porté à 200 degrés, température à laquelle le verre devient légèrement conducteur. Les deux bains sont reliés aux pôles d'un accumu-
iateur et, en fermant le circuit, les atomes de sodium du silicate de soude se mettent en mouvement. Au bout de trente heures, on constate qu'une certaine quantité du sodium s'élevant à 5 centigrammes est passée dans le mercure primitivement pur. Une quantité correspondante de sodium a été perdue par l'amalgame, tandis que la plaque de verre a conservé exactement le même poids. Le verre est à la fois composé de molécules neutres de silicate de soude et de molécules libres de sodium qui sont susceptibles de se déplacer sous l'influence du courant électrique.
Si maintenant on recommence l'expérience en remplaçant l'amalgame de sodium par de l'amalgame de lithium, le sodium du verre passe comme précédemment dans le mercure pur et le verre devient opaque du côté adjacent à l'amalgame de lithium. Après un certain temps, l'opacité s'étend à travers toute l'épaisseur du verre et le lithium commence à passer à son tour dans le mercure.
Ce procédé ne permet pas de déplacer la totalité du sodium contenu dans le verre, mais les atomes libres du sodium sont remplacés par des atomes de lithium. Le verre primitif contenait 2,4 pour 100 de potassium et 13.1 pour 100 de sodium; après l'expérience, la proportion de potassium était restée la même, mais le verre contenait 4,3 pour 100 de lithium et 5,3 pour 100 seulement de sodium. Le verre de lithium obtenu est tendre, opaque et friable.
La conclusion de cette expérience est la suivante :
Les atomes de lithium ayant comme poids atomique 7 et comme volume atomique 15,98, peuvent passer à travers les « galeries » laissées libres par les atomes de sodium dont le poids atomique est 23 et le volume atomique 16,04. Si on substitue au lithium un métal tel que le potassium dont le poids et le volume atomiques sont respectivement 39 et 24, il est impossible do déplacer le sodium du verre, les atomes étant trop « volumineux » pour traverser les espaces laissés libres par le départ du sodium.
Nous sommes donc là en présence d'une véritable porosité moléculaire qui peut jusqu'à un certain point être mesurée, et l'influence mécanique des volumes de l'atome est mise ainsi en évidence.