‹ Le verre, son histoire, sa fabricationChapitre 43 sur 58 · WM · texte numérisé non relu

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en relief, en émail blanc, d'un dessin et d'un fin' très-remarquables, paraissent avoir été ciselées dans une couche de verre blanc qui recouvrait la masse vitreuse qui est transparente et d'un bleu foncé. Le pied de ce vase a été cassé. Quelques auteurs pensent que cette amphore a été faite pour être montée sur un socle en métal. On fait remonter sa fabrication au règne de Trajan.

Le vase (fig. 53), désigné successivement par les archéologues sous les noms de vase Barberini et de vase de Portland, a été pendant plus de deux siècles le principal ornement du palais des princes Barbe-

Fig. 53. ~ Vase de Pontand

rini, à Rome; il a été adjugé dans une vente à la duchesse de Portland pour le prix de 1,800 guinées (16,800 fr.). Déposé au musée de Londres, il y a été brisé en mille morceaux par la canne d'un fou; mais il a été rétabli avec une incroyable habileté.

Ce vase unique, qui est présumé de l'époque des Antonins (l'an 138 environ avant Jésus-Christ), a été trouvé, vers le milieu du xvi* siècle, aux environs de Rome, dans un sarcophage en marbre qu'on suppose être celui d'Alexandre Sévère.

Il est orné de figures blanches opaques, en relief, qui se détachent sur un fond bleu foncé. Avant que sa véritable nature fut établie, plusieurs auteurs l'ont décrit comme étant un camée antique en pierre dure, en onyx, en calcédoine ou en améthyste; le dessous du pied de ce vase est également gravé.

C'est un verre à deux couches, admirablement gravé. Le sujet qui le décore a donné lieu à de nombreuses controverses. Un archéologue autorisé, Millingen, suppose qu'il représente le mariage de Thélis

Fig. 51. — Vaso de Strasbourg.

et de Pélée. Beaucoup de copies de ce vase en porcelaine de Wedgwood existent en Angleterre.

Le vase de Strasbourg (fig. 5fi) témoigne, par la difficulté de la fabrication, d'un art très-avancé. La

coupe est entourée d'une sorte de réseau en verre rouge; elle porte une inscription en verre vert qui, bien qu'incomplète, le haut du vase ayant été cassé par maladresse, permet de reconnaître le nom de MAXIM lANVS AVGVSTVS ; c'était probablement l'empereur romain Maximilien Hercule, mort à Marseille en 310. Ce vase a été trouvé, en 1825, dans un cercueil déterré par un jardinier auprès des glacis de Strasbourg. 11 n'est nullement établi, d'ailleurs, ainsi que l'ont avancé plusieurs auteurs, que ce vase soit de fabrication gauloise.

Parmi les découvertes faites dans ces derniers siècles dans diverses parties de l'Europe, on admire des coupes en verre admirablement taillées à jour. La plupart ont été trouvées dans des tombeaux. C'étaient les vasa diatreta des Romains. Chacun de ces vases portait, au gré de son possesseur, une inscription latine ou grecque, en lettres de verre, distantes d'un centimètre environ de la coupe à laquelle elles étaient fixées par de petites colonnes droites ou obliques : une ou deux bordures, merveilleusement taillées à jour et ne formant comme l'inscription qu'un tout avec le verre, complétait l'ornementation de ces vases.

Ces verres, ainsi que les vases irisés, imitant repaie, qu'on appelait allassontes^ étaient fort recherchés et d'un prix très-élevé; parfois ces derniers ont été donnés en présent par des empereurs romains à de hauts personnages ou à des membres de leur famille. On lit dans une lettre adressée par l'empereur Adrien, mort en 138, au consul Servien,

son beau-frère : « Je t'envoie des vases irisés de diverses couleurs que m'a offerts le prêtre du temple; ils sont spécialement destinés à toi et à ma sœur pour l'usage des repas, les jours de fête; prends garde que notre Africanus ne les casse. »

Plusieurs vases diatreta^ dont la fabrication date de quinze à dix-huit siècles, sont conservés entiers ou en fragments au Cabinet impérial de Vienne et au Musée de Pesth * ; les Romains attachaient à leur possession une importance particulière; car il en est fait mention dans le code de Justinien. On lit, en effet, dans le Digeste :

« Si tu as donné à faire un vase diatretum et si il est cassé par maladresse, il sera tenu compte du dommage causé ; mais si il n'est pas cassé par maladresse, mais parce qu'il était déjà fêlé, l'excuse peut être admise ^ »

Quant aux vases irisés, il est difficile de dire aujourd'hui quels étaient leur nature et leur mode de

1. Le docteur Pantohsck, de Zlatno (Hongrie), en s'inspirant de la vue de ces précieux spécimens, avait envoyé aux Expositions uni-

, verselles de Paris et de Vienne une imitation de vase diatretum qu'il était parvenu à reproduire à la suite d'essais restés longtemps infructueux; cette pièce unique, d'une fabrication très-distinguée, était estimée par lui 10,000 fr.; aucun tailleur de cristaux n'avait voulu entreprendre ce travail : ce vase était le seul qu'il ait pu terminer sans accident sur trente-quatre pièces brutes qu'il avait fait souffler par le plus habile ouvrier de la verrerie de Zahn, à

Zlatno.

2. Si calicem diatretum faciendum dedisti, si quidem imperitià fragit, damni injuria tenehitur; si vero non imperitià fragit, sed rimas habuil vitiosas, potesl esse excusatus. (Code de Justinien. Ulpien., Dig., 9, 2, 27, ad finem.)

VERRERIE DE LUXE ET VERRERIE COMxMUNE. 319

fabrication; à moins qu'en raison de la composition défectueuse de leur verre, les anciens ne soient parvenus à développer à volonté et rapidement sur leurs produits cet aspect chatoyant et irisé que le temps a donné à un grand nombre de verres retrouvés dans leurs monuments funéraires.

On peut invoquer aussi, en faveur de Fliabileté des verriers de l'antiquité, le témoignage de Pline. L'historien latin s'emporte contre le luxe scandaleux de l'édile Marcus Ëmiiius Scaurus, lequel, du temps du grand Pompée, fit construire un immense théâtre soutenu par trois rangs de colonnes ; le rang du milieu était en verrez Entre les colonnes étaient placées 3,000 statues en bronze. Le même auteur raconte que, sous le règne de Tibère, on imagina une mixture qui donnait un verre malléable et que toute la fabrique de l'artiste fut détruite pour empêcher l'avilissement du cuivre, de l'argent et de l'or. « Ce bruit, ajoute-t-il, a été longtemps plus répandu que le fait est certain; mais qu'importe? Du temps de Néron, on a trouvé un procédé de vitrification qui fit vendre 6,000 sesterces (1,260 fr.) deux coupes assez petites qu'on nomme ptérotes (ailées) . »

Tous ces témoignages mettent hors de toute contestation l'incomparable habileté des anciens verriers, a Mais, dit M. H. de Fontenay dans les notes qu'il m'a remises, ces spécimens, types des diverses

\ . Prima pars scenœ e marmore fuit ; média e vitro, inaudito etiam postea génère luxuriœ.

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formes que Tart antique a su revêtir et qui nous en donnent une si haute idée, ne suffisent pourtant pas à éclaircir certains textes dans lesquels sont mentionnés et décrits des verres tout différents, plus estimés encore et dont il ne nous reste aucune trace. De ce nombre étaient les vases murrhins que fabriquaient les Parthes* et aussi les petites coupes « ptérotes » (ailées) qui se vendaient, sous Néron, 6,000 sesterces la paire; suivant M. A. Deville, ces verres étaient d'une grande ténuité et Tépithète d' « ailés » ne leur était donnée qu'à cause de leur extrême légèreté. Nous ferons remarquer, d'une part, que le verre mince était désigné par les Romains sous le nom de nuage de verre, nimbus vitreus (Martial, ép. 112, liv. IV); d'autre part, que la fabrication des verres minces ne présente pas de grandes difficultés; on rencontre dans les fouilles nombre de fragments ayant appartenu à des verres très-minces; ceux-ci n'étaient pas rares à Rome, surtout ceux en moulé soufflé. Les petites coupes dont parle Pline avaient certainement d'autres mérites qu'une légèreté qui ne suffit pas pour expliquer leur prix. Aussi l'opinion de M. A. Deville ne nous parait pas trèsplausible et nous sommes plutôt porté à croire que ces verres étaient des objets artistiques, dans le genre des verres de Venise, garnis d'anses ou de supports en forme d'ailes. »

On fabrique, dit Pline, un verre rouge teint dans

1. D'après divers auteurs, les vases murrhins étaient en spath fluor, en opale ou en ambre. On sait, par les récits de Pline, la valeur énorme que leur attribuaient les Romains.

la masse « totum rubens viti^m » et opaque appelé verre hématîn, « atque non translucens hœmatinon appellatum ».

Le musée du Louvre a acquis récemment un petit vase en verre hématin, trouvé dans les fouilles de Constantine, qui répond exactement à la description de Pline. On voit aussi au musée de Sèvres de petits cubes de mosaïque provenant du temple de Jupiter à Rome, qui sont aussi en verre hématin.

Enfin M. BuUiot a découvert au mont Beuvray de nombreux fragments de ce même verre, dont les Gaulois se servaient pour émaiiler leurs bronzes \

Ces trois échantillons, de provenances si diflérentes, mais de même composition chimique, montrent que cette sorte de verre, que nous ne connaissons plus, était appliquée par les anciens à plusieurs usages.

La plupart des couleurs mises en œuvre par la

i. MM. Bulliot et H. de Fontenay ont publié récemment un travail fort intéressant sur VArl de Vémaillerie chez les Édaens avant Vère chrétienne, 1875. La composition qu'ils donnent de Témail des orfèvres gaulois est la suivante :

Silice 42,89

Oxyde d'étain 2,25

Oxyde de plomb 28,30

Oxydate de cuivre G,41

Alumine 2,75

Oxyde de fer ^ , 2,45

Chaux 8,28

Soude (par diff.) 6,67

100,00 Peligot, Le Verre, 21

verrerie moderne étaient connues des anciens; ils connaissaient même le rose obtenu par l'or, coloration dont la découverte a été attribuée à tort à Kunckel. Nous avons dit que, pendant notre première révolution, Darcet sauva à grand'peine de la destruction des vitraux rouges qu'on voulait fondre pour en extraire l'or ; mais douze cents ans auparavant, un fait analogue s'était déjà produit. Grégoire de Tours, qui vivait au vi*' siècle, raconte qu'un voleur, s'étant introduit dans une basilique, en brisa les vitres, qu'il fit fondre, pensant y trouver de l'or; comme celles de Darcet, elles ne contenaient que du cuivre. Mais on voit que la croyance populaire était bien ancienne, et elle n'était pas absolument sans fondement; car, outre la tradition, nous avons des preuves apportées par des fouilles récentes qui ne laissent aucun doute sur la connaissance qu'avaient les anciens du mode de coloration des verres par l'or.

« L'art de la verrerie, ajoute M. H. de Fontenay. tombé en décadence sous les règnes de Gai lien et de ses successeurs, se relève quelque peu sous celui de Tacite. L'antique beauté des formes avait fait place à des conceptions bizarres ou priapiques. Martial nous apprend qu'on recherchait à Rome des verres appelés « verres de savetier », fabriqués d'après l'image d'une espèce de bouffon de Bénévent que Néron affectionnait particulièrement. Commode, comme plus tard le czar Pierre le Grand, aimait à boire dans des coupes en forme de phallus. Ailleurs nous lisons qu'Héliogabale offrit un jour à ses para-

VJiRRERïE DE LUXE ET VERRERIE COMMUNE. 3Î3

sites affamés un festin composé de mets de verre, imitant à s'y méprendre les mets naturels. Nous nous bornons à ces exemples, qui témoignent tout à la fois de la décadence des mœurs et de Vhabileté extraordinaire des ouvriers de l'empire romain. »

Pour compléter ces indications sommaires sur la verrerie dans l'antiquité, il est bon de constater quelle était la position sociale des ouvriers verriers. (i Nous saurons ainsi, dit M. FillonS d'où sont venues les prétentions à la noblesse qu'ils émirent au moyen âge et quelle fut la cause de la persistance sur plusieurs points de la fabrication du verre durant une longue série de siècles. »

<( Une loi de Constantin I", de l'an 337 (C. ad. Maximum)^ avait compris le vitriarii parmi les trente-cinq professions exemptes de toutes charges publiques, sans faire aucune différence entre elles. C'étaient : les architectes {architecti) ^ les lambrlsseurs {laquearii), les ouvriers en argent {argenlarii) ^ les médecins {medici)^ etc., etc. Les exemptions accordées à ces diverses professions avaient seulement pour but, dans la pensée du législateur que touchait l'intérêt général, de faciliter à ceux qui les exerçaient les moyens de devenir plus habiles et d'initier leurs enfants aux pratiques de leur art. Mais ce principe reçut, dans la suite des temps, certaines interprétations qu'on était loin de prévoir lorsqu'on le mit en

i . IJarl de terre chez les Poitevins, suivi d*une élude sur Vanciemieté de la fabrication du verre en Poitou, par Benjamin Fillon. 186/i.

pratique. Chaque métier devint le patrimoine exclusif d'un nombre limité de familles... Ce fut ainsi que les verriers, protégés par l'espèce de solidarité qui semble avoir existé entre eux dans toute la Gaule et par l'isolement de leur existence au fond des bois, conservèrent, à travers huit siècles d'invasions étrangères et de révolutions sociales, la qualité d'ingenui, d'hommes libres, et se trouvèrent ensuite, dans diverses régions de l'Europe, faire naturellement partie de la classe noble, parce qu'ils en avaient déjà les immunités... Les ouvriers en verre ne maintinrent pas sans peine leur position au milieu de la société féodale, qui considérait tout travail comme servile. Aussi les vit-on rarement s'éloigner beaucoup du lieu où leur noblesse avait reçu la consécration de la notoriété publique. Certaines fabriques furent exploitées, pendant des centaines d'années, par des générations successives des mêmes familles. »

11 n'est pas sans intérêt de faire remarquer que, bien des siècles plus tard, les motifs qui avaient donné aux verriers une position sociale exceptionnelle étaient encore invoqués en faveur du maintien de leurs privilèges : Dans les lettres patentes du 24 septembre 1647, qui concèdent au maréchal de Villeroy le privilège général précédemment accordé au duc d'Amville pour V estahlissement de verreries, glaceries et esmailleries dans le royaume de France pendant vingt années, le roi rappelle « que ses prédécesseurs se sont attachés à faire fleurir les arts et les sciences par l'introduction des manufactures.

afin de rendre leurs états plus indépendants des royaumes voisins. »

« Entre lesquelles manufactures l'Art de la Verrerie leur ayant semblé un des plus nobles et des plus excellents, ils auroient voulu, pour le rendre d'autant plus estimable et exciter davantage leurs Sujets à s'y perfectionner, attribuer aux Maistres et ' Ouvriers d'iceluy, plusieurs privilèges et franchises; mesme l'auroient choisi pour servir d'une retraite honorable aux Gentils-hommes, à qui pour cet effet, ils auroient permis de travailler audit Art sans dérogera leur Noblesse. Et parce qu'il ne peut être exercé (Fart de la Verrerie) que dans les forests dont la conservation est utile à l'Estat, et qui sont pour l'ordinaire esloignées de la veue des luges et du commerce des hommes; ils se seroient réservés, afin d'empescher les abus qui s'y pouvoient introduire, le pouvoir de faire establir lesdites Verreries par ceux qu'ils en jugeroient dignes, et les auroient par ce moyen rendues dépendantes de leurs domaines : A quoy ils auroient adjousté plusieurs ordonnances et règlements, etc. etc. »

Ces lettres patentes étaient octroyées dans le but de réglementer Tart de la verrerie, qui était tombé dans une grande décadence « estant exercé par gens roturiers et estrangers qui ne donnent l'accès de leurs verreries qu'à des personnes de leurs estoffes, et en refusent l'entrée aux Gentils-hommes incommodés de biens, lesquels seroient bien aises de s'occuper dans une profession qui leur fust utile et dans laquelle ils puissent conserver leur noblesse » .

En terminant cette appréciation de la verrerie ancienne, il n'est pas superflu de faire observer que les anciens ne connaissaient le verre que sous la forme d'objets de luxe d'une grande valeur.

figurant dans leurs fêles, servant à décorer leur palais et les temples des dieux; ces objets éiaieo déposés, comme hommages pieux, dans la tomb des morts; sans cette coutume, que les disciple du Christ ont à leur tour empruntée aux paifens, aiicui de ces verres antiques que nous admirons ne serai

Fig. S5. — Verreiie» grecquei

venu jusqu'à nous. Ainsi, pour les anciens, le venl de même que les poteries, avait un mérite puremei artistique. La verrerie usuelle, qui, par son bas pii et par la variété de ses formes, a pénétré dans loi nos ménages, leur était absolument inconnue. Oui peut indiquer d'une manière précise l'époque laquelle le verre devint réellement commun; i moyen âge, Venise ne produisait encore que i

objets de luxe. Il semble probable que les verreries de la Gaule et celles de la Bohême ont beaucoup contribué par le bon marché de leur fabrication à vulgariser Temploidu verre.

Verrerie chrétienne. — Le christianisme naissant, ayant pour règle la simplicité, évita les raffinements décoratifs dans les ustensiles de verre. Le calice de Tautel, d'abord en bois, fut fabriqué en verre, sous le pape Zéphirin (197-217). Néanmoins Tusag^e des calices en verre fut interdit par le concile de Reims en 803 : plusieurs de ces vases sacrés ont été conservés et sont décrits par Seroux d'Agincourt dans son Histoire de l'art par les monuments. On a rencontré dans les catacombes des premiers chrétiens un grand nombre de vases en verre, notamment des lacrymatoires ou des urnes funéraires; ces objets portent souvent des inscriptions gravées ou moulées en relief.

Un genre de décoration, déjà en usage chez les païens, et qui fut continué pendant le moyen âge jusqu*au xiv* siècle pour renaître en Bohême au xvm% était fréquemment employé par les verriers chrétiens des premiers siècles. « Sur une feuille d'or appliquée au fond d'un verre à boire, on traçait légèrement, avec une pointe très-fine, des lettres ou bien on dessinait des figures... on appliquait par-dessus une couverte de verre, de manière que, soudé au feu l'un contre l'autre, les verres laissaient voir les figures et les inscriptions (d'Agincourt). »

Ce même procédé a été souvent et est encore em-

3S8 LE VBRRE.

ployé pour les petits cubes de verre doré, servant à faire les mosaïques.

D'Âgincourt et Boldetti ont décrit des coupes ainsi faites, qui servaient probablement pour les agapes, dans le fond desquelles est représentée la figure du Christ, celle des principaux apôtres, la résurrection de Lazare, etc.; on a découvert pareillement, dans l'église Sainte-Ursule, à Cologne, toute une série de vases à sujets bibliques dans le genre de ceux qu'on a trouvés dans les catacombes.

A la verrerie chrétienne il convient de rattacher le singulier vase en forme de poisson trouvé dans un polyandre et déposé au musée d'Autun. La

du musée d'Auiuu.

figure 56 représente ce vase d'après une photographie que je dois à M. de Fontenay.

Le poisson, dont le nom grec est le monogramme du Christ, était, comme on sait, le symbole du chré- Uen des premiers âges. On suppose que ce vase servait soit à baptiser, soit à contenir les saintes huiles.

VERRERIE DE LUXE ET VERRERIE COMMUNE. 3t9

Verrerie de la période romano-gauhise. — Plinô :îous apprend que des verreries à l'imitation de celles de Rome existaient de son temps dans la Gaulé et en Espagne. Les fouilles ont, en effet, mis à découvert, sur divers points, d'anciens verres de l'époque galloromaine. L'une des plus importantes, celle d'Arles, a fourni à M. Quicherat l'objet d'un travail fort intéressant. {Revue archéologique^ juillet i874.)

Les verroteries d'Arles recueillies en très-grand nombre sur le même emplacement, à la pointe du Delta du Rhône, sont de beaucoup postérieures à la Conquête; antérieurement, les Gaulois connaissaient le verre ; mais il ne parait pas qu'ils s'en servaient pour fabriquer des produits usuels.

Parmi les verreries extraites des tumulus celtiques, les uns sont de provenance phénicienne, notamment celles des menhirs de Carnac (Morbihan), les autres sont grecques; d'autres sont gauloises; les ornements quadrillés, composés de lignes droites ou brisées en chevrons, sont caractéristiques pour ces dernières. On en a trouvé en France dans d'autres localités et aussi en Autriche dans le riche polyandre celtique de Hallstadt.

Les Gaulois se servaient de boules de différentes couleurs qui désignaient les rangs et les classes : ces boules se retrouvent en assez grande quantité dans les dolmens, les menhirs et les oppidum; avec quelques bracelets, elles constituent tout ce qui nous reste de la verroterie gauloise ; néanmoihs la connaissance qu'avaient les Gaulois de la nature du verre, de la manière de le colorer et de lui donner l'opa-

cité, ressort clairement des objets en émail hématin appliqués sur bronze, ainsi que des fours, ustensiles, déchets de fabrication, etc., trouvés dans les fouilles de Voppidum du mont Beuvray; ces objets, ainsi que ceux qu'on rencontre journellement dans les sépultures, démontrent que, contrairement à l'opinion de Loysel, l'industrie verrière existait chez les Gaulois.

« Toutes les fois qu'on rencontre dans notre sol un cimetière de cette période, on est assuré d'y trouver, si petit qu'il soit, un nombre considérable de vases de verre, de formes variées et parfois d'un travail très-soigné... Le territoire des Pictons, pays très-boisé et très-bien pourvu des matières premières qui servent à composer le verre, en a, par exemple, possédé plusieurs dont l'emplacement est encore désigné soit par des dénominations caractéristiques, soit par la présence de scories vitreuses, de restes de fourneaux ou de fragments de creusets... les lieux nommés jadis Verreria, Vitreria, Verreriœ, Vitrinœ, appelés depuis la Verrerie, les vieilles Verreries, la Voirie, Verrières, Voirières, Verrines, etc., ont dû leurs dénominations à des manufactures de verres, dont plusieurs remontent au n* ou au m*' siècle. » (M. Fillon.)

Les localités de l'ancien Poitou où l'on a trouvé le plus de verres antiques sont Poitiers et Écuré, dans la Vienne, et Rezé, dans la Loire-Inférieure. La plus ample moisson provient du tombeau de /a femme artiste de saint Médard-des-Prés, qui date du milieu du m^ siècle. Il en contenait à lui seul près de 80. M. Fillon a donné, dans le chapitre de Poitou

VERRERIE DE LUXE ET VERRERIE COMMUNE. 33f

et Vendée, la description détaillée de cinquante-six de ces vases et la gravure des principaux types. Le verre en est verdâtre, parfois bleuâtre et d'une médiocre transparence : il est de même nature que celui de nos bouteilles: Parmi ces verres, quelques-uns sont en émail ou en cristal à base de plomb; néanmoins, comme l'analyse complète de ces verres n'a pas été faite, il n'est pas bien établi, ainsi que nous le dirons plus loin, que nos ancêtres connaissaient le cristal, bien que les émaux riches en plomb, servant à faire des imitations de pierres précieuses, des perles pour bracelets, des incrustations dans le bronze, etc., leur fussent connus. D'autres verres sont bleus ou jaunes; quelques-uns sont translucides, ou présentent des dessins ou des torsades eu émail rouge, vert ou bleu.

Les verres avec ornements en relief, provenant des fouilles de Rezé, rappellent, quant au procédé de fabrication, le fameux vase de Portland. Mais le monument le plus curieux qu'ait fourni le sol poitevin est, sans contredit, la coupe de verre jaune, orné de combats de gladiateurs, trouvée dans une sépulture de gladiateur au Cormier (Vendée), dont le dessin est représenté page 332 (fig. 57).

Cette coupe est en verre moulé; des bavures qui se sont produites aux points de jonction du moule indiquent que celui-ci était de deux pièces. Au-dessus de chaque figure de gladiateur est son nom. 11 y en a huit : COLVMBVS CALAMVS, HOLES, etc.

Des coupes analogues ont été découvertes aux environs de Chambéry, à Autun, à Trouville-en-Caux,

 Hartiip, dans le comté de Kent (Angleterre) . II en existe aussi des spécimens au cabinet des antiques de Vienne, en Autriche et à Wiesbaden. La ressemblance frappante de fabrication et de style qui apparaît dans toutes ces coupes indique qu'elles ont été faites sur un modèle convenu et qu'elles avaient une destination déterminée. Les sujets

qu'elles représentent, assauts de gladiateurs, jeux du cirque, courses de chars, rappellent les hauts faits de combattants et d'automédons aimés du public, et que leur courage, leur force ou leur adresse avaient rendus célèbres. Tout démontre donc qu'elles étaient offertes, à titre de récompense, k ceux qui marchaient sur la trace de ceux-là. Elles doivent remonter au i'' ou au n' siècle. Reste à savoir en quel pays elles ont été faites. (M. Fillon.) Ces coupes étaient robjei d'arC qu'on donne aujourd'hui dans nos concours hippiques, agricoles et autres.

Verrerie juive. — Dans le Traité des eaux et fon^ laines, de Bernard Palissy, on lit ce qui suit : « Aucuns disent que les enfants d'Israël ayant mis le feu en quelques bois, le feu fut si grand qu'il échauffa le nitre avec le sable jusque à faire couler et distiller le long des montagnes et que dès lors on chercha l'invention de faire artificiellement ce qui avait esté fait par accident pour faire le verre. » C'est, comme on voit, une variante de la légende de Pline ; mais il n'en est pas moins certain que les Israélites savaient fabriquer le verre bien avant Père chrétienne.

Eraclius, dans son traité : Quomodo pingiiur in vitro, parle du verre de plomb, qu'il appelle le verre juif {plumbum vitrum, judœum scilicet). Au moyen âge, les Juifs se livraient, surtout en Italie, à une sorte d'industrie clandestine consistant à imiter les pierres précieuses naturelles. Certains auteurs ont conclu delà qu'il faut accorder aux Juifs l'invention des verres à base de plomb. Mais M. H. deFontenay, en analysant le verre hémaiin, d'une origine différente et bien plus ancienne, a constaté que ce verre renferme aussi beaucoup de plomb; d'un autre côté, Pline insiste sur ce fait qu'il était très-difficile de distinguer les pierres vraies d'avec les fausses que l'on fabriquait à Rome en grande quantité; ces dernières, ajoute-t-il, étaient néanmoins plus tendres : ces imitations ne pouvaient guère être faites qu'en ajoutant à la composition de grandes quantités de plomb.

Les verreries de la Palestine subsistèrent pendant une très-longue période, et miss Martineau, dans ses voyages, en retrouve encore à Hebron. L'ancienne

verrerie juive a beaucoup de rapports avec la verrerie vénitienne; ce sont les Juifs qui ont apporté cette industrie à Venise; c'est à eux qu'on doit la conservation de la plupart des procédés de la verrerie des anciens.

Verrerie chez les Grecs du Bas-Empire. — Lorsque Constantin transporta le siège de l'empire à Byzance, il appela les artistes les plus renommés en tous genres et notamment des verriers qui, de Rome, vinrent dans cette ville. Les verriers furent exemptés de tout impôt personnel par une loi du code Théodosien. Au \^ siècle, dans l'énumération des présents envoyés par l'empereur romain Lécapène à Hugues, roi d'Italie, figurent des vases de verre à côté de coupes en agate et en onyx. Des verreries existaient à Thessalonique, en Macédoine et aussi à Alexandrie et en Phénicie. Après la conquête arabe, elles continuèrent à prospérer, et, pendant tout le moyen âge, les établissements d'Orient, arabes ou byzantins, furent seuls en possession de la fabrication des verres de luxe et en particulier des vases dorés et émaillés.

Les produits des verreries grecques, comme ceux de la Syrie et de l'Egypte, étaient désignés au moyen âge sous le nom générique de verreries de Damas.

Verreries du moyen âge et de la renaissance. — Bien que la fabrication du verre ait perdu beaucoup de son activité à partir de la seconde moitié du iv* siècle, un certain nombre de vases d'une fabrication assez

VERRERIE DE LUXE ET VERRERIE COMMUNE. 33fl

distinguée ont été recueillis dans diverses localités, notamnaent dans les cimetières mérovingiens.

Les musées de Saint-Germain, de Rouen, de Nlnies, renferment beaucoup de verres, la plupart, à la vérité, d'une teinte verdâtre et d'une fabrication assez vulgaire, dont la fabrication toute locale remonte à l'époque mérovingienne.

Il en fut ainsi en France pendant toute la durée du moyen âge. Les vases décorés venaient de l'Orient et provenaientdesfabriquesjuives, arabes ou byzantines.

Parmi les objets remarquables par leur fabrication, mais dont l'origine est incertaine , on peut citer une coupe en verre transparent , vert foncé, avec filets et bordures jaunes, décrite par M. Fillon; le mot inscrit en relief sur la panse est formé de baguettes et

d'émail blanc. Elle a été trouvée, en 1862, dans le cercueil d'une femme, à Grues (Vendée), avec plusieurs autres objets en verre. Sa fabrication remonte, selon toute probabilité, à la seconde moitié du vi* siècle.

Au temps de Saint-Louis, on se servait de vases de verre pour les usages de la table. « Le comte d'Eu dressait sa Bible du long de noslre table et nous brisait nos pos et nos vouerres. » (Joinville.)

Au J.U* siècle, les verreries de Vendôme (Loir-et- Cher) avaient déjà un certain renom ; celles de Flandres et de Montpellier sont mentionnées dans

les chroniqueurs, les comptes royaux et les inventaires. Vers la même époque, Humbert I" imposait aux verriers du Dauphiné certaines redevances annuelles moyennant lesquelles il leur accordait pleine protection.

Beaucoup de verreries , dont plusieurs sont encore en activité, furent fondées pendant le xiv* et le XV' siècle. Chaque province mériterait une histoire particulière, ainsi que cela a été fait pour le Poitou par M. Fillon, et par M. l'abbé Cochet pour la Normandie.

A mesure que nous nous rapprochons des temps modernes, les documents écrits se multiplient et leur nombre dépasse de beaucoup celui des verres qui sont venus jusqu'à nous ; en ce qui concerne le Poitou, M. Fillon cite une foule de chartes et de lettres antérieures au xv* siècle, qui établissent l'importance des verreries dans cette province. Sous le règne de Henri II, les verreries se multiplièrent et les manufactures du Poitou eurent à soutenir la concurrence de celles du Limousin, de rAngoumois et de la Saintonge. Au nombre des verres de celte époque, M. Fillon mentionne un drageoir dont le pied et le bord du plateau sont bleus, tandis que le reste est blanc avec des ornements qui sont exécutés en or-, l'écusson royal de France, peint au milieu du plateau, a été calqué sur celui d'un écu d'or du temps de Charles VIll. 11 donne aussi le dessin d'un joli verre à côtes, avec lettres en émail blanc en relief. Ce verre parait dater de la première moitié du règne de François 1". L'industrie du verre

existait en même temps en Normandie; elle y avait pris un assez grand développement.

Quant aux appareils et aux procédés pour travailler le verre, ils ont peu varié dans leur ensemble, tout en recevant du temps et de l'expérience des perfectionnements considérables. La figure 59 est un fac-similé réduit de l'intérieur d'une verrerie; il est tiré de l'ouvrage d'Agricola de re metallicâ imprimé à Bâle en 1556. Ce curieux dessin a été copié plus tard, sans indication d'origine, par Neri et par Haudicquer de Blancourt.

Verreries de Venise. — Pendant les xi^ et xii® siècles, Venise s'enrichit beaucoup par son commerce avec rOrient, et ses relations continuelles eurent de grands résultats en ce qui concerne la verrerie. Au dire des historiens de Venise et en particulier de Carlô Marin, les verreries étaient presque contemporaines de la fondation de la ville. La République, ayant participé à la prise de Conslantinople par les Latins (1204), chercha, avec l'esprit commercial qui l'animait, à tirer tout le parti possible de sa victoire en faveur de ses industries naissantes. Les verreries de l'empire d'Orient furent visitées par les agents de la République, et des ouvriers grecs furent attirés à Venise. Sur la fin du xiii* siècle , les manufactures de verre se multiplièrent tellement dans la ville et les incendies devinrent si fréquents qu'un décret du Grand -Conseil obligea tous les propriétaires à éteindre leurs fours et à transporter leurs usines hors des murs. C'est alors que fut choisie l'île de

Pbligot^ Le Verre, 22

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Fi^. 50. — Four de Tcir^'rie du xn' siècle.

Murano. En peu d'années, elle se couvrit d'un nombre considérable de verreries de tous genres, principalement de fabriques de verroteries et de bijouterie de verre. C'est à l'instigation du célèbre voyageur Marco Polo que les Vénitiens se livrèrent bientôt à la fabrication presque exclusive de ces produits. Marco Polo, de retour à Venise dans les dernières années du xiii^ siècle, enseigna à ses concitoyens les routes à suivre pour répandre les produits de leur industrie dans l'Asie centrale, dans rinde et jusqu'en Chine. Cette fabrication des perles de conterie nuisait alors beaucoup à celle des verres de luxe, et, à cette époque (1400), c'était encore de l'Orient qu'on tirait tous les verres colorés, dorés ou enrichis d'émail.

La prise de Constantinople (1/153) par les Turcs amena l'émigration d'un grand nombre d'artistes grecs, qui vinrent s'établir à Venise; dès lors, la fabrication des verres prit une nouvelle direction, et la beauté, comme la variété des produits vénitiens, excita bientôt l'admiration universelle.

Vers le milieu du xvi* siècle, l'invention des filigranes en verre blanc opaque, contournés en mille dessins variés, vint encore ajouter à la faveur dont jouissaient les verres de Venise, et le gouvernement, jaloux de ces succès, prit les mesures les plus sévères pour empêcher que, par l'émigration des ouvriers, les procédés qu'ils employaient fussent connus au dehors. On sait que ces mesures étaient topiques. Nous avons donné, à propos des glaces, le texte d'un

décret de Tlnquisition d*État, copié par M. Daru dans son Histoire de la République de Venise. L'auteur ajoute que, dans un document déposé aux archives étrangères, on trouve deux .exemples de l'application de ce décret à des ouvriers que l'empereur Léopold avait attirés en Allemagne.

Si la République était sévère pour ceux qui trahissaient les secrets de son industrie, elle comblait de faveurs les ouvriers qui obéissaient à ses prescriptions. Ainsi, les verriers n'étaient pas classés parmi les artisans. Les nobles patriciens pouvaient épouser les filles des verriers de Murano sans déroger en aucune façon et les enfants qui naissaient de ces unions conservaient tous leurs quartiers de noblesse. Lorsque Henri III vint à Venise en 1573, émerveillé de l'habileté des ouvriers et ébloui par la beauté des produits qu'ils fabriquaient, il accorda la noblesse aux principaux maîtres verriers de Murano. En 1602, le Sénat confirmait un arrêté de la commune de Murano qui avait institué un livre d'or, à l'instar du Libro d'oro nobiliaire, à l'effet d'y inscrire les familles originaires de Murano.

« Protégés par des lois sévères, investis de grands privilèges, les verriers de Murano s'élevèrent au rang d'artistes distingués. Leurs vases émaillés du xv* siècle, leurs coupes et leurs aiguières à ornementations filigraniques du xvi% ne le cédèrent en rien pour la forme et la décoration aux plus beaux produits de l'antiquité, et l'Europe entière devint pendant deux cents ans leur tributaire.

Mais la mode s'étant portée au comiuencement du xviii* siècle vers la verrerie de Bohême, on ne rechercha plus que le verre taillé et à facettes, au grand détriment de l'élégance et de la légèreté des

Flg. 60. -^ Verres de Venise da Huaée de Cluaj'.

formes. La chute de Ja République, l'abolition des privilèges octroyés aux verriers de Venise, donnèrent le dernier coup à cette industrie, et les fabriques de 3Iurano ne s'occupèrent plus qu'à fabriquer des 4istensiles domestiques en verre commue '. »

1. Histoire des arti indmlrieh au moyen âge et h l'époque de ta renaissance, par M. Jules Labarte, membre de l'Institut; 2' édition, t. m, 3* et h* fascicules.

Verrerie de Bohême. — En Autriche, le verre forlïiait déjà, sous les empereurs saxons, une branche importante de commerce. Le livre des princes d'Enenchel mentionne les verriers figurant à la fête de Noël que les bourgeois de Vienne donnèrent en'1221 au prince Léopold. Dans la première moitié du XV* siècle, il existait en Allemagne des verreries où Ton s'efforçait d'imiter les produits de Venise, qui avaient alors une grande vogue. En 1428, un verrier de Murano, Onossorus de Blondio, avait établi une usine à Vienne. Un autre, en i486, Nicolas dit le Welche, demandait l'autorisation de fonder un établissement pour faire des verr.es à la façon de Venise; le conseil d'Etat accueillait sa demande et lui accordait même une exemption d'impôts pendant dix ans; sa verrerie, construite à Vienne dans les environs du Prater, était encore en activité en 1563. Une autre « à la mode italienne )) fut installée à Veidlingan, près Vienne, sous le règne de l'empereur Ferdinand P'. On faisait alors de grands efforts pour transplanter en Autriche l'industrie des Vénitiens : à cette époque, la vogue des produits italiens était immense en Allemagne et on cherchait, sans grand succès, à les imiter.

Au XVI® siècle, les verriers allemands commencèrent à suivre une autre voie, et leurs produits, d'un genre nouveau et original, vinrent contre-balancer l'influence vénitienne qui régnait seule depuis deux siècles. C'est vers l'an 1553 qu'on commença à fabriquer les Willkomm (appelés improprement Wiederkomm) en verre blanc ou vert, peints

avecdescouleursd'émail, ainsi que les menus objets en ronde bosse, ligures du Christ, formes d'animaux, etc., qui datent des xvi^ et xvu* siècles et qu'on rencontre en grand nombre dans les musées de Vienne, de JMunich et de Berlin. La fabrication des Wilikomm a cessé vers le premier quart du xvrii* siècle ; on a essayé de la ressusci ter en Bohême dans ces derniers temps ; mais ces imitations des anciens verres émaillés sont Ibrt grossières.

La première verrerie de la Bohême parait avoir été établie prèsdeSt-Georgenthal par Peter Berka; une autre fut fondée à Daubitz en li(i42; celles de Falkenau , près Steinschônau, et de Krubitz datent de 1604.

L'industrie du verre se répandit sur tout le territoire de la Bohême-, de

nombreuses usines s'établirent au milieu des forêts qui leur fournissaient le combustible, le quartz et la chaux ;^ beaucoup ont conservé encore aujourd'hui leur organisation toute primitive.

Flg 61 — n llkomiD de Bohême.

Dans la première moitié du siècle dernier, cette industrie prit un développement considérable, par suite de la patente que l'impératrice Marie-Thérèse donna aux fabricants de verre émigrant en Autriche. Les vastes forêts du Bôhmerwald et du Riesengebirg, avec leurs gisements inépuisables de quartz pur, devinrent les sièges principaux des verreries nouvellement fondées.

L'industrie de la Bohême s'affranchit peu à peu des formes vénitiennes : les formes et les profils de ses vases sont plus lourds ; mais les colorations sont beaucoup plus variées; la gravure à la roue, d'origine allemande^ a été portée à un haut degré de perfection. La prohibition absolue, qui a frappé jusqu'en 1860 les verres de Bohême, a beaucoup contribué à leur donner une réputation qu'ils ont perdue dès qu'ils ont pénétré librement sur notre marché; ils ont eu longtemps pour nous la saveur du fruit défendu. Néanmoins il est juste de reconnaître que, sauf pour les anciens Willkomm, et contrairement à ce ■qui est arrivé aux verreries de Venise, la fabrication allemande a constamment progressé sous le rapport de la pureté du verre et du mérite de la gravure.

Verrerie anglaise; cristal. — L'industrie du verre s'est développée tardivement en Angleterre. Bentham rapporte, d'après Bède, qu'en l'année 675 l'abbé de Vermouth, envoyant chercher en France des artistes capables de bâtir une église dans le style romain, fit venir aussi des ouvriers pour fabriquer les verres dont il voulait orner les fenêtres de cette

église, attendu que Fart du verrier était alors absolument inconnu en Angleterre *.

Une charte de 1399 mentionne un entrepôt des verreries de Venise à Londres, à la fin du xiv* siècle. Suivant Thomas Charnock (mort en 1557), des verreries existaient de son temps dans le comté de Sussex. La reine Elisabeth fit venir des verriers vénitiens ; Jean Quarré, d'Anvers, fut aussi appelé pour faire des miroirs « comme ceux de France ».

La gobeleterie était tirée de France, des Pays- Bas, mais surtout d'Allemagne. Néanmoins un document relatif à un verrier nommé George Longe, daté de 1589, rapporte que seize verreries existaient alors en Angleterre.

En J635, Robert Mannsell obtint un privilège pour l'application de la houille au chauffage des fours de verreries.

La révocation de l'édit de Nantes (1685) amena l'émigration d'un grand nombre d'ouvriers verriers qui vinrent s'établir en Angleterre et qui contribuèrent puissamment au développement de leur industrie dans ce pays. Dans la première moitié du xviii* siècle, les verres anglais étaient préférés aux verres de Bohême pour les usages de la table ; une révolution des plus importantes venait, en effet, de s'opérer dans l'industrie verrière ; le cristal^ verre à base de plomb, que les Anglais désignent sous le nom de flint-glass, venait d'être découvert chez eux et se substituait avec avantage aux verres ordinaires à

1. D'Agi ncourt, Histoire de Varl par les monuments, t. H, p, 1^3.

base de chaux et d'alcali*. Il est difficile d'établir d'une manière certaine la date exacte de cette substitution. Ce qui est certain, c'est que, vers 1665, le verre à base de plomb n'était pas encore fabriqué en Angleterre : on lit, en effet, dans les notes que le docteur anglais Merret a jointes à VArt de la verrerie de Neri et à l'occasion d'un verre plombeux dont on se servait sur le continent pour imiter les pierres précieuses: « Le verre de plomb n'est point en usage dans nos verreries d'Angleterre, à cause de sa trop grande fragilité... Si cette espèce de verre avait la même solidité que le verre cristallin, il serait supérieur à tous les autres, à cause de la beauté de sa couleur ». Nous avons vu que la substitution de la houille au bois, devenu rare en Angleterre, date de 1635; elle fut, d'après M. Bontemps, l'origine de la fabrication du cristal. « En employant le nouveau combustible, on dut bientôt s'apercevoir que ce verre était plus coloré que celui qu'on avait précédemment fondu avec du bois; l'effet de cette coloration dut

1. Le nom de cristal, que nous employons pour désigner le verre à base de plomb, était donné dans Tantiquité et au moyen âge aux produits taillés et gravés en cristal de roche ou quart hyalin (silice pure cristallisée). C'était pour les verriers un type d'éclat et de blancheur qu'ils s'efforçaient d'imiter. Lorsque les Vénitiens parvinrent à obtenir un verre presque aussi beau d'aspect, ils s'empressèrent de le nommer cristal de Venise ou verre cristallin. Dans l'inventaire des ducs de Baurgogne (1467), on lit : « Ung voirre cristallin couvert, garnj d'or » ; et dans celui de Gabrielle d'Estrées (1599) : « Un petit chaudron de cristallin de verre prisé xx'x sous » et « un grand mirouer de cristal de Venise garni d'ebeyne, prisé la somme dé 6 écus. ».

Le nom de cristal est encore donné dans les pays étrangers aux verres de luxe exempts de plomb.

être attribué à la houille, et les verriers cherchèrent par tous les moyens possibles à combattre cette influence colorante : c'est ainsi qu'ils arrivèrent sans doute à soustraire la matière en fusion au contact de la fumée de la houille en couvrant le creuset d'un dôme qui lui donnait la forme d'une cornue à col court; mais, en protégeant ainsi la matière en fusion, on s'aperçut aussitôt que celte matière ne subissait plus une température aussi élevée : il fallait prolonger la fonte et augmenter la dose du fondant, l'alcali ; il en résultait une autre cause de coloration et un verre d'une moindre qualité. C'est ainsi qu'on fut amené à ajouter, au lieu d alcali, un fondant métallique, Voxyde de plomb, qui fut employé en aussi grande quantité qu'on le put, sans produire une coloration tirant au jaune : non-seulement on obvia aux inconvénients de la houille et du pot couvert, mais il en résulta le verre le plus blanc, le plus parfait qu'on eût jamais obtenu, auquel le cristal de la Bohême le plus beau ne peut être comparé... Ce fut sans doute vers la fin du xvii* siècle que ce résultat fut produit; car, vers 1750, quand le célèbre opticien DoUond faisait ses premières expériences sur l'achromatisme, le flint-glass à base de plomb semblait être d'un usage courant pour les services de table. »

Tout en acceptant comme ingénieuse et comme vraisemblable cette explication de la découverte du cristal, j'ai eu occasion de faire remarquer* que le

i. Dans mon Rapport sur les verres et les cristaux de l'Expo^ sition universelle de Londres, en 1851^

cristal anglais n'avait pas à beaucoup près, dans l'origine, la perfection et la blancheur que lui attribue M. Bon temps ; il ne les a acquises que progressivement : c'est ce qu'on peut constater en examinant au Conservatoire des arts et métiers des spécimens de la fabrication anglaise, rapportés d'Angleterre par M. Christian, il y environ cinquante ans; ces cristaux sont sans éclat et d'une teinte noirâtre différente, il est vrai, mais presque aussi mauvaise que celle de nos verres communs. En remontant à une époque un peu plus éloignée, la fabrication anglaise était encore plus mauvaise. « Quelque florissantes que soient . leurs verreries, dit Bosc d'Antic, les Anglais ne doivent pas se flatter, avec John Cary, qu'elles soient portées à la plus haute perfection. Leur cristal n'est pas d'une belle couleur; il tire sur le jaune et sur le brun, pour peu que la couleur rouge de la manganèse domine. Il est si mal cuit qu'il ressue le sel, se crassit, se rouille promptement, est rempli de points et nébuleux. » (Mémoire sur la verrerie^ qui a remporté, en 1760, le prix proposé par l'Académie royale des sciences : Quels sont les moyens les plus propres à porter V économie et la perfection dans les verreries de France?). Ce n'est que lentement, et sous l'influence des perfectionnements apportés par la chimie à la purification de la potasse, au choix du sable et surtout du minium, que les cristaux anglais et français sont arrivés à devenir supérieurs aux plus beaux verres de Bohême, dont la teinte est toujours un peu jaunâtre et qui n'ont pas, d'ailleurs, à beaucoup près. à cause de leur faible densité, l'éclat du cristal.

La rareté du combustible végétal qui avait provoqué la fabrication du verre à base de plomb en Angleterre n'existant pas chez nous, ce ne fut qu'en i78/i qu'un four à cristal à pots couverts, d'après la méthode anglaise, fut établi à Saint- Cloud, près Paris, par M. Lambert; quelques années plus tard, cette usine était transportée à Montcenis, puis au Creuzot, sous le nom de verrerie de la reine: elle a cessé de travailler en 1827.

Vers la même époque, le cristal fondu au bois et à pots découverts était fabriqué dans la verrerie de Saint-Louis, dans le département de la Moselle que la guerre de 1870 nous a ravi. En 1787, le directeur de cette usine, M. de Beaufort, présentait à l'Académie des sciences différentes pièces à l'imitation du flint-glass des Anglais; un rapport de Macquer et de Fougeroux de Bondaroy, conservé dans les archives de cet établissement, constate la bonne qualité de ces produits. « On ne peut, disent en terminant ce rapport les savants académiciens, qu'encourager M. de Beaufort à suivre et à augmenter un objet de fabrication qui, probablement, procurera de l'avantage à notre commerce et pourra même devenir utile aux sciences. » Cette conclusion était, comme on voit, bien modeste et nullement compromettante pour TAcadémie. Un verre à boire en cristal anglais valait alors 3 livres ; la cristallerie le vendait 25 sous : il coûte aujourd'hui, en cristal beaucoup plus beau, 35 à &0 centimes.

Une autre cristallerie avait été fondée à Vonèche, . près de Givet, par M. d'Artigues, en 1800. Cet éta-

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blissement s'étant trouvé, par le traité de 1815, en dehors du territoire français, M. d'Arligues acheta à Baccarat la verrerie de Sainte-Anne, où l'on n'avait fait jusqu'alors que du verre à vitre et de la gobeleterie ordinaire, et transforma cet établissement en une cristallerie, qui passa en 1823 entre les mains d'une puissante Société : sous la direction successive de MM. Godard, de M. Toussaint, de M. Eug. de Fontenay, de M. Michaut, la cristallerie de Baccarat es! devenue une usine modèle, non moins remarquable par l'importance de sa production, la perfection et l'extrême variété de ses produits que par le bien-être qu'elle assure à ses nombreux ouvriers.

D'autres cristalleries, moins importantes que celles de Baccarat et de Saint-Louis, ont été fondées en France depuis un demi-siècle; parmi elles nous devons mentionner celle de M. Monot, à Pantin, et celle de MM. Maës, à Clichy, qui, longtemps dirigée par M. Maës père et par M. Clemandot, a pris dans le commerce de la verrerie de luxe une place des plus distinguées.

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