Verre d*Épinac, près Autun (Saône-et-Loire
3. Bouteille à Champagne de très-bonne qualité, dont la résistance à la pres-
sion avait été constatée.
J'ai donné précédemment (p. 61) la composition d'une bouteille champenoise très-attaquable par les acides, à cause de la proportion de bases trop considérable qu'elle renferme. On trouve aussi (p. 43) la composition actuelle des bouteilles de Blanzy; celles-ci ne contiennent qu'une très-petite proportion d'alcali.
Il est important de produire des bouteilles bien recuites et bien régulières de forme et d'épaisseur ; ces conditions sont indispensables pour celles qui sont destinées à contenir les vins mousseux ; autrement la casse, surtout pendant les premiers temps de la fermentation, devient très-considérable. Elle est, en moyenne, dans les caves de Reims et d'Épernay de iO pour iOO ; mais elle s'est élevée
dans certaines années et avec certaines bouteilles à 50 pour 100 et au delà. On a construit diverses machines d'épreuve pour mesurer la résistance des bouteilles. Dans la verrerie de M. Labarbe, à Follembray (Aisne), dont les produits sont fort estimés, on se sert, pour l'essai d'un certain nombre de bouteilles prises au hasard dans chaque fournée, d'une machine construite par Collardeau; les bonnes bouteilles résistent à une pression de 25 à 35 atmosphères.
D'après M. Maumené, ancien professeur à Reims, auteur d'un important ouvrage sur le travail des vins mousseux, les conditions générales à remplir pour les bouteilles à Champagne sont, en dehors de celles qui tiennent à la qualité du verre : le poids; il doit être compris entre 850 et 900 grammes ; l'épaisseur qui doit être uniforme ; la couleur; elle doit être claire sans être bleue ni irisée ; la pureté du verre qui doit être surtout exempt de pierres qui sont presque toujours l'indice de petites fentes ; en outre l'embouchure doit être convenablement conique pour bien retenir le bouchon et assurer la conservation du vin.
Fabrication. — La fusion des matières premières se fait dans des fours analogues à ceux qui servent pour le verre à vitre. A Rive-de-Gier, on emploie des fours rectangulaires dont la chaleur perdue se dégage, de chaque côté du four, dans des arches qui reçoivent la composition qui est frittée pendant vingt-huit heures. On n'ajoute pas de charbon pour
décomposer le sulfate de soude, ainsi qu'on le fait pour le verre à vitre ou à gobeléterie commune; il est probable que l'oxyde de carbooe et les gaz hydrogénés qui se trouvent dans les produits de la combustion facilitent cette décomposition. Cette fritte des matières premières est coûteuse; elle parait être
Flg JC — Foar à boulcilles
surtout utile pour donner aux bouteilles une coloration régulière et de même leînte.
Les creusets sont ronds, ovales ou rectangulaires; ils reçoivent chacun 600 à 1,000 kilogrammes de .matière frittée dont le rendement est de 80 pour 100 de verre fondu et de 60 pour 100 environ de verre utilisé. Ainsi 1,000 kilogrammes de composition, donnant 800 kil. de verre fondu, fournissent 600 bouteilles fortes de 1 kilogramme ou 750 de 800 grammes. On produit donc 6,000 bouteilles fortes par jour et, pour un four à 8 pots et à dix places, 180,000
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par mois. On consomme pour la fonte et les fours à recuire 2 tonnes de houille et 3 tonnes pour faire la braise^ c'est-à-dire pour maintenir le four à la température voulue pendant le travail. On dépense, par conséquent, 183 kilogrammes de houille pour 100 bouteilles fortes ou 137 pour celles de 750 grammes. Pour 100 bouteilles champenoises, on consomme 200 kilogrammes de bouille. La fonte dure 12 à 13 heures; le travail li heures, en y comprenant deux heures de repos. On fait par heure 75 à 80 bouteilles ordinaires ou 50 bouteilles champenoises.
Pour deux pots, il y a un four à recuire dans lequel les bouteilles sont portées aussitôt qu'elles sont façonnées.
Le four à huit creusets est desservi par dix places, soit cinq places de chaque côté; celle du milieu prend son verre alternativement à droite et à gauche; elle a devant elle un petit ouvreau pour la confection du goulot.
Chaque place se compose de trois ouvriers : le maître ouvrier, le grand garçon et le gamin. Il y a en outre, pour plusieurs places, un enfant, le porteur, qui enlève les bouteilles fabriquées et qui les porte au four à recuire.
Les huit potées sont vidées en neuf à onze heures, sans que le travail soit interrompu ; cette sorte de verre se dévitrifie avec une extrême facilité et il n'est pas rare, en dépit de la célérité du travail, que les fonds de pots donnent du verre galeux. Afin que chaque place ait à son tour le repos qui lui est nécessaire, une équipe volante la relève alternative-
ment, et procède, pendant ce temps, à, la confeclion ' d'un certain nombre de bouteilles.
La place étant nettoyée et les outils mis en ordre sous la main du maître ouvrier, le gamin cueilte avec une canne préalablement chauffée àl'ouvreau une certaine quantité de verre : il tient la canne horizontalement en la tournant sur elle-même pour refroidir un peu le verre; puis, après avoir fait un second cueillage dans les mêmes conditions, il la passe au grand garçon. Celui-ci achève de garnir la canne de la quantité de verre nécessaire à la confection de la bouteille; il commence à faire m poste, c'est-à-dire à rouler la canne sur une plaque de fonte (marbre) légèrement inclinée, posée sur un support à l'extrémité de la place; le verre étant ainsi* marbré et en même temps un peu étiré, il commence à souffler, tout en continuant à promener la paraison sur la plaque de fonte; puis il lui donne une position verticale, ne l'appuyant plus sur le marbre que par la partie inférieure ; il la soulève de manière à laisser couler le verre qui forme le col de la bouteille. Il porte alors à l'ouvreau la paraison ainsi terminée, en posant la canne sur un crochet pour la réchauffer, tout en lui imprimant un mouvement lent de rotation de manière à maintenir le verre, qui se ramollit, avec la forme qu'il vient de lui donner ; il remet alors la canne au maître ouvrier qui termine la bouteille.
Celui-ci souffle à petits coups, en appuyant sur un autre marbre posé à terre devant lui l'extrémité de
la bouteille; il en prépare ainsi le fond et il donne à la pièce la dimension qu'elle doit avoir pour entrer dans le moule qui est en argile réfraetaire, quelquefois en fer ou en laiton; il la pousse contre le fond de ce moule et il souffle en tournant la canne de manière à ce que le verre en remplisse bien toute la capacité; puis il la retire du moule et il la retourne de bas en haut, et, la tenant de la main gauche dans cette position verticale, il comprime le fond plat de la bouteille avec un crochet en fer ; la bouteille étant roulée de nouveau sur le marbre pour reprendre la forme régulière qu'elle a pu perdre par la confection du fond, il en tranche le col par le contact d'un fer mouillé, la bouteille étant placée sur un calibre qui donne la longueur qu'elle doit avoir; puis il la détache sur une pièce en terre formée de deux plans inclinés; la bouteille est retournée bout à bout et empontillée avec le verre qui adhère encore à la canne, c'est-à-dire fixée à la canne par la partie centrale et creuse de son fond.
La bouteille est reportée à l'ouvreau pour réchauffer le col à l'extrémité duquel on fait tomber au moyen d'une cordeline (tige de fer pleine) la quantité de verre nécessaire pour former la bague; le col étant suffisamment réchauffé, l'ouvrier, assis sur son banc, roule de la main gauche la canne sur les bardelles de ce banc, pendant que de l'autre main et avec ses fers il aplatit le col et arrondit intérieurement le goulot.
La bouteille est terminée; la canne à laquelle
elle est fixée passe entre les mains du gainln qui la porte au four à recuisson. Au moyen d'un léger choc sur le milieu de la canne, il la détache à l'entrée du four et la laisse entre les mains de l'ouvrier qui est chargé de l'y ranger.
Ce mode de fabrication, qui donne des bouteilles avec des fonds en verre, arrachés et coupants, est aujourd'hui modifié dans la plupart des verreries. On a remplacé l'empontiUage avec le verre qui reste à l'extrémité de la canne par un sabot en fer dans lequel on encastre la bouteille, alors que, détachée de la canne, elle repose sur la plate-forme en terre sur laquelle se trouve le calibre selon lequel le verre a été tranché. Le diamètre du sabot est réglé sur celui du moule; il varie par conséquent avec la dimension des bouteilles (fig. 48).
Un autre perfectionnement, qui est surtout important pour les bouteilles champenoises dont le goulot doit être parfaitement dressé, consiste à former le col et la bague avec une pince représentée (fig. 49, voir p. 303).
Ail moyen de cet outil, l'ouvrier écrase et pare le verre en le comprimant avec l'extrémité A B qui donne le profil de la bague; en même temps la partie pleine C, légèrement conique, donne au goulot une forme régulière et invariable.
La bouteille étant terminée on la détache de la
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canne ; elle est reçue par le porteur sur une fourche en fer et portée au four à recuire. Celui-ci a un foyer au centre ; de chaque côté viennent se ranger les bouteilles, qu'on empile ensuite les unes sur les autres jusqu'à ce que le four soit plein. On laisse tomber le feu, on bouche les ouvertures et au bout de quarante-huit heures on /1 "^ en retire les bouteilles recuites.
D'autres fours à recuire sont à feu continu. Ils se composent d'une longue galerie, chauffée vers le milieu par un foyer et terminée par des portes à ses deux extrémités. Le four est traversé par une chaîne en fer sans fin, à laquelle sont accrochés des chariots- sur lesquels on dépose les objets à recuire. Ils entrent par un bout et sortent par l'autre convenablement recuits et refroidis.
Ce même four est en usage pour recuire les objets de gobeleterie en verre ou en cristal.
Certaines bouteilles portent un cachet indiquant la marque du débitant ou bien la nature du liquide qu'elles doivent renfermer. Ce cachet est produit en laissant tomber sur la bouteille un peu de verre qu'on comprime avec une pièce gravée en fer ou en cuivre, comme on te ferait pour cacheter une lettre avec de la cire.
On se plaint souvent de l'inégale capacité des bouteilles. On comprend qu'en dehors de l'intervention de certains négociants, notamment desres-
tauraleurs, qui imposent au verrier l'obligatiou de leur faire des bouteilles de plus en plus petites, il est difficile d'arriver, autrement que par le jaugeage, à livrer des vases d'une capacité uniforme, en suivant les procédés ordinaires de fabrication. On y parvient sûrement en se servant de moules métalliques. Un mécanicien habile, M. Carillon, auquel est dû l'outillage mécanique de la glacerie de MoDtluçon, a introduit dans quelques verreries le moule en fer à charnières représenté ci-dessous.
Ce moule est destiné à faire des bouteilles bordelaises, à fond plat, d'une capacité de 70 centilitres ei du poids de 750 grammes.
Le moule étant préalablement échauffé et maintenu fermé, on commence la paraison; le verre
dont on a garni la canne, est marbré sur la plaque de fonte, cueilli de nouveau, puis soufflé dans un moule en bois de hêtre mouillé; l'ouvrier souffla légèrement, réchauffe sa pièce h l'ouvreau , puis la laisse pendre un instant pour former le goulot. .^ ce moment, le gamin ouvre le moule qui reçoit la
paraison ; il le ferme et l'ouvrier souffle d'abord avec la bouche et immédiatement après avec le piston (pompe de Robinet).
La bouteille est passée au chef de place, qui la met sur un calibre pour en fixer la longueur; il la détache de la canne en rognant le goulot d'après cette mesure, la prend par le corps avec un sabot^ instrument qui, comme nous l'avons vu, remplace le pontil, la met à l'ouvreau pour arrondir le goulot et en fait la bague avec du verre qu'un gamin lui apporte au bout d'un pontil. La bouteille, ainsi terminée, est portée au four à recuire.
Le fond du moule est percé de très-petits trous destinés à la sortie de l'air; sans ces trous, le verre n'épouserait pas exactement tous les contours du moule.
Ce mode de fabrication est évidemment plus lent et plus coûteux que celui qu'on suit habituellement; mais il fournit des vases exactement calibrés.
La couleur des bouteilles qu'on fabrique en France est d'un vert plus ou moins foncé; elle est produite par le silicate de protoxyde de fer. Celles qu'on lait en Angleterre pour les bières fortes sont presque noires ; en Allemagne, pour les vins du Rhin, par exemple, les bouteilles sont d'un jaune brun; cette couleur est due à l'addition de l'oxyde de manganèse. La coloration des bouteilles, due à l'origine à l'imperfection des procédés de fabrication, n'a aucune raison d'être aujourd'hui, à moins qu'elle ne serve à masquer la mauvaise qualité du vin. Il serait à désirer que l'usage de vases incolores ou peu colorés s'in-
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troduislt dans les habitudes du commerce, surtout pour ceux qui sont destinés à contenir des boissons.
Fabrication des bombonnes ou dames-jeannes. — Ces vases, qu'on désigne aussi sous le nom de touriesy et qui sont le plus souvent d'une contenance de 18 à 20 litres, servent au transport des acides et des spiritueux ; ils sont clisses ou assujettis avec de la paille dans des paniers en osier. Le clissage se fait dans les verreries mêmes, qui sont le plus souvent des verreries à bouteilles.
Le travail est le même, avec cette différence toutefois que les dames-jeannes ne sont pas empontillées ; lorsqu'elles ont été soufflées et amenées à la dimension et à la forme voulues, le gamin applique sur le col la quantité de verre nécessaire pour faire le cordon, et, après que celui-ci a été façonné par l'ouvrier, le col est tranché un peu au-dessus de la bagiœ et la pièce est portée au four à recuire; ce bord, n'ayant pas été rebrûlé, est inégal et coupant; on l'égalise à la lime après que la pièce a été recuite.
Pour les dames-jeannes de dimensions exceptionnelles, ayant 50 litres et plus de capacité, le souffleur prend dans sa bouche un peu d'eau ou d'eau-de-vie qu'il projette avec sa canne dans le verre lorsqu'il est déjà arrivé à une certaine dimension ; le liquide, en se vaporisant, augmente considérablement le volume de la pièce, si bien qu'elle éclate parfois, lorsque l'effet qu'on cherche à produire se trouve dépassé.