ACTION DB LÀ CHALEUR. H
li bascule et ramène dans le prolongement de la table inclinée. Ce mouvement fait glisser le verre, qui pénétre sans secousse dans le bain et vient butter contre le bourrelet élastique. Après un court séjour dans ce bain» il est relevé avec la table sur laquelle il repose; puis, à l'aide d'un râteau, on l'engage dans une gatne en métal supportée par des barreaux au sommet de la chaudière. Cette gaine est retirée qpand elle est pleine et remplacée par une autre.
11 est permis de croire que cet x>utjllage, si ingénieux qu'il soit, sera remplacé plus tard par un outil* lage beaucoup plus simple. Lorsqu'une pièce de verre vient d'être façonnée, elle sô trouve nécessairement, pendant un certain temps, à la température voulue pour subir la trempe. On a déjà fabriqué des verres à boire d'une grande résistance au choc en les plongeant, avant de les détacher de leur pontil, dans un bain salé porté à une certaine température. C'est par la trempe exécutée dans la verrerie même, sans réchauffage préalable des pièces, que cette opération est appelée à devenir à la fois pratique et économique. Cette dernière façon donnée aux produits en cours de fabrication doit elle-même varier beaucoup en raison de leur nature et de Tusage auquel ils sont destinés.
Le verre durci est un nouveau produit qui, sans aucun doute, prendra dans l'industrie une place importante. Sans exagérer la portée de cette découverte; sans admettre avec certaines personnes qu'il est destiné à remplacer la porcelaine et les vases en métal pour tous les ustensiles de cuisine et de mé-
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nage; et surtout sans partager en aucune façon l'opinion de, quelques verriers qui pensent que la durée plus longue des produits de leur fabrication en diminuera l'importance, il est permis de prédire au verre durci un avenir brillant dans un temps plus ou moins prochain. En dehors des carreaux de vitres pour les serres, carreaux devenus réellement incassables par la grêle, on peut admettre dès à présent que des tuiles en verre à la fois solides, légères, transparentes, et à bon marché, seraient pour l'art de construire .une acquisition des plus précieuses et permettraient, sous la main d'un architecte habile, de modiûer souvent de la manière la plus heureuse les dispositions générales de nos habitations.
Quand le verre n'a été ni recuit ni trempé, on le fend aisément en lui faisant subir un changement brusque de température. Les ouvriers mettent à chaque instant cette propriété à profit pour séparer de leur canne les objets soufflés^ pour fendre les manchons de verre, pour détacher le verre qui adhère à leurs outils, etc.; il leur suffit de toucher le verre avec un morceau de fer froid au point où ils veulent déterminer sa rupture. Lorsqu'il a siibi le recuit, s'il est déjà fêlé sur un point» on continue la fente, et on la dirige à volonté, en chautTant le verre à. une petite distance de celle-ci avec un fer rouge, ou mieux avec le charbon à couper le verre. Berzelius prépare ce charbon, dont on se sert fréquemment dans les laboratoires pour utiliser les vases de verre
fêlés, avec une pâte composée des matières suivantes :
5 parties de gomme arabique dans 8 parties d*eau. 2 — de gomme adragante dans 12 parties d*eaa. I *- de storax calamité dans 3 parties 1/2 d'alcool. 1 — de benjoin dissous dans 2 parties d'alcool. 12 à 14 de charbon de bois en poudre.
Le mélange étant bien homogène, on le moule sous la forme de. petits cylindres qu'on laisse sécher lentement*
Ce charbon, une fois allumé, continue à brûler, sans s'éteindre, quand on souffle dessus.
On obtient le même résultat avec du fusain trempé dans une dissolution d'azotate de plomb, et séché; ou bien, avec de simples règles en bois blanc qu'on fait bouillir avec de l'eau chargée d'azotate de potasse et qu'on soumet ensuite à une complète dessiccation.
Cristallisation du verre; dévitriflcation.
Parfois le verre, maintenu pendant longtemps à une température élevée, change d'état; il perd sa transparence, il devient opaque. Il subit cette transformation tout en conservant la forme qu'il a reçue. Ce curieux phénomène est connu sous le nom de dévitrification.
Le verre dé vitrifié a été étudié en 1727 par Réaumur. Cet illustre physicien, en maintenant pendant douze heures dans un four à porcelaine des objets en verre qu'il avait enterrés dans des pots remplis de sable et de gypse, transformait le verre en une subs-
38; tE TERRE.
taBceopaque, assez dure pour faire feu au briquet, ayant l'aspect de la porcelaine blanche. De là le nom de porcelaine de Réaumur qu'on a donné à ce produit.
A diverses époques, on a vainement cherché à introduire dans l'industrie des objets en verre dévitrifié ; il est difficile, en effet, de ne pas déformer les pièces qu'on soumet ainsi à l'action d'une tempérarature élevée longtemps prolongée. Cette opération entraîne d'ailleurs une grande dépense de combustible.
On avait d'abord pensé que cette transformation était due à la formation de silicates définis, se produisant au sein de la masse vitreuse soit par une sorte de liquation , soit par la volatilisation d'une partie de l'alcali, ou par l'absorption de celui-ci par le milieu dans lequel elle est placée. Le verre prend, en effet, en se dévitrifiant, un aspect cristallin très- apparent. Plus tard, M. Pelouze a établi que le verre dévitrifié offre exactement la môme composition que le verre transparent qui lui a donné naissance. Un morceau de glace de Saint-Gobain, chauffé pendant vingt-quatre à quarante*huit heures sur la sole d'un four^à recuire, ne subit aucun changement de poids ; par la fusion, qui n'a pas paru exiger une température plus élevée, cette glace donne un verre transparent, dont la composition était restée la même. Ce verre, aiâsi dévitrifié, est moins cassant que le verre ordinaire qu'il raye facilement; le diamant ne le coupe plus; il a une texture fibreuse trèstmarquée. 11 conduit beaucoup mieux l'élecJtrjclté.
DÉVITRIFICATION DU VERRE. 39
Tous les verres, d'après M. Pelouze, peuvent être dévitrifiés; le cristal lui-même subit cette modification , mais bien plus difficilemeut que les autres verres ; sa cassure devient lisse, elle n'est pas fibreuse ; les verres à base- de potasse se dévitrifieot d'ailleurs beaucoup moins facilement que ceux à base de soude.
Le silicate de sonde est celui qui se dévitrifie le plus facilement; il devient opalin par un simple recuit.
La dévitrification est rendue plus prompte et plus facile, d'après les expériences de M. Pelouze, par le contact du verre en poudre mêlé avec quelques centièmes de son poids de sable et même par l'intervention du verre pulvérisé.
Le verre à vitre et le verre à bouteille sont sur-
Fig. 6.
tout d'une dé vitrification très-facile. Cette circonstance oblige à travailler ces sortes de verres aussi rapidement que possible; autrement, avant que le souffleur. ait utilisé. toute la matière fondue dans son
iO LE TERRE.
creuset, le verre perd une partie de sa transparence; il devient galeux; dans cet élat, il est imposable de le travailler. On trouve très-souvent dans le fond des creusets des portions de verre dévitrifié , tantôt opaque comme de la porcelaine, tantôt sous forme
de mamelons opaques, emprisonnés dans la masse vitreuse, tantôt sous forme de prismes Isolés ou réunis en étoiles.
Les figures 6 et 7 donnent la reproduction exacte du verre dévitrifié en mamelons.
On voit, d'après les considérations qui précèdent, que la question relative à la nature du verre dévitriûé était encore indécise il y a peu d'années ; je crois qu'elle est désormais résolue par les expériences faites sur des échantillons beaucoup plus parfaits que ceux qui avaient été obtenus précédemment, échantillons qui m'ont été adressés par M. Videau, directeur d'une verrerie à bouteilles à Blanzy. Ces expériences sont décrites dans un travail mr la erislalli-
CRISTALLISATION DU VBRRB. 4i
sation du verre lu en 187&. à rAcadémie des sciences^ travail que je me permete de reproduire ici :
<f II existe à Blanzy (Saône-et-Loire) une verrerie à bou* teilles appartenant à H. Gbagot, dans laquelle on a remplacé les creusets habituellement employés pour fondre le verre par un four à cuvette de grande dimension. Ce four a été construit par H. Videau, directeur de l'usine, avec le concours de M. Glémandot, ingénieur civil, dont le nom est bien connu de TAcadémie : il est chauffé au gaz; il a ù^^.bQ de longueur sur 2 mètres de largeur; dans la cuvette, qui a 0"',45 de profondeur, on fond à chaque opération 12,000 kilogrammes de verre. Des ouvreaux, au nombre de douze, pratiqués dans ses parois, servent au cueillage du verre et au travail des ouvriers qui soufflent les bouteilles.
« Ce four ayant été mis hors feu, il y a quelques mois, par suite d'un de ces accidents qu'un appareil d*une construction aussi neuve et aussi hardie rend inévitables, H. Videau a fait tirer à la poche le verre resté encore fluide dans les parties déclives de la cuvette ; ce travail a mis à découvert des géodes cristallines qui s'étaient formées pendant le refroidissement de la masse vitreuse. Ce sont ces cristaux que M. Videau, qui est un ancien élève de l'École Centrale, m'a envoyés, en y joignant des morceaux du verre transparent, de Veau-mère qui les accompagnait et aussi des fragments d'une bouteille faite avec ce même verre dans les conditions normales ; il a pensé avec raison que l'examen de ces produits pourrait jeter quelque lumière sur le phénomène encore obscur de la dévitriflcation du verre.
« Les cristaux ont pris naissance d'abord aux angles du four, dont la corrosion par la matière vitreuse avait fait des points saillants; ils se sont ensuite développés sur toute la surface, en formant une croûte qui est restée solide après la décantation du verre à la poche. Ils diffèrent beaucoup, par leur aspect et par leur mode de formation, de tous les échantillons de verre dévitriflé que j'ai vus jusqu'à présent; ceux-ci
Bont tantôt opaques, homogènes, ayant l'aspect d'une poterie : c'est la porcelaine de Réaumur; tantôt ils affectent la forme de prismes aiguillés ou de mamelons blancs emprisonnés dans le verre qui les e fournis, et dont il est impossible de les séparer complètement. Dans le remarquable échantillon que je mets sous les yeux de l'Acadëmie (Ûg. 8), les cristaux sont
entièrement isolés, sans mélange de verre transparent; ce sont des prismes ayant quelquefois au delà de 20 à 30 millimètres de longueur. Ils se sont produits dans les mêmes conditions que les cristaux de soufre et de bismuth qne nous séparons si facilement dans nos laboratoires d'avec la matière encore liquide dont ils proviennent; avec cette différence, toutefois, que celle-ci est de même nature que les cristaux fournis par ces deux corps, tandis que, pour le verre, c'est précisément cette question qu'il importe d'établir ou d'infirmer.
« On sait que depuis les premières expériences sur la dé- Titriflcation que Béaumur publiait en 1727, bien des travaux ont été faits sur ce curieux phénomène. Sans discuter de nouveau les expériences de Dartigues, de Pajot des Charmes, de Fleuriau de Bellevue, de Darcet, de Berzelias, de H. Dunoas,
de H. Pelouze, de H. Bontemps, de M« Benrath et â*atitres auteurs sur ce. sujet, je rappellerai que deux opinions sont actuellement en présence pour expliquer la production du verre dévitrifië : Tùne consiste à admettre que la dévitrification est due à un partage des éléments vitreux qui donne naissance à un silicate défini cristallisant au sein de la masse restante, celle-ci ayant, par conséquent, une composition qui n'est pas celle des cristaux; dans l'autre opinion, le verre dévitrifié est de même nature que le verre transparent; il est le résultat d'une simple modification physique, analogue à celle de Tacide arsénieux tran^arent qui devient opaque avec le temps. En constatant que le verre, en se dévitriûant, ne change pas de poids, on a cru donner à cette interprétation des faits observés une valeur considérable.
« L'examen des trois produits vitreux de Blanzy ne con-. firme pas cefte dernière opinion. Voici leur composition :