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CHAPITRE HUITIEME

Verres de montre.

La fabrication des verres de montre est de toutes les industries du verre celle qui a subi le plus de changements depuis une cinquantaine d*années. Quelques-uns de ses produits sont vendus à des prix extrêmement bas : Tusine de Gœtzenbruck, de MM. Walter-Berger et C*% livre à raison de ÛO, 50 et 60 centimes la grosse de très-petits verres de montre réclamés par l'industrie des jouets d'enfants de Nuremberg et par la bijouterie. On saitque la grosse (composée de 12 douzaines) contient 144 pièces*.

Autrefois les verres de montre étaient de simples

i. La verrerie de Gœtzenbruck est située dans la partie la plus boisée de notre ancien département de la Moselle ; elle avait reçu en 1721, du duc Stanislas, une affectation de chauffage qu'une loi de 1827 lui a retirée. Dès le commencement du siècle dernier, cetto verrerie avait une certaine importance pour la fabrication des verres de montre; elle tient depuis longtemps le premier rang pour cette industrie et pour celle des verres de lunettes. Elle occupe 1,200 à 1,500 ouvriers.

calolles de sphères découpées, au moyen d'anneaux en fer rougis au feu, dans de petits ballons soufflés avec des cannesdetrès-petite dimension. Ces calottes devaient avoir assez de flèche pour laisser libre le mouvement des aiguilles de la montre ; leur cassure étant irrégulière, elles étaient égrugées rapidement avec de mauvais ciseaux ; puis leurs bords coupants étaient usés au grès sur une plaque en fonte ou bien ils étaient taillés à la meule.

L'invention des montres à cylindres permit d'employer des verres beaucoup plus plats et rendît plus sensible l'inconvénient des verres bombés. Quelques horlogers de Paris firent des verres chevés pour les montres de luxe; ceux de Genève les imitèrent et arrivèrent à rendre cette fabrication réellement industrielle. A l'origine, ce genre de produit s'exécutait à l'aide d'une plaque ronde en verre ou en cristal, dans laquelle on creusait à la roue la cavité

nécessaire pour le passage des aiguilles : on ajustait le bord et on le taillait en biseau de manière à ce qu'il pût entrer dans la rainure ou drageoir du couvercle de la montre. En raison de la main-d'œuvre, ces verres coûtaient fort cher ; les horlogers les vendaient de trois à cinq francs la pièce.

On fit vers 1830 à Gœtzenbruck dés verres dits chevés d'une façon beaucoup plus économique, en soufflant des paraisons ayant la forme de petites fioles à fond plat; celui-ci, étant détaché, fournissait cette sorte de verre. Ces fioles étaient soufflées sans moule par des ouvriers très-habiles : un compas leur donnait le diamètre de la pièce à fabriquer.

Ces produits se fabriquaient aussi en Bohême de la même façon. Le fond de la fiole était détaché au verre chaud, et on lui ménageait un rebord un peu relevé qu*on taillait en biseau afin qu*il pût s'ajuster dans ia rainure du couvercle de la montre. Ainsi chaque verre chevé provenait d'une seule fiole soufflée; ce qui en rendait le prix assez élevé, malgré la rapidité avec laquelle on opérait. Ces verres valaient 50 à 60 fr. la grosse.

Un peu plus tard, on fit des verres chevés doubles^ c'est-à-dire plus épais; fabriqués dans la même usine, ils se liyraient au commerce au prix de 60 francs le grosse : ce prix est aujourd'hui de 10 à 12 francs. Un grand perfectionnement avait été apporté à leur fabrication : au lieu de souffler une petite boule pour chaque verre (fig. 70 A), on découpait, à l'aide d'un diamant monté sur une sorte de compas, un certain nombre de calottes sur des ballons ayant un diamètre d'environ 15 centimètres; le diamant formait la pointe mobile du compas : l'autre pointe était remplacée par une pièce en cuir ou en peau de chamois ayant sur la boule de verre son point d'appui. La branche du compas qui portait le diamant pouvait être allongée ou raccourcie à volonté, suivant le diamètre des verres à découper.

Par ce procédé, on n'utilisait encore que 15 pour 100 du verre des boules ; le reste, soit 85, tombait dans les déchets ou groisils.

Celte méthode a été beaucoup améliorée depuis une quinzaine d'années par les habiles directeurs de l'usine de Gœtzenbruck, MM. A. et T. Walter, aux-

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quels rindustrie des verres de montre doit ses plus notables progrès : les petites calottes des sphères sont découpées dans de très-grandes boules, ayant de O'^jTS à O^j&O de diamètre. Dans un seul de ces ballons , on découpe jusqu'à quatre grosses de

verres de montre, sans compter plusieurs centaines de petits verres pour les montres et jouets de Nuremberg que des enfants savent encore en tirer. On utilise environ la moitié du verre, au lieu de 15 pour 100.

Ces progrès, ajoutés à d'autres perfectionnements apportés à la taille et au polissage des verres de montre, firent successivement abaisser le prix de revient ; aujourd'hui les verres chevés simples sont livrés au commerce au prix de 7 à 8 francs la grosse ; on vend même à 2 fr. 50 des verres de troisième choix destinés à l'exportation; les verres épais valent 10 à 12 francs.

Les grandes boules dont nous venons de parler, qui ont quelquefois jusqu'à un mètre de diamètre, doivent être soufflées très-minces, puisqu'elles ne doivent avoir que l'épaisseur du verre de montre variant de un millimètre à un millimètre et demi, selon qu'il est chevé simple ou chevé épais. Le souffle du verrier ne serait point assez puissant pour faire des boules d'aussi grande dimension ; car à mesure que le verre diminue d'épaisseur en soufflant la boule, il se refroidit et il devient bien vite trop résistant. Il faut donc arriver à produire cette boule trèsrapidement pendant que le verre est encore chaud et malléable

A Gœtzenbruck, on procède de la manière suivante : le souffleur cueille six à huit kilogrammes de verre avec une canne d'assez forte dimension ; il arrondit son verre dans un bloc de bois mouillé servant de mailloche : en même temps il souffle

légèrement d'abord ; puis quand le soufUe parait dans le verre à l'exlrémité de la canne, il souffle un peu plus fort, en la balançant de manière à former une paraison un peu allongée, terminée en forme de poire; avec ses outils, il lui donne sur le banc du verrier la forme représentée ci-dessus (fig. 70 B). Cette paraison est réchauffée dans le four; le verrier souffle de nouveau pour en agrandir l'extrémité; puis il achève très-rapidement sa pièce au moyen d'une machine soufflante mise en mouvement par une petite locomobile de trois chevaux. La boule terminée est détachée de la canne et placée sur un chevalet en bois (fig. 70 C). Le verre est tellement

mince que, pour le débiter, il n'est pas nécessaire de le recuire.

Découpage des boules. — Au moyen de tiges de fer chauffées au rouge, on découpe les boules en gros morceaux ayant 0™,£0 de largeur sur 25 à 0'",30 de longueur ; c'est de ces bandes qu'on tire les petites calottes très-plates qui fournissent les verres de montre.

On se sert, à cet effet, d'une toumette^ sorte de compas dont la pointe traçante est terminée par un diamant (fig. 71).

Cette tournette se compose d'un bâtis en métal A, B, C, D, E. La base A, B est large et présente beaucoup d'assiette. La tige C, D, E, courbée à angle

Aiia^iitÉaiii^

Fig. 71.

droit en D, est fixée solidement à la base A, B au moyen d'écrous. A son extrémité se trouve une tige verticale F, G, terminée par une manivelle M ; un peu au-dessus de l'extrémité inférieure G, elle porte un renflement creux, en forme de manchon, dans

VERRES DE MOxNTRE.

lequel passe une petite tige en fer courbée à angle droit a, b^ e^ qui peut glisser à volonté de manière à augmenter ou à diminuer à volonté le diamètre du cercle fourni par le compas; une vis de pression V sert à la fixer. A son extrémité 0 se trouve le diamant.

La feuille de verre PP, qui repose sur la plateforme TT, est découpée par une ouvrière qui fait faire avec une main un tour à la manivelle M, tandis que de l'autre elle tient cette plaque ; elle trace rapidement avec le diamant des cercles sur toute la surface du verre; puis elle passe la plaque à une autre ouvrière qui en détache les rondelles. Celles-ci sont triées et classées.

Ce sont ces disques très-plats qu'on transforme en verres chevés en en relevant les bords ; on les introduit dans une petite moufle en terre réfractaire chaufl'ée au coke. Dans l'intérieur de cette moufle se trouvent plusieurs petits moules en terre très-fine, ayant exactement la forme que doit prendre le verre chevé, c'est-à-dire une surface presque plane, légèrement relevée sur les bords (fig. 72).

Un ouvrier place un verre A B sur un de ces petits moules M qu'on a pris soin de saupoudrer, au moyen d'un sachet, d'une poudre impalpable de chaux et d'argile pour empêcher l'adhérence du verre; il pousse rapîdem3nt le moule dans la moufle à l'aide d'un petit crochet en fer; puis, quand le

Fig. 72

verre est suffisamment ramolli, il le retire avec le même crochet et il frotte le verre avec un tampon de papier de manière à lui faire prendre bien exac* tement la forme concave du moule.

Avec un ouvrier exercé, qui peut conduire plusieurs moufles, cette opération se fait très- rapidement. Mais le moule et le tampon laissant des marques sur les deux surfaces du verre, celles-ci ont besoin d'être repolies; ce qui augmente notablement le prix de revient de ces verres chevés.

Une autre méthode, inventée et brevetée par MM. Walter, Berger, consiste à employer, pour faire le même travail, des moules en terre convexes^ qui remplacent les moules concaves dont il vient d'être question, Le disque de verre A B (fig. 73) déborde légèrement le moule sur toute sa circonférence; quand le verre est assez chaud, il est ramené avec son support sur une petite plate-forme en fonte

placée en avant de la moufle; l'ouvrier capuchonne le verre avec une petite calotte en bois de forme conique : commela partie qui fait saillie est ramollie avant le restant du verre, on peut n'agir que sur elle; cette opération est beaucoup plus rapide que la précédente et les bords seuls sont à polir. Ce dernier travail se fait au moyen d'une meule en pierre ou en grès très-dur ; on forme ainsi le biseau légèrement arrondi qui permet de loger le . verre dans le drageoir de la montre; ce biseau est ensuite soumisau polissage au moyen de la roue de liège.

Fig. 73

Cette dernière façon a été encore simplifiée par M. Walter : le verre de montre, après qu'il a été découpé au diamant, est immédiatement porté à la taillerie; la meule de grès donne le biseau; puis, sanfs être poli, on lui donne à la moufle la forme du verre chevé; l'action du feu, en le ramollissant pendant lopération du moulage, arrondit le tranchant du biseau taillé et le rend parfaitement clair, brillant et, en même temps, plus dur, plus solide, moins sujet à s'écailler lorsqu'on le place dans la rainure de la montre. Le ciselage servant à égaliser le bord, le ravattage pour en arrondir le tranchant^ et le polissage qui finissait le travail, se trouvent supprimés.

Une fois terminés, les verres sont classés en raison de leurs différentes qualités, calibrés d*après leur diamètre et de leur courbure : chaque pièce est enveloppée séparément dans du papier; elles sont ensuite réunies par douzaines et empaquetées par demi-grosses. Ces verres sont ainsi livrés au commerce, suivant le numéro du choix et en qualité ordinaire, à des prix qui varient entre 2 fr. 50 et 8 francs la grosse, soit 1.7 à 5 centimes la pièce.

Composition. — La matière vitreuse employée pour les verres de montre doit être très-dure, afin de ne pas se rayer ni se dépolir par l'usage : elle ne doit pas être hygrométrique ; il est essentiel, en effet, qu'elle ne se couvre point de buée, ainsi que' cela arrive aux verres tendres, fusibles, trop chargés d'alcalis. En con3é-

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quence, ce verre, étant très-siliceux, ne peut être fondu qu'à une température très-élevée. On fait usage, à Goetzenbruck , de la composition suivante :

Sable 65

Carbonate de soude à 90" 17

Carbonate de potasse . : 6

Cnaux \0

Azotate de soude 1,5

Arsenic 0,5

Un morceau de ce verre cassé raye le verre blanc pour gobeleterie, comme le ferait une pointe d'acier.

Dans cette fabrication, la main-d'œuvre représente à peu près les deux tiers du prix de revient; les matières premières et le combustible, l'autre tiers.

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