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ADHÉRENCE AU VERRE DE L'ALUMINIUM ET DE QUELQUES MÉTAUX

(Al, Mg, etc.).

L'aluminium possède la singulière propriété, sur laquelle M. Charles Margot, assistant au cabinet de physique de l'Université de Genève, attire l'attention dans une étude publiée par les Archives des sciences physiques et naturelles (15 août 1894), de laisser sur le verre, et, en général, sur toutes les substances à base de silice, des traces métalliques lorsqu'on se sert de ce métal en guise de crayon, traces qu'aucun frottement, aussi énergique soit-il, ni aucun lavage usuel ne font disparaître. Cette propriété se manifeste d'une façon sensible lorsque la surface frottée est humectée ou seulc-

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nient recouverte d'une légère buée de vapeur, par exemple en soufflant l'haleine sur la plaque de verre.

L'humidité n'est cependant pas indispensable pour produire l'adhérence du métal au verre, mais elle la facilite beaucoup sans qu'il soit nécessaire de recourir à une pression trop forte ou à une friction trop énergique du crayon d'aluminium. Au moyen de ce procédé on peut exécuter par décalque des dessins variés, tels que fleurs, oiseaux, inscriptions diverses, aussi bien sur le verre à vitre ordinaire que sur des verres de couleur. Par la répétition des lignes tracées au moyen d'une réglette, lignes régulièrement espacées et entre-croisées diversement, on peut de même composer une sorte de damier ou de carrelage métallique d'un joli aspect.

La condition indispensable à la réussite de ce genre de dessin est la propreté parfaite du verre sur lequel on expérimente : les moindres traces graisseuses empêchant l'adhérence du métal; il est bon de faire subir au verre un nettoyage préalable et même de frotter le bout du crayon taillé en pointe sur une feuille de papier de verre à grain fin; des essais peuvent donner un résultat négatif faute de prendre ces précautions. On reconnaît d'ailleurs vite, par expérience, que le dessin s'effectue dans les conditions voulues à la résistance particulière qu'éprouve la main lorsque le crayon métallique « mord » bien.

L'humidité indispensable pour le dessin exécuté à la main, dessin d'ailleurs un peu pâle et manquant de relief, est pourtant préjudiciable à la beauté du dépôt métallique; mais si l'on a recours à une petite meule en aluminium (fig. 71), actionnée par pédales ou moteur électrique, fixée à une transmission flexible et animée d'un rapide mouvement de rotation, l'interposition d'eau devient superflue et l'adhérence du métal au verre se fait dans des conditions de facilité extrêmement remarquables. Le mêlai s'attache au verre au fur et à mesure du passage de la meule avec une régularité parfaite, et le trait d'aluminium ainsi formé prend un éclat métallique irréprochable et une épaisseur telle qu'il est absolument opaque lorsqu'il est vu par transparence.

Ce dernier procédé donne des résultats de beaucoup supérieurs au précédent; il se prêle aisément à la reproduction des dessins les plus variés; il ne fatigue pas la main du dessinateur et n'exige de sa part qu'un peu d'adresse et d'exercice.

Le dessin exécuté de la sorte a des reflets chatoyants agréables à l'œil, d'un vit éclat, avantageux dans certains genres de travaux artistiques. On peut d'ailleurs, par un polissage, lui donner l'apparence d'une incrustation métallique très belle. Ce polissage peut s'effectuer de façons diverses : le plus simple, à la portée de tous, consiste à recouvrir le verre d'une légère couche d'huile et à passer obliquement dessus, d'une main terme, un outil tranchant en acier, lequel enlève les rugosités sans faire de rayures au verre, tout en laissant une épaisseur convenable de métal; l'éclat et l'opacité du trait vu par transparence subsistent encore entièrement. Ce polissage donne une idée de la ténacité avec laquelle le métal s'est attaché au verre, puisque, mécaniquement, il est difficile de le faire disparaître sans l'user

dans toute son épaisseur. M. Margot compare cette adhérence à une véritable soudure aussi résistante que celle qui peut être obtenue a chaud entre un métal et un autre métal par les procédés usuels de soudure au moyen de fondants divers.

En traitant des plaques décorées à l'aluminium par l'acide chlorhydrique Ou la potasse caustique en solution, on pourrait s'attendre à voir disparaîtra oute trace de dessin. Il n'en est rien cependant; le métal disparaît rapide-

ment, mais non le sujet qu'il représentait, dont l'empreinte subsiste en traits déposés bien visibles, comme si le verre avait été corrodé par le contact intime de l'aluminium.

Ce fait ne parait pas résulter d'une action purement mécanique due à la rotation rapide de la meule ou à la chaleur dégagée au point de contact, car il se produit d'une façon encore plus marquée pour des dessins exécutés à la main, par simple friction, sur une plaque de verre complètement immergée dans l'eau. La nature du verre, et aussi la manière dont la meule se comporte, influent quelque peu sur le résultat final qui petit être plus ou moins

iltf HENfUVÀUX. — LE VERRE.

visible; mais, en règle générale, on reconnaît presque toujours une trace du dessin antérieur en plaçant la plaque de verre en bonne lumière.

Les essais faits pour constater si ce phénomène d'adhérence au verre était propre à l'aluminium ont été négatifs avec la plupart des autres métaux. L'or, l'argent, le platine, le cuivre, le fer, le nickel, etc., n'ont pas la moindre tendance à laisser sur le verre, par la friction, des traces métalliques appréciables, soit qu'on fasse l'expérience à la main avec ou sans emploi d'eau, soit qu'on la fasse au moyen d'une meule faite de ces métaux et tournant rapidement.

Trois métaux ont cependant, dans les mêmes conditions que l'aluminium, la propriété de se souder au verre, mais à des degrés divers :

1° Le magnésium, appartenant aussi à la famille des métaux terreux, possède cette propriété à un très haut degré; aussi l'emploi d'un crayon fait de ce métal permet l'écriture ou le dessin sur le verre ou la porcelaine avec plus de facilité qu'avec l'aluminium, et il suffit de la moindre humidité sur la surface frottée pour qu'on puisse y mettre une inscription avec autant de facilité qu'avec un crayon ordinaira sur une feuille de papier. Cela est si manifeste qu'il est presque possible de juger de l'état hygrométrique de l'air par le plus ou moins de difficultés qu'on rencontre dans l'exécution de cette singulière expérience.

Malheureusement l'oxydabilité du magnésium restreint les applications de ce genre qui pourraient en être faites. Le tracé au magnésium est éphémère ; quelques jours, parfois quelques heures, suffisent pour la faire disparaître.

Néanmoins on pourrait l'utiliser avantageusement pour l'ébauche de dessins destinés à être peints sur le verre, l'émail ou la porcelaine, et qu'une goutte de vinaigre, ou l'oxydation naturelle, ferait disparaître au bout de peu de temps.

2° Le cadmium possède à un degré manifeste la même propriété que les. deux métaux précédents; le trait fait à la meule ne manque pas d'éclat et d'analogie avec celui qui est obtenu avec l'aluminium lorsqu'il vient d'être tracé. L'aspect en est cependant moins beau à l'envers de la plaque décorée, si c'est sur du verre transparent, et ce métal se ternit à la longue en se recouvrant d'une couche d'oxyde grisâtre.

3° Le zinc est le dernier de la série des métaux ayant la faculté d'adhérer au verre, mais avec bien moins de facilité que les trois premiers. Encore faut-il donner à la meule une grande vitesse et agir avec une pression très forte pour obtenir un résultat peu brillant. Plus encore qu'avec le cadmium, le tracé obtenu manque complètement d'éclat à l'envers de la plaque. Avec ces deux métaux on ne peut arriver à laisser sur le verre aucune trace visible s'ils sont simplement employés sous forme de crayons guidés à la main, et cela pour la raison suivante :

Ainsi qu'il est dit plus haut, l'emploi de l'eau, quoique préjudiciable, facilite avec l'aluminium et le magnésium l'adhérence au verre soit à la main où elle devient indispensable, avec l'aluminium en particulier, soit à la meule où elle est alors superflue. Avec le cadmium et le zinc, l'effet inverse se

HENRIVAUX. - LE VERRE.

produit. L'interposition d'eau est un obstacle absolu à la prise du métal; il faut, au contraire, une surface sèche et éviter de souffler accidentellement l'haleine sur la plaque de verre. Ce fait singulier montre que, pour ces deux derniers métaux, le phénomène d'adhésion est d'une nature quelque peu différente.

Les essais faits dans ce sens ont donné les résultats suivants : Sur un cristal de corindon, par conséquent d'alumine cristallisée, l'adhérence de l'aluminium, du magnésium et du cadmium se fait aisément; il en est do même avec la topaze, le rubis et l'émeraude. Le zinc, comme il fallait le prévoir, s'attache peu et plutôt plus difficilement que sur le verre. Il en est naturellement de même avec le quartz pur et ces quatre métaux. Par contre, la même expérience répétée sur une facette d'un diamant a donné des résultats absolument nuls.

Aucun métal essayé, pas plus l'aluminium que le magnésium, ne laisse la

moindre trace de frottement, si énergique soit-il, avec ou sans excès d'humidité.

Ce point est intéressant, et M. Margot en déduit un procédé très simple pour reconnaître à la première inspection un diamant d'un strass ou de toute autre pierre employée en joaillerie. Il suffira de se servir d'un crayon d'aluminium ou mieux de magnésium en guise de pierre de touche et d'essayer de marquer la pierre suspecte légèrement humectée. Si c'est un diamant, le résultat sera négatif; si c'est un strass, le métal laissera sa trace indubitablement.

Une interprétation plausible de ces singuliers phénomènes d'adhérence serait prématurée, et elle ne pourrait pas être basée sur les résultats obtenus par un nombre trop restreint d'expériences faites dans ce sens jusqu'à ce jour. Y a-t-il une combinaison chimique produite par le frottement d'un de ces métaux et la substance frottée? cela est difficile à constater. Ou bien une simple action moléculaire, très variable avec les corps en présence, laquelle a son analogue dans les phénomènes capillaires, si variables d'un corps à l'autre, action de telle nature que dans un cas, entre le verre et le mercure il y a répulsion, d'où dépression du liquide et que, dans d'autres cas, l'effet inverse se produit.

résumé de ces quelques essais par ordre décroissant en facilité

d'application.

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