Voici le texte latin (livre XXXVI
Fama est, appulsâ nave mercatorum nitrij cum sparsi per littus epulas parèrent j nec esset cortinis attolendis lapidum occasion glebas nitri è nave subdidisse^ quitus accensis permixtâ arenâ liltoris, Iraûslucentes novi liquprié fluxisse rivoSj et hanc fuisse originem vilri»
siècle avant Pline, n en fait aucune mention, bien qu'il signale les sables du fleuve Bélus comme propres à la fabrication du verre. Ainsi que le fait observer M. Dumas dans l'article si remarquable qu'il consacre au verre dans son Traité de chimie, (( quand on connaît la température nécessaire à la préparation du verre le plus fusible et qu'on a vu seulement l'intérieur d'un four de verrerie en activité, on conçoit combien ce récit est invraisemblable ».
Il me sera permis de faire une autre remarque : le texte de Pline peut donner lieu à des interprétations fort différentes , en raison du sens qu'il convient d'attribuer au mot nitrum.
Est-ce du nitrej c'est-à-dire du salpêtre, de l'azotate de potasse que vendaient ces marchands, ou bien est-ce du natrouy c'est-à-dire de la soude, du carbonate de soude hydraté*? Le lieu de la scène rend cette dernière hypothèse assez vraisemblable. Mais, d'un autre côté, on comprend mieux la fusion de blocs de nitre sous l'influence d^une température peu élevée (fusion donnant un liquide, le cristal minéral^ qui n'est pas du verre, mais simplement du nitre fondu), que la vitrification du sable par la soude en plein air, dans les conditions indiquées
1. Le dictionnaire de la langue française de M. Littré, si précieux pour résoudre des difficultés de ce genre, est peu explicite sur ce sujet :
Nitre... Étym. provenç. nitre; espag. et ital. mtro; du latin nitrum ; grec vîrpcv, qui vient de l'hébreu noter, nitre, natron, du verbe netar, faire effervescence.
par l'historien lalin. Aucun traducteur, il est vrai, n'hésite à traduire nitrum par nitre. Mais les verriers et les chimistes admettront plus volontiers que ce mot signifie soude, d'autant mieux que celui de natrum, la soude, que connaissaient les anciens, ne se trouve dans aucun dictionnaire latin. L'auteur de là préface du Traité de Vart de la verrerie d'Antoine Neri, le baron d'Holbach, adopte une version amplifiée ; il suppose qu'à l'endroit où s'arrêtèrent ces marchands, « il se trouva une grande quantité de l'herbe communément appelée kali^ dont les cendres donnent la soude et la rochette; il s'en forma du verre, la violence du feu ayant uni le sel et les cendres de la plante avec du sable et des pierres propres à se vitrifier ». 11 n'est nullement question de cendres dans le récit de Pline.
Fig. 51. — Verriers de Thèbes.
Sans insister davantage sur cette légende, les explorations des archéologues ont établi par les témoignages les plus certains que Vart de fabriquer le
verre était connu et pratiqué dès la plus haute antiquité C'est ce qu'attestent les bouteilles et autres objets de verre trouvés dans les nécropoles de l'Egypte et aussi les célèbres sculptures des grottes de Beni-Hassan représentant des verriers thébains accroupis devant leurs fourneaux et soufflant dans des cannes (fig. 51). Deux raille ans avant l'ère chrétienne, l'industrie du verre était déjà tellement avancée, que plusieurs des spéciraens trouvés dans les fouilles n'ont pu encore être reproduits. Telles sont diverses pièces de notre Musée égyptien (salle civile, vitrine L), notamment les amphores et les petites bouteilles à long col sur piédouche, garnies d'ornements en verre de couleur ajoutés pendant la fabrication, alors que la matière était encore molle.
Dès les temps les plus reculés, le verre était pour les Phéniciens Tobjet d'un commerce important. Leurs établissements de Tyr et de Sidon, à l'embouchure du fleuve Bélus, aujourd'hui Narhr-Halon, échangeaient leurs verreries contre des métaux ou des minerais avec les peuples du bassin de la Méditerranée, des côtes de l'Océan et de la Grande- Bretagne; on a même trouvé en Danemark des verroteries auxquelles on attribue une origine phénicienne.
De l'Egypte et de la Phénicie, l'art de faire le verre se propagea en Asie Mineure et en Assyrie : les fouilles du palais de Nemrod ont amené la découverte de plusieurs vases de verre qui sont actuellement au Musée britannique; sur l'un d'eux est gravé, d'un côté, un lion, et, de l'autre, une
inscription cunéiforme portant le nom de Sargon,roi d'Assyrie, qui vivait au vni*' siècle avant Jésus-Christ. C'est de l'Inde que les Egyptiens tiraient les minéraux qui leur servaient à colorer le verre. Les verreries de ce pays, très-anciennes aussi, nous sont peu connues ; au dire de Pline, elles étaient les plus estimées et leur supériorité était due à la pureté du quartz dont se servaient les Indiens.
Les Ethiopiens, d'après Hérodote, étaient aussi fort habiles à faire le verre; mais c'est aux Grecs que Ton doit les produits les plus parfaits. « Je renonce, dit M. de Laborde dans sa Notice sur les émaux du Louvre^ à citer les pièces en verre de travail grec que les collections publiques et particulières offrent à l'étude. H y a des médaillons d'une beauté, de petites sections de filigranes d'une finesse de dessin, des masques de théâtre d'un comique, des bas-reliefs d'une élégance qui surpassent tout ce que l'on doit attendre du goût le plus épuré, associé aux procédés les plus ingénieux. »
L'invention des millefion^ dont le Musée de Grégoire XVI au Vatican offre de remarquables spécimens, est généralement attribuée aux Etrusques; mais les germes de cette fabrication se retrouvent dans divers produits d'origine grecque de la même époque. Ce n'est que dans les dernières années de la République que des verreries s'établirent à Rome. On sait qu'Auguste imposa à Alexandrie un tribut considérable en verre, tribut qui, loin de nuire aux fabricants, leur procura d'importantes commandes et assura la vogue de leurs produits.
3\t LE VERRE.
Verrerie romaine* — Pline, dans son Histoire naturelle, donne de précieux détails sur la composition et les procédés de fabrication du verre chez les anciens. Nous les résumerons en peu de mots.
Les Romains se servaient de sable blanc, recueilli à l'embouchure du Vulturne; ils le mélangeaient avec du natron ou du nitre; quelquefois ils ajoutaient à la composition des coquilles de mollusques et de la craie fossile avec un peu de manganèse ou même des rognures de cuivre. L'analyse permet de retrouver facilement ces matières, entre autres le cuivre qui donne aux verres antiques leur teinte bleuâtre.
La fonte s'opérait par le procédé de double fusion dans des fours contigus. On faisait d'abord une fritte appelée ammonitrum avec le sable et le natron. Celle-ci était portée dans un autre creuset où s'opérait l'aflSnage*. C'est dans cette seconde partie de l'opération qu'on introduisait les agents décolorants ou les oxydes, s'il s'agissait de verre coloré. Le combustible était du bois léger et sec. Les objets étaient façonnés par le soufflage et taillés au tour.
On voit que ces procédés différent peu des procédés modernes; il n'y a pas longtemps que la fritte n'est plus en usage ; aujourd'hui même, elle est encore pratiquée pour plusieurs sortes de verre.
Dans les temps anciens, les verreries étaient situées pour la plupart sur les bords de la mer, à
4. Dein miscetur tribus partibus nilri potidere vel inemura,ac liquata in alias fornaces transfunditur, Ibi fit massai quœ vocatur ammonitrum; atque hœc recoquitur, et fit vilrum purum ac massa vitri candidi. — (Histoire naturelle, livre XXXVÏ.)
l'embouchure des fleuves. La question du combustible, qui préoccupe les verriers modernes, avait alors moins d'importance que l'abondance et la qualité du sable; ils tenaient compte en même temps des facilités que la proximité de la mer donnait à l'écoulement des produits fabriqués. D'après Strabon, les sables d'Egypte étaient fort estimés; il en était de même de ceux de Cunes, à l'embouchure du Vulturne; les sables du fleuve Bélus, le berceau présumé du premier verre, ont joui pendant bien des siècles d'une réputation universelle; si bien qu'au moyen âge les Vénitiens avaient encore l'habitude d'en lester leurs navires pour approvisionner leurs verreries de Murano.
Les verres les plus appréciés chez les Romains étaient blancs et imitaient le cristal de roche*; on les préférait pour les usages de la table aux vases d'or et d'argent. Mais les verres de couleur étaient également fabriqués par eux en grande quantité.
Parmi les verres antiques les plus célèbres qui ont résisté à l'action destructive du temps et des hommes, nous citerons le vase de Naples, conservé dans le Muséje de Naples; le vase de Portland, du Brilish Muséum^ et le vase réticulé, qui existait avant la guerre de 1870 dans la bibliothèque de Strasbourg. Ces vases , qui sont probablement d'origine grecque, sont représentés dans les figures 52, 53 et 54.
1. Maximus honos in candido Irçinslucenlibiis quam proxima crystalli similitudine. (Pline.)
Le vase de Naples (fig. 52) a été trouvé en 1839 dans un sépulcre de Pompéi; connu sous le nom de rase de Aaples, il est exposé dans le musée de celle ville. Sa hauteur esl de 30 ceniimètres; les figures