CHAUFFAGE PAR LE GAZ
Historique. — Nous avons cité précédemment les essais faits par M. Chance amenant dans ses fours à anthracite, au moyen d'une soufflerie, la quantité d'air nécessaire à la combustion ; puis Bellford séparant complètement de son four la production du gaz qu'il brûlait avec de l'air sous pression. Enfin, d'après M. Bontemps, ce fut Fickentscher, de Zwickau (Saxe), qui vers 1850 employa le premier, d'une manière continue, le chauffage par le gaz provenant de lignites pour la fusion du verre dans un four à six creusets contenant chacun 225 kilogrammes de matières vilriflables. Deux avantages ressortent de cet emploi du gaz: la faculté de régler la flamme et d'éviter la fumée, la séparation de la chambre de fusion du foyer, ce qui évitait les projections dans le verre des parcelles de pyrites ou de charbon provenant de l'éclat du combustible placé sur les grilles des anciens fours. Pour éviter la production des goudrons qui obstruent les conduits menant les gaz au four, ces gaz étaient lavés et perdaient ainsi une partie de leur chaleur. D'une part ce lavage, d'autre part la nécessité d'emploi d'un ventilateur pour insuffler du gaz au four, firent abandonner l'usage de ce système, qui n'en reste pas moins très intéressant au point de vue de l'idée première.
Schinz prit, après M. Fickentscher, un brevet pour four de verrerie alimenté par le gaz de combustion. Le mérite de cet inventeur consiste dans l'établissement des fours à chauffage économique dans lesquels il utilisa le premier la chaleur des gaz perdus, et fit ainsi baisser la dépense du bois (et du lignite), dans le rapport de 11 à 4.
Des dispositions mécaniques ingénieuses, mais trop délicates, furent une des causes de la non-généralisation de ces fours.
Après avoir indiqué les deux premières tentatives du chauffage par le gaz des fours de verreries, il est juste de dire que, dès 1814, Berthier publia un mémoire sur l'utilisation des gaz perdus des hauts fourneaux. De 1839 à 1845, Ebelmen fit les analyses des gaz des hauts fourneaux, fours à coke, etc. En 1840, Ebelmen d'une part, MH. Thomas et Laurens d'autre part, firent les premiers essais pour la production du gaz de chauffage. Les gazogènes employés étaient des fours à cuve, ou cubilots, avec injections d'air et de vapeur; air et vapeur étaient surchauffés souvent jusqu'à 250 degrés avant leur injection; les résultats furent peu satisfaisants. De 1840 à 1850, on reprit la question en renversant les courants gazeux; les résultats ne furent pas meilleurs.
Puis, aux gazogènes à cuve, on ajouta une grille, puis ensuite on ajouta une chambre soufflée et deux grilles inclinées mobiles.
En 1852, M. Chobrzinski fit construire pour des locomotives du chemin de fer du Nord, des foyers dont les deux tiers étaient disposés en escalier pour recevoir
HENRIYAUX. — LE VERRE.
les combustibles gros ou menus. L'avant de la grille, incliné et étage, pouvait être considéré comme un gazogène distillant les matières volatiles el produisant du coke qui se consumait à l'arrière de la grille. L'air aspiré par ce foyer était divisé et lancé au-dessus de la zone de production des gaz pour les brûler à l'origine de leur dégagement et sous l'action de la température la plus élevée. Après avoir été très vantés et employés en 1855, l'usage de ces foyers fut abandonné. En 1857, l'idée fut appliquée à la verrerie de Tscheilsch, en Moravie. Ce gazogène diffère peu des gazogènes actuels de MM. Boëtius, Siemens, etc.
Quoi qu'il en soit des tentatives faites pour introduire le chauffage au gaz en verrerie, et malgré les contestations plus ou moins intéressées de divers inventeurs, il n'en est pas moins vrai que dès la prise de leur brevet allemand du 2 décembre 1856 (1), et du brevet anglais de mai 1861, MM. Siemens frères appliquèrent cette idée fondamentale de faire servir la chaleur perdue qui s'échappe par les cheminées, à chauffer l'air atmosphérique alimentant la combustion, et à augmenter aussi la température des gaz qui viennent se brûler dans le four, système que ces Messieurs appelèrent fours régénérateurs à gaz. MM. Siemens rendirent ainsi un éminent service à l'industrie verrière, et nous qui manions ces fours à gaz depuis d'assez nombreuses années nous avons été à même de constater leurs avantages, les économies qu'ils procurent, et par contre nous n'avons pas trouvé très justifiées les critiques dont ces appareils ont été honorés.