VERRE MOUSSELINE
ouvriers qui Texécutent. En conséquence, ce travail devrait toujours être fait sous la hotte d'une cheminée ayant un fort tirage, dans une salie bien ventilée. Il serait à désirer qu'on fît usage du masque inventé par M. Paris, du Bourget, et employé dans ses ateliers pour remaillage de la tôle. C'est une sorte de muselière en caoutchouc et en gutta-percha avec un appendice en toile métallique garni extérieurement d'une flanelle mouillée ; ce tissu tamise l'air que l'ouvrier respire et en retient les poussières. Mais cet appareil est peu employé; on sait combien il est difficile d'imposer aux ouvriers des précautions ayant pour but de les garantir d'un danger éventuel.
Le pochoir n'a pas toute la longueur de la feuille; il n'a que la dimension voulue pour être appliqué sur les feuilles, dans le sens- de leur largeur ; à l'aide de repères, on le place à la suite du dessin déjà préparé de manière à couvrir successivement toutes les parties du verre.
M. A. Gugnon a perfeclionné ce travail en se servant d'une machine qui fonctionne de la manière suivante : la feuille de verre est placée à plat sur une table. Le pochoir est fixé à un châssis en métal qui tourne autour d'une charnière, et qui vient se placer sur le verre et en travers de la table. Celle-ci glisse horizontalement sur un bâtis en fonte : le mouvement lui est donné à la main au moyen d'une vis sans fin, manœuvrée par un volant et placée en dessous et dans l'axe de la table. Un cylindre, placé sur le côté, porte des cannelures hélicoïdales dont le pas correspond à la longueur dont doit se dé-
placer le pochoir pour reproduire exactement le dessin. On conçoit que la position du châssis qui porte le pochoir étant invariable, tandis que la table avance à chaque tour de la même quantité, le dessia se reproduise dans des conditions identiques.
La fusion de rémail se fait habituellement dans un fourà moufle dans equel on empile les Teuilles les unes au-dessus les autres, en interposant entre chacune d'elles une couche mince de plâtre en poudre, dans le but d'empêcher la soudure que produirait, sans cette interposition, la fusion de l'émail. Cette fusion a lieu à la température du rouge sombre : si la température est trop élevée, le plâtre pénètre dans l'émail fondu et y forme un pointillé désagréable : si elle est trop basse, le verre n'étant pas lui-même suffisamment ramolli, l'émail n'est pas adhérent : le degré à atteindre s'obtient difficilement d'une manière certaine.
Pour écarter ces chances de non-réussite, M. Gugnon se sert d'un four continu dans lequel les feuilles cheminent lentement, et s'échauffent peu à peu jusqu'au moment où, arrivées près de la chambre de cuisson, elles sont placées sur une pierre mobile qui entre dans l'arche chauffée au rouge, dans laquelle l'émail fond rapidement. Un regard ménagé dans la paroi du four permet à l'ouvrier de suivre dans l'intérieur de cette chambre les progrès de la vitrification : quand celle-ci est accomplie, la pierre sort de l'arche et revient en face de la galerie. La feuille qu'elle supporte, devenue assez rigide pour être enlevée sans se déformer, est renvovée dans la galerie à recuire; elle s'y refroidit graduellement
et on la retire à Textrémité de cette galerie. Le travail est continu, comme dans les fours à recuire le verre à vitre du système Bièvez.
Verre tulle ou dentelle. La feuille de verre, bien nettoyée, est placée au fond d'une caisse formant tiroir et recouverte d'un châssis sur lequel sont tendus du tulle, de la dentelle ou toute autre matière percée de dessins à jour. Dans cette caisse, qui est ensuite fermée, on insuffle, au moyen d'un ventilateur, de lemail en poudre impalpable qui se dépose sur les parties du verre laissées à découvert. Cet émail est mélangé avec de la résine très-sèche et trèsfine. La feuille, retirée de la caisse, est soumise, dans une autre caisse fermée, à un jet de vapeur qui fait adhérer l'émail. Après nouvelle dessiccation, on introduit la pièce dans le four à mouffle ou dans le four à émailler dont il vient d'être question.
Avec des émaux colorés et en employant, comme auxiliaire, de l'acide fluorhydrique qu'on fait agir successivement sur la même feuille de verre, qu'il soit blanc, à deux couches ou coloré dans la masse, on arrive à produire les eifets artistiques les plus variés.
Verres à vitre de couleur.
Dans quelques usines, on joint à la fabrication du verre à vitre ordinaire celle des vendes de couleur destinés à la peinture sur verre, aux vitraux pour les églises, à l'ornementation, etc.; mais, le plus souvent, cette fabrication se fait dans des usines spéciales qui doivent toujours avoir à la disposition des
artistes une très-grande variété de verres colorés, et, pour la même couleur, de verre de nuances différentes. Pour la qualité, pour l'épaisseur de ces sortes de verres, les peintres-verriers ont des exigences particulières; les verres les plus purs ne sont pas toujours ceux qu'ils recherchent le plus; souvent même ils les maquillent pour augmenter l'effet qu'ils veulent produire.
La fabrication des verres colorés est très-ancienne. Il était plus difficile autrefois de faire des verres blancs, qui exigent l'emploi de matières premières relativement pures, que des verres colorés. Aussi l'emploi des vitres de couleur a précédé celui des vitres ordinaires blanches.
Je n'entrerai dans aucun détail sur l'art, d'ailleurs si intéressant, de la peinture sur verre; la question artistique domine ici la question industrielle. Je rappellerai seulement qu'il est bien établi désormais qu'aucun secret de la peinture sur verre n'est perdu ; que, tout au moins, ceux qu'on croyait perdus ont été retrouvés. Les fabricants de verre sont en mesure aujourd'hui de satisfaire toutes les exigences des peintres-verriers et même de fournir aux artistes une foule de nuances et de procédés dont la palette de leurs devanciers savait si bien se passer. Si Tartde la peinture sur verre, si florissant des xii' au xv* siùcles, est tombé en décadence à partir du wi^; si, malgré de brillantes et rares exceptions, les artistes modernes ne parviennent pas à produire des œuvres originales, ayant les grandes qualités des verrières anciennes, c'est beaucoup moins à l'absence de
quelques procédés matériels qu'il faut attribuer cetle décadence qu'à celle de l'inspiration, du sentiment religieux, qui planaient sur ces époques et qui ont créé les grandes œuvres que l'art chrétien nous a laissées ^
Les verres à vitre de couleur sont de diverses sortes : les uns présentent une coloration dans toutes leurs parties ; ce sont les verres colorés dans la masse ; les autres sont formés d'une couche très-mince de verre coloré, superposée sur le verre incolore. On les désigne sous le nom de verres plaqués ^ doublés, ou à deux couches.
Enfin le verre blanc, ainsi que le verre doublé dont une partie colorée a été enlevée au moyen de la roue de tailleur ou de l'acide fluorhydrique, reçoivent à la moufle des émaux ou des colorations variées. Ce sont les verres peints.
1. Dans une étude fort intéressante sur les vitraux peints, M. Clievreul insiste sur les qualités attribuées aux vitraux anciens et refusées aux vitraux modernes ; « il en est deux, dit cet illustre chimiste, qui tiennent à des défauts de la fabrication des verres anciens. »
t Le premier défaut tient à ce que beaucoup de verres anciens sont d'inégale épaisseur, en d'autres termes, que leurs deux surfaces ne sont point parallèles, qu'elles présentent des parties convexes et des parties concaves qui agissent tout différemment sur la lumière, de manière à produire en définitive des effets agréables. »
c Le second défaut est chimique. Il tient à la composition du verre ancien même, qui n'est point équivalente à du verre incolore^ plus un principe colorant, tel que le protoxyde de cobalt, le sesquioxyde de manganèse, etc ; le verre ancien contient beaucoup d'oxyde de fer intermédiaire qui le colore en vert, indépendamment des oxydes de cobalt, de manganèse, etc., et c'est à cette existence du fer qu'il faut attribuer la propriété qu'ont certains verres colorés par du cobalt de transmettre une couleur bleue dépouillée de violet, et certains verres anciens colorés par le manganèse de trans-
Pour une potée de 400 kilogrammes , on ajoute 1,100 à 1,200 grammes d'oxyde de cobalt ou bien 8 à 9 kilogrammes de safre. Le safre est une matière bleue, riche en silice, colorée par ce même oxyde; c'est un silicate de potasse et de cobalt, contenant environ 15 pour 100 d'oxyde de ce métal.
Une partie de la composition est habituellement remplacée par du groisii de verre à vitre, incolore ou coloré en bleu; ce dernier provient des fontes antérieures de verre coloré.
La proportion d'oxyde colorant dépend de la teinte plus ou moins foncée qu'on veut donner au verre et aussi de l'épaisseur des feuilles; si celles-ci ont â à A. millimètres 9 la moitié de la quantité indiquée ci-dessus sera suffisante; la dose entière ne convient que pour les feuilles soufflées en verre simple^ de 1 à 2 millimètres d'épaisseur.
Le soufflage et l'étendage des manchons se fait dans les mêmes conditions que pour le verre ordinaire.
En ajoutant de l'oxyde de cuivre noir dans la proportion de 6 à 7 pour 100 de sable, et en réduisant à 400 grammes la quantité d'oxyde de cobalt, la teinte, qui est d'un bleu violacé avec l'oxyde de cobalt seul, vire ail bleu céleste. Il est essentiel d'éviter, dans le four, les fumées réductrices de la houille; aussi réussit-on mieux avec les pots couverts qu'avec les pots ouverts.
Pour les lunettes, la teinte doit être plus claire et dun bleu gris; pour une potée ordinaire de 400 kilogrammes, on n'emploie que 170 A 200 grammes d'oxyde de cobalt et 3 à 4 kilogrammes d'oxyde
rouge de fer. Ce verre doit être d'un coloration bien égale et d'un affinage très-soigné.
La teinte neutre, dite famée de LondreSy qui est employée aussi pour les verres à lunettes, n'est qu'une atténuation du noir; cette dernière couleur s'obtient au moyen d'un mélange d'oxydes de cuivre, de fer et de manganèse. Pour la teinte neutre, M. Bon temps indique la composition suivante :
Sable 100 parties.
Carbonate de potasse 28 —
Carbonate de soude 10 —
Minium 50 ~
Oxyde de fer 3 —
Oxyde de manganèse U —
Oxyde de cuivre 2 —
Le verre noir s'obtient en augmentant la proportion de ces trois derniers oxydes et, comme ceux-ci agissent aussi comme fondants, en diminuant la quantité de carbonate de potasse. On fond dans des pots couverts.
Verre bleu doublé. — Nous avons dit que, pour conserver aux verres de, couleur leur transparence ou pour leur donner une teinte plus claire, on fait du verre à deux couches : Tuife, la plus épaisse, étant incolore, l'autre étant colorée; cette dernière doit être d'une teinte très-foncée, afin d'être, en même temps, aussi mince que possible. A cette condition, elle est facilement enlevée soit au tour soit au moyen de l'acide fluorhydrique, et, ce
qui est plus important, elle permet d'éviter ia rupture du manchon qui résulterait de la superposition de deux verres de nature différente, employés en même quantité. D'une manière générale, les pots servant à fondre le verre coloré sont couverts et de petite dimension; ils ne contiennent pas au delà de 50 à 60 kilogrammes de composition. Celle-ci est une sorte de cristal à base de soude, dans les proportions suivantes pour le verre bleu à doubler :
Sable 100 parties.
Minium 90 --
Sel de soude à haut titro 25 —
Nitrate de soude ii —
Oxyde de cobalt 6 —
Pour faire un manchon en verre doublé, le souffleur cueille avec la canne préalablement chauflFée environ 200 grammes de verre bleu pris dans le petit creuset; sa paraison étant faite, il la plonge dans un creuset ordinaire de verre blanc de manière à en prendre en deux cueillages environ 3 kilogrammes : cette quantité permet de produire une feuille de un demi-mètre de superficie , ayant 2 millimètres d'épaisseur. Le manchon est soufflé et étendu dans les conditions ordinaires; la bonne répartition du verre coloré, ainsi que l'économie apportée à son cueillage, dépendent de l'habileté du souffleur. Une potée de verre blanc de ÙOO kilogrammes et une autre de 50 kilogrammes de verre bleu donnent 35 à ftO mètres superficiels de verre doublé. 11 est essentiel que le verre blanc soit doux pour éviter la rupture des manchons; ce résultat s'obtient en dimi-
nuant la proportion de groisîl ou en forçant un peu la dose de fondant alcalin.
Les groisils de ce verre doublé sont mis de côté pour la fabrication du verre bleu coloré dans la masse.
Verre violet. — Ce verre a toujours pour colorant essentiel Toxyde de manganèse. M. Bontemps a observé le premier ce fait singulier qu'avec le verre à base de soude, Toxyde de manganèse donne un violet virant au rouge, tandis qu'avec le verre à base de potasse on obtient le violet bleu, dit violet d'évêque. Par l'addition de l'oxyde de cobalt, cette couleur devient plus bleue ; le violet brun est produit par un mélange d'oxyde de manganèse et d'oxyde de fer.
Ces colorations doivent être produites dans un milieu oxydant ; une portion de l'alcali y est introduite sous forme de nitrate de soude ou de potasse ; on emploie, par exemple,
Sable 100 parties.
Sel de soude 30 —
Craie 25 —
Nitrate de soude 5 —
Bioxyde de manganèse 8 —
En diminuant de moitié ii\ quantité de ce dernier oxyde et en ajoutant une partie d'oxyde rouge de fer, on a un violet rouge plus clair, ayant la même nuance que le violet des anciens vitraux; ceux-ci étaient, en effet, fabriqués avec des matières premières moins pures, plus ferrugineuses que celles
dont on fait usage aujourd'hui pour fabriquer le verre blanc.
On peut imiter les violets bleus des vitraux des XV® et xvf siècles, en substituant dans la composition indiquée ci-dessus la potasse à la soude et en y ajoutant 10 parties de minium; pour les teintes claires, il convient de diminuer d'un tiers au moins la proportion d'oxyde de manganèse.
Le verre doublé violet se fait avec une composition semblable à celle qui est indiquée p. 200 avec celte variante que le fondant alcalin est la potasse et que l'oxyde de cobalt s'y trouve remplacé par 22 parties d'oxyde de manganèse pour 100 de sable. La confection des manchons est la même.
Verres jaunes. — Un mélange d'oxydes de fer et de manganèse donne au verre une coloration jaune; ainsi en ajoutant à la composition indiquée ci-dessus 22 d'oxyde de manganèse et 3,5 d'oxyde de fer, on obtient un verre jaune, d'une nuance d'ailleurs assez variable en raison des modifications que la matière vitreuse éprouve pendant la durée de la confection des manchons.
Cette même couleur se produit plus facilement au moyen du charbon. La composition suivante donne un beau verre jaune :
Sable 100 parties.
Sel de soude /j5 --
Craie ..." 35 à UO —
Sciure de bois vert de peuplier. . . U —
D'après M. Bontemps, le bois d'aune , dont les
anciens verriers conseillaient l'emploi, donne de bons résultats; mais il est essentiel que les bois dont on fait usage ne soient pas desséchés; il faut qu'ils contiennent encore l'eau et les substances végétales qui existent dans la sève.
Ce verre est d'un affinage difficile; il est très-sujet à bouillonner ; c'est probablement à ce bouillonnement, dû à l'eau et aux autres produits volatils fournis par le bois, qu'est dû le brassage qui répartit également le carbone très-divisé en suspension dans le verre et qui lui donne la couleur jaune; il oblige à prolonger la durée de l'affinage, sous peine d'avoir des feuilles pleines de bouillons.
Avec une quantité double de sciure de bois, le verre passe au jaune orangé ; il devient brun et quelquefois même rouge ou noir avec des proportions plus fortes.
Dans tous les ouvrages concernant l'industrie du verre, Voœyde d'antimoine est indiqué comme donnant au verre une coloration jaune. D'après des expériences très-précises faites par M. Didierjean, cette indication est erronée ; l'oxyde d'antimoine pur ne donne au verre aucune coloration; mais celui dont on fait usage habituellement est un mélange d'oxyde et de sulfure d'antimorine provenant du grillage qu'on fait subir au sulfure natif; c'est le veire d'antimoine. Or ce produit, d'après M. Didierjean, ne colore le verre qu'en raison du soufre qu'il renferme. Cette opinion paraît conforme à certaines expériences de M. Pelouze tendant à établir que la couleur jaune du verre est toujours due au
soufre, alors mêtne qu'elle est produite par remploi du charbon, lequel transformerait en sulfure le sulfate de soude non décomposé que renferme presque toujours le \erre à vitre; mais les conclusions auxquelles M. Pelouze est arrivé, en attribuant exclusivement au soufre cette coloration, sont trop absolues, d'après M. Bon temps et aussi d'après M. Didierjean.
Nous reviendrons sur cette question lorsque nous aurons à nous occuper des autres verres colorés; qu'il nous suffise de dire, quant à présent, que le carbone et le soufre, lorsqu'ils existent à l'état libre dans le verre, possèdent l'un et l'autre la propriété de lui donner la couleur jaune ; cette couleur est d'autant plus foncée que ces corps s'y trouvent disséminés en plus grande quantité; pour le soufre, on peut arriver jusqu'au noir opaque.
On fabrique aussi des verres jaunes qui sont teints par l'argent. Ce métal possède, en eGFet, la propriété de colorer le verre en jaune; on l'emploie à l'état de sulfate ou de chlorure qu'on mélange avec de l'ocre rouge ; après calcination à une température ménagée, puis addition d'une quantité d'eau suffisante pour faire une bouillie un peu claire, on répartit uniformément cette matière sur la surface d'une feuille de verre bien nettoyée, en procédant à la manière des photographes lorsqu'ils recouvrent de collodion une feuille de verre.
Cette pâte étant séchée, le verre est chauffé dans un four à moufle à une température qu'on règle de manière à le ramollir sans le déformer; un four à
étendre, muni d'une ouverture suffisante pour rentrée des feuilles, convient aussi très-bien pour cette opération. Au moyen d'une brosse dure, on enlève l'oxyde de fer qui, après avoir servi d'excipient à l'argent, est resté sous forme d'une poudre peu adhérente à la surface du verre teinté.
La nature du verre, sous le rapport de sa composition .chimique, exerce une grande influence sur l'intensité de la couleur; avec les verres tendres, trop chargés en alcalis, trop fusibles, on a le jaune clair; avec des verres siliceux, le jaune est plus vif, vire à l'orangé et même au rouge.
Verres verts. — La composition du verre violet (p. 201), dans laquelle le bioxyde de manganèse est remplacé par 6 parties d'oxyde noir de cuivre et 4 parties d'oxyde de fer, donne une belle couleur vert-pré. On arrive au même résultat en remplaçant une partie de ces oxydes par le tiers environ de leur poids de bichromate de potasse; avec ces mêmes substances associées à l'oxyde de cobalt, la couleur devient vert-bleu. Enfin l'oxyde d'uranium jaune (qui est, en réalité, de l'uranate d'ammoniaque ou de potasse), ajouté aux oxydes de cuivre et de fer, fournit la teinte vert-jaune.
Les proportions de ces différents oxydes varient avec les nuances plus ou moins intenses qu'on cherche à produire.
Verre rouge ou pourpre. — On sait combien est important le rôle de cette sorte de verre dans
la confection des vitraux d'église ; on connaît le parti qu'en savaient tirer les artistes de la grande époque de la peinture sur verre, c'est-à-dire des xu^, xiii® et XIV' siècles. Sa fabrication oGFre, d'ailleurs, certaines particularités qui expliquent sa disparition complète pendant les siècles suivants et aussi cette opinion généralement répandue jusque dans ces dernières années que les secrets de la peinture sur verre étaient perdus.
11 est certain qu'à la fin du siècle dernier un morceau de ce verre de fabrication récente était introuvable. Le Yiel, dans son livre sur VArt de la peinture et de la vitrerie^ publié en 177Ù, dit qu'il n'est pas parvenu à faire fabriquer du verre rouge dans les verreries de Bohême, malgré le prix élevé qu'il en offrait. Cependant, à une époque antérieure, Neri, Merret et Kunckel, dans l'Art de la verrerie, indiquent le cuivre comme étant la matière colorante du verre pourpre ; il est même juste de reconnaître que les procédés qu'ils donnent diffèrent fort peu de ceux qu'on a suivis depuis, au moins pour le verre coloré qui sert à faire le verre plaquée D'autres auteurs, il est
1. Voici le passage de Neri dont l'ouvrage, publié en italien en 1612, a été traduit en 1752 avec des notes de Merret, médecin anglais, et de Kunckel, savant saxon :
« Rouge foncé. Prenez vingt livres de la fritte de cristal, une livre de fragments de verre blanc, deux livres d'étain calciné; mêlez toutes ces matières; faites-les fondre et purifier : lorsque tout le mélange sera fondu, prenez parties égales de limaille d'acier calcinée et pulvérisée et d'écaillés de fer bien broyées ; mêlez ces deux matières et mettez-en deux onces dans le verre lorsqu'il sera bien purifié ; ce mélange le fera gonfler considérablement; il faudra lui donner cinq
vrai, attribuaient à For la couleur rouge des anciens vitraux; ce métal donne aussi au verre, dans d'autres conditions, une couleur rose ou rouge; on l'emploie à cet effet pour les cristaux colorés. Cette dernière opinion avait même un tel crédit à la fin du siècle dernier que, dans les temps les plus difficiles de notre première révolution, l'Assemblée constituante envoyait à la Monnaie de Paris des caisses de verre pourpre enlevé aux verrières du moyen âge, avec l'ordre d'en extraire, au profit du Trésor public, l'or qu'on supposait y exister. Darcet, chargé de ce travail, démontra que ces verres ne contenaient que du cuivre et sauva ainsi de la destruction beaucoup de beaux monuments de l'art chrétien. On peut ajouter que si l'or eût réellement existé dans ce verre,
ou six heures de temps pour s'y incorporer parfaitement et prendre garde de ne point trop mettre de la poudre que l'on vient d'indiquer; cela rendrait le verre noir, au lieu qu'il doit être d'une couleur foncée, mais transparente. Lorsque vous serez parvenu à lui donner cette couleur, prenez d'«?5 ustiim^ du chapitre XXIV, bien broyé, environ six drachmes ; mêlez au verre et remuez souvent le mélange ; à la troisième ou quatrième fois, votre matière paraîtra avoir pris un rouge de sang. 11 faudra faire de fréquentes épreuves delà couleur; et aussitôt qu'on la trouvera telle qu'on la demande, il faudra se mettre promptement à travailler cette composition; car sans cela, le rouge disparaîtra, et le verre deviendra noir. De peur que la couleur ne disparaisse, il faut outre cela que le creuset soit découvert et que toutes les circonstances s'observent soigneusement; surtout on se gardera bien de mettre trop de limaille d'acier et d'écaillés de fer, de peur que le verre ne noircisse au lieu de prendre une couleur d'un jaune obscur ; c'est alors qu'en y ajoutant le cuivre calciné, il deviendra d'une très-belle couleur. J'en ai l'expérience : il faut aussi que la matière ne s'échauffe pas trop dans le creuset, et ne demeure pas plus de dix heures au fourneau : si la couleur venait
filH LE VERRE.
comme il ne pouvait s'y trouver qu'en très-petiie quantité, dans la proportion de quelques dix-milliémes, les frais d'extraction eussent dépassé dans une énorme proportion la valeur du métal précieux qu'on en eût tiré.
La fabrication du verre rouge, recommencée en Allemagne et en Suisse, a été reprise avec Huccôs en J826 par M. Bontemps dans la verrerie (1(3 Choisy-ie-Roi; ce fait est établi par un rapport fait ii celte époque à la Société d'encouragement pour rindustrie nationale par M. J. Darcet. Aujourd'hui plusieurs de nos verreries sont renommées pour ce genre de travail, bien que les dilUcullés qu'il présente encore ne permettent pas de produire cette coloration avec autant de sûreté que le» autres.
ii disparaître pendant cet intervalle, ce qui arrive quelquefois, on la rétablirait, en ajoutant de nouvelles écailîes de fer. Cette opération demande beaucoup d'attention et de soin. »
I Vw» ustum est Toxyde de cuivre obtenu par la calcination de lamej* de cuivre minces.)
Voici les remarques de J. Kunckel :
« En «ulvant le procédé indiqué par Fauteur pour le rouge, on aura une couleur si foncée qu'à moins de rendre ce verre extrêmeif^ejit liihice en le soufflant, on ne pourra en distinguer la couleur; Il f U prmque Impossible de faire cette composition de cette façon, (Un« no^ fourneaux de verrerie allemande, parce qu'il faut une ii»4iii^ii e toute particulière de gouverner le feu. Après m'ètre donné iIr^ ptîiuriA incroyables, je puis me flatter d^ètre enfin parvenu à Uià'r if plu« b^tau rouge et à imiter les rubis; mais comme ce secret MU I ontf htaacuup de soin, de peine et de travail, an ne trouvera pas rnuuiat* '/u« je ne le communique point quant à prèseni. »
Ce verre est toujours doubléy coloré, par conséquent, sur un de ses côtés par une couche très-mince de verre rouge. On admet généralement que la coloration est due au protoxyde de cuivre; mais il n'est nullement démontré qu'il en soit ainsi; il est fort possible, en effet, qu'en raison de la facilité avec laquelle les oxydes de cuivre sont réduits par les corps désoxydants, tels que le charbon, le fer, l'étain, les gaz hydrogénés du foyer, etc., le cuivre soit amené à l'ëtat métallique et donne au verre une coloration qui se rapproche beaucoup de celle qui est fournie par l'or dans des conditions analogues. Cette opinion, que j'ai énoncée depuis longtemps, est rendue trèsvraisemblable par des travaux récents sur d'autref^ verres cuivreux, Yhœmatinon et Vaventurine, dont il sera question plus loin.
Quoi qu'il en soit à cet égard, M. Bontemps et, avant lui, Neri ont constaté que le verre rouge ne s'obtient jamais d'une première fonte; plus ce verre a été fondu, plus on est certain d'arriver à une couleur belle et égale.
Dans un autre chapitre, Neri parle (Vun verre rouge de sang, dont on peut se servir au lieu de l'émail couleur de rose :
« On fera fondre six livres de verre de plomb et dix livres de fritte de cristal ; on les purifiera par des extinctions réitérées dans Peau ; on y ajoutera ensuite quatre à six onces d' écailles de cuivre rouge, qu'on y mêlera avec soin; on y joindra du tartre rouge en poudre ; 6n le purifiera à l'ordinaire ; si la couleur n'en est pas assez forte, on ajoutera du tartre et des écailles de cuivre jusqu'à ce qu'elle le soit assez; ou en fera l'essai, et on remettra la matière au four pour en rehausser la couleur. »
Peligot, Ix Verre. 14
208 LE VERRt:.
comme il ne pouvait s'y irouv^r quantité, dans la proportion do ^M' lièmes, les frais d'extraction eussent • • une énorme proportion la valeur du ï^" qu'on en eût tiré.
La fabrication du verre rouge, i'^ ' en Allemagne et en Suisse, a été r<'j'' succès en 1826 par M. Bontemps dans I^i de Choisy-le-Roi; ce fait est établi p^»* port fait à celte époque à la Société d ^ ■ gement pour l'industrie nationale par M. J- Aujourd'hui plusieurs de nos verreries ^<^'' nommées pour ce genre de travail, bien <V^ difficultés qu'il présente encore ne permettent p<^^ produire cette coloration avec autant de sin'^^^' ' les autres.
à disparaître pendant cet intervalle, ce qui arrive quelquefoi-^^ on rétablirait, en ajoutant de nouvelles écailles de fer. Cette opér^^' demande beaucoup d'attention et de soin. »
[Vœs uslum est Toxyde de cuivre obtenu par la calciuation ' lames de cuivre minces.)
Voici les remarques de J. Kunckel :
« En suivant le procédé indiqué par Fauteur pour le rouge, <^'' aura une couleur si foncée qu'à moins de rendre ce verre extrèm*" n\ent mince en le soufflant, on ne pourra en distinguer la couleur il est presque impossible de faire cette composition de cette fan»" dans nos fourneaux de verrerie allemande, parce qu'il faut un' manière toute particulière de gouverner le feu. Après m'ètre doiuif* des peines incroyables, je puis me flatter d'être enfin parvenu ^t faire le plus beau rouge et à imiter les rubis ; mais comme ce secret m'a coulé beaucoup de soin, de peine et de travail, on ne trouvera pas mauvais que je ne le communique point quant à présent, »
SU
de verrt i lotion esv
possible. Hi quelle k^ ox désoxydaui,. .
matière fondue deux ou trois fois à
rre et on tire à l'eau. On fond de
!e et on répète trois fois ces opéra-
îiélange avec du verre blanc ainsi
par J
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c(î groisil blanc avec le verre on ajoute 30 à liO grammes 1 elain.
' adopté, on fait une petite
is une autre plus considé-
e garnie de la première
erre blanc ordinaire. Le
procédés déjà décrits, 11
ouleur ne se produit pas
iii'à la dernière chauffe,
'allonger le manchon et
couleur se développer.
îiit pour le verre rouge
Tor : c'est sous l'in-
<'s que la coloration se
>iis-nous dit, que pour
V soit le résultat d'une
. "(luit souvent dans Vin-
'. i^té ouvert.
ninules concernant le 'Mil d'une assez forte
Voici une composition qui donne, d'après M. Bontemps, de beaux verres rouges :
Sable 100 kilogrammes.
Minium . 90 —
Carbonate de potasse 32 —
Oxydes de plomb et d'étaiu. . . 15 —
Oxyde brun de cuivre Oi^'^TOO
Battitures de fer ©"^'^TôO
Borax 4^",000
On fond à pot couvert ; on macle à la pomme de terre, c'est-à-dire qu'on fait pénétrer pendant quelques instants dans la matière fondue une pomme de terre fixée au bout d'un petit ferre t.
Cette matière, tirée à la poche, est broyée et tamisée. On y ajoute 50 grammes d'oxyde brun de cuivre. 100 grammes de borax et hOO grammes d'un mélange à parties égales d'oxydes de plomb et d'étain et on fond de nouveau. Après un second maclage à la pomme de terre, on broie, on tamise et on renfourne en temps utile pour que ce verre soit prêt pour le commencement du travail du verre blanc.
La méthode suivante donne, d'après le même auteur, le verre rouge le plus régulièrement beau; c'est aussi celle qui est employée pour doubler en rouge le cristal et la gobeleterie. On enfourne dans un petit pot :
Sable 2b
3dinium ôo
OxTde de cui^Tt- L2(k*
Acide slannique 5
On travaille la matière fondue deux ou trois fois à la pomme de terre et on tire à Teau» On fond de nouveau, on macle et on répète trois fois ces opérations. Puis on la mélange avec du verre blanc ainsi composé :
Sable 100
Carbonate de potasse 36
Chaux 18
Minium 3
On fond 25 parties de ce groisil blanc avec le verre précédent tiré à l'eau et on ajoute 30 à 40 grammes de tartre ou de copeaux d'étain.
Quel que soit le dosage adopté, on fait une petite paraison avec ce verre ; puis une autre plus considérable en plongeant la canne garnie de la première dans un pot contenant du verre blanc ordinaire. Le manchon est façonné par les procédés déjà décrits. Il arrive assez souvent que la couleur ne se produit pas immédiatement, et ce n'est qu'à la dernière chauffe, c'est-à-dire quand on a fini d'allonger le manchon et qu'il se refroidit, qu'on voit la couleur se développer. Le même phénomène se produit pour le verre rouge groseille ou rose coloré par l'or : c'est sous l'influence des chauffes successives que la coloration se développe. 11 ne paraît pas, avons-nous dit, que pour le pourpre de cuivre la couleur soit le résultat d'une oxydation ; car cette couleur se produit souvent dans V intérieur du manchon avant quil ait été ouvert.
Dans presque toutes les formules concernant le verre pourpre, il est question d'une assez forte
quantité d'acide stannique ou de potée d'étain. Il est difficile de comprendre l'utilité de ce corps, qui probablement n'agit pas comme réducteur. Il est possible qu'il serve à opaliser, à ternir la couche trèsmince de verre colorée, ou bien que l'étain calciné indiqué par Neri et par d'autres auteurs contienne encore du protoxyde d'étain ou de l'étain métallique qui exerceraient sur l'oxyde de cuivre une action désoxydante.
Le verre pourpre doit être d'une couleur claire, plutôt orangée que violette; il offre souvent des marbrures, des parties flammées, des inégalités de teinte; mais, entre les mains d'artistes habiles, ces verres défectueux en apparence, lorsqu'ils sont convenablement employés, ajoutent plutôt qu'il ne nuisent à l'effet du dessin et du coloris. Il me sera permis d'ajouter que, nonobstant les soins apportés à cette fabrication et les progrès réalisés, plus d'un artiste affirme que les anciens verres rouges, malgré leurs imperfections, peut-être même à cause de leurs défauts et de leurs teintes inégales, étaient supérieurs à ceux qu'on fabrique aujourd'hui