‹ Le verre, son histoire, sa fabricationChapitre 52 sur 58 · Revue scienlilique, du docteur Quesneville. Février · texte numérisé non relu

Revue scienlilique, du docteur Quesneville. Février

Le verre hématin des anciens s'obtient en fondant du cristal avec 9 pour 100 d'oxyde de cuivre et de battitures de fer, de manière à produire un flux de couleur hépatique, aussi homogène que possible, qu'on laisse se solidifier et qu'on expose ensuite pendant plusieurs heures à la température à laquelle ce verre commence à se ramollir : c'est par ce réchauffage prolongé que se développent la couleur rouge et l'opacité du verre. L'examen microscopique de Thématinone de Pettenkofer, fait avec un fort grossissement, a montré à M. Ëbell que ce verre doit sa couleur et son opacité à un précipité cristallin, très-abondant, qui paraît être le même que celui de l'avenlurine, avec cette différence que dans celle-ci les cristaux sont beaucoup plus volumineux et relativement clairsemés.

L'hématinone est le produit d'une cristallisation dans un verre demi-mou et presque solide ; l'aventurine est formée par les cristaux abandonnés par un verre liquide : lorsque ces cristaux sont formés, le verre ne contient plus de cuivre disponible, de sorte que, pendant un refroidissement lent, il ne se produit pas d'hématinone.

M. Ebell a cherché à établir que, conformément à l'opinion de M. Wœhler, l'aventurine renferme le cuivre à l'état métallique : pour démontrer la véritable nature des cristaux, il fallait trouver, dit-il, un réactif tel que, tout en offrant un indice certain de la présence du cuivre métallique, ce réactif rendît Impossible l'altération de ce métal. Une solution de nitrate d'argent dans l'alcool absolu présente, d'après

lui, cette propriété. De Taventurine en poudre trèsfine est mise en contact avec celte solution pendant plusieurs jours; le liquide, acidulé et évaporé à siccité, se colore franchement en bleu par l'ammoniaque. Le résidu de la filtration contient une certaine quantité d'argent précipité. « Il est donc certain, ajoute l'auteur, que la solution alcoolique d'argent dissout du cuivre, tandis que de l'argent métallique se précipite dans la poudre vitreuse. Les cristaux de l'aventurine ne peuvent donc être que du cuivre métallique. »

Cette conclusion ne me paraît pas rigoureuse : j'ai constaté, en effet, en répétant cette expérience, que le protoxyde de cuivre précipite également l'argent de ses dissolutions, le cuivre prenant dans la liqueur la place de ce métal. Le résultat est donc le même, que les cristaux soient du cuivre ou du protoxyde de cuivre; si le silicate de ce dernier oxyde existe, il est assez probable qu'il agirait de la même façon sur la dissolution d'argent.

La question reste donc indécise, à mon sens ; néanmoins, à défaut de preuves directes, il est fort vraisemblable que le cuivre métallique, de même que l'or et l'argent, possède la propriété de se dissoudre dans les matières vitreuses en leur donnant, comme aussi le soufre et le charbon, une coloration particulière. Je ne suis pas convaincu, d'ailleurs, qu'à l'état de couche extrêmement mince, l'hématinone ne soit pas aussi la matière colorante du verre pourpre des vitraux; quant à l'aventurine, ce produit renferme le cuivre dans les conditions qui donnent également naissance à la cristallisation de divers oxydes dans

les flux, conditions étudiées par Ebelmen et tout récemment par M. Ebell pour les oxydes d'étain, de chrome, de fer^ de manganèse et d* aluminium.

Aventurine de chrome. — Cette sorte de verre a été obtenue, en 1865, par M. Pelouze. On sait que le sesquioxyde de chrome communique une couleur verte aux fondants et particulièrement au verre ; le bichromate de potasse jouit de la même propriété, en produisant du sesquioxyde ; ce corps, lorsqu'il est en quantité suffisante, donne tout à la fois la coloration verte transparente et les cristaux qui restent en suspension dans la masse vitreuse.

On obtient ce produit en fondant :

Sable 250 parties.

Carbonate de soude 100 —

Spath calcaire 50 —

Bichromate de potasse ..... 20 à /iO

Ce verre contient 6 à 7 pour 100 d'oxyde de chrome dont la moitié à peu près est combinée avec le verre et l'autre moitié reste à l'état de liberté, sous forme de cristaux brillants. Avec 50 parties de bichromate de potasse, la fusion du verre devient très-difficile.

L'aventurine de chrome est plus dure que le verre à vitre et surtout que l'aventurine de Venise ; comme cette dernière, elle peut être employée pour faire des bijoux et des objets de fantaisie.

Strass. — Imitations du diamant et des pierres pré-

cieuses. — Ce verre, très-riche en plomb, a élé produit à Paris, vers la fin du siècle dernier, par un artiste qui lui a donné son nom. Il a beaucoup d'éclat; il possède à un tel degré les feux du diamant, surtout à la lumière, qu'il est fort difficile de l'en distinguer à la vue. Mais il est très-tendre ; il est rayé non-seulement par les pierres dures, mais même par les autres espèces de verres. Sa densité dépasse 4.0, tandis que celle du diamant est représentée par 3.5.

Voici la composition du strass de M. Douauli Wieland, déterminée par M. Dumas :

Silice 38,2

Oxyde de plomb 53,0

Potasse 7,8

Alumine 1,0

Borax traces.

Acide arsénique Id.

Les matières premières qu'on emploie pour faire le strass sont les mêmes que pour le cristal et le flint-glass. On les choisit aussi pures que possible.

Par l'addition d'une petite quantité d'oxydes colo-

rants, le strass prend des colorations qui lé font employer pour imiter les principales pierres précieuses. Ainsi on obtient la topaze artificielle en fondant 1,000 de strass blanc avec iO de verre d'antimoine et 1 de pourpre de Gassius; le rubis ^ avec le même verre, longtemps chauffé et contenant un peu plus d'or; Vémeraude^ avec 1,000 de strass incolore,

8 d'oxyde de cuivre et 0.2 d'oxyde de chrome; le saphir^ avec i,000 de strass et 15 d'oxyde de cobalt; Y améthyste, en fondant i,000 de strass avec 8 d'oxyde de manganèse, 1 d'oxyde de cobalt et 0.2 de pourpre de Cassius.

Plusieurs artistes de Paris, notamment MM. Savary et Mosbach, MM. Appert et M. Gh. Feil, ont amené à un haut degré de perfection ces Imitations de pierres précieuses.

Pebles de VERRE. — On fabrique à Venise de petites perles dites rassades ou rocailles qu'on exporte en très-grande quantité en Afrique et en Amérique et qui sont surtout destinées au trafic avec les Indiens. Les dispositions des fours et des creusets n'ont rien de particulier ; les matières premières sont la soude, la potasse et un sable siliceux qu'on trouve en grande abondance sur la côte la plus voisine de Venise.

Le travail se fait de la manière suivante : un ouvrier cueille avec sa canne une certaine quantité de verre .et, à l'aide d'un instrument en fer, il pratique dans sa paraison une large ouverture; un second ouvrier applique contre ce trou l'extrémité d'une canne également garnie de verre et tous deux s'éloignent rapidement l'un de l'autre : la pâte vitreuse se transforme en un tube d'abord, puis en un fil percé d'un bout à l'autre et plus ou moins gros, selon la longueur du chemin parcouru par les ouvriers : on casse ces fils par baguettes d'environ 50 centimètres qui passent entre les mains de l'ouvrier margarilaire. A l'aide d'un couperet, celui-ci divise le tube en

petits morceaux d'une longueur égale au diamètre; ces morceaux tombent dans un baquet plein d'une poussière de charbon et d'argile qui, s'introduisant dans les trous des perles, s'opposent à ciB qu'ils se bouchent lorsque, pour les arrondir et en abattre les angles coupants, on les ramollit au feu.

Cette même opération se fait aussi en promenant, sur une rangée de limes parallèles et fixes, les petits tubes de manière à entamer légèrement le verre qui se détache ensuite par un léger choc. Les perles sont arrondies soit en les mettant dans un cylindre en fer de forme ovale qu'on tourne sur le feu à la manière d'un brûloir à café, jusqu'à ce que ce cylindre devienne rouge, soit en les chauffant sur des plaques de tôle : elles sont ensuite lavées et assorties en les passant à travers des cribles ayant des trous de différents diamètres, puis enfilées par rangs de 25 à 35 centimètres de longueur*.

Les perles dites à la main sont fabriquées à la lampe d'émailleur : le verre fondu est roulé autour d'un morceau d'acier ; les perles qu'on en sépare et dont on arrondit les angles sont plus grosses et plus solides que les rassades.

On imite aujourd'hui avec une si rare perfection les perles fines, notamment celles dites baroques^ qu'il n'est pas possible à l'œil le plus exercé de distinguer les vraies d'avec les fausses. Cette fabrication, essentiellement parisienne; est due à un artiste

i. Les Merveilles de l'Industrie de M. L, Figuier. Le verre et le cristal.

nommé Jacquin; elle remonte à Tannée 1686. De petites ampoules percées sont soufflées à la iampe d'émailleur et prises dans des tubes de cristal opalisé; enduites à l'intérieur de colle de gélatine chaude, elles sont injectées avec In matière nacrée provenant des écailles de V ablette. Cette matière, qu'on conserve dans l'ammoniaque, est préalablement délayée dans de la colle, de poisson; la perle est ensuite remplie de cire blanche fondue.

Mosaïques. — Le marbre, les pierres, les émaux, employés sous forme de petits cubes accolés les uns contre les autres, servent à faire des dessins, des peintures qui, depuis un temps immémorial, jouent un rôle important dans la décoration des édifices. L'art du mosaïste était pratiqué par les Égyptiens, qui l'ont transmis aux Grecs et aux Romains. Plusieurs écrivains de l'antiquilé, Martial, Lucrèce, Pline, en font mention.

Sous les empereurs, les voûtes et le pavé des temples en étaient ornés; on rencontre des pavés en mosaïque dans presque toutes les habitations que les fouilles mettent à jour à Pompéi et à Herculanum. L'invention du verre coloré donna à cet art son plus grand degré de perfection : on commença à s'en servir du temps d'Auguste. Sénèque, faisant allusion à cet emploi des verres colorés, se plaignait de ce qu'on ne marchait plus que sur des pierres précieuses.

Les mosaïques en verre prirent sous le Bas- Ëmpire une importance exclusive pour la décoration

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des monuments : elles remplacèrent même entièrement la peinture; on sait qu'elles décoraient les voûtes de Sainte-Sophie, à Constantinople. Les anciennes églises de Saint-Paul hors les murs et de Saint-Jean-de-Latran, * Rome, celle de Saint- Marc, à Venise, offrent de remarquables exemples de leuremploi à diverses époques. Ces mosaïques représentent des figures ou des arabesques sjur des fonds d'or. La plupart des églises construites par Charlemagne présentent aussi ce genre d'ornementation.

Dans les temps modernes, les plus belles mosaïques sont celles dont le pape Clément VIII décora au commencement du xvn« siècle toute la partie intérieure de la coupole de Saint-Pierre de Rome ; aujourd'hui les tableaux des autels, même ceux de Raphaël, y sont remplacés par des copies en mosaïque. Les papes entretiennent dans les bâtiments du Vatican une fabrique d'émaux qui fournit les matériaux nécessaires à la restauration des mosaïques d'un grand nombre d'anciens édifices chrétiens.

C'est probablement à l'art fort ancien du mosaïste, issu peut-être lui-même de l'imitation des riches tapis de l'Orient, qu'il convient de rattacher la confection des premiers vitraux en verres colorés ; dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, le verre avait une telle vogue qu'on en couvrait les plafonds, les murailles et jusqu'au parquet des habitations; comme il est établi désormais que les Romains se servaient, du moins au temps des empereurs, de vitres pour clore leurs fenêtres, quelque artiste arriva

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sans doute à remplacer le verre blanc par le verre coloré et les vitres d'un seul morceau par de véritables mosaïques transparentes : tels étaient, en effet, les premiers vitraux.

Les mosaïques sont de plusieurs sortes ; en laissant de côté celles qu'on fabrique pour les bijoux, les plus communes font partie de la construction même de l'édifice : ce sont les dallages en pierre, en marbre, ou en poterie de diverses couleurs qui recouvrent la surface des paliers, des corridors, des salles, etc. Nous n'avons pas à nous en occuper.

L'autre espèce de miosaïques est composée dans l'atelier de l'artiste; elle constitue un œuvre d'art analogue à la peinture et, comme la peinture , elle est employée pour décorer les voûtes et les murs. Ces mosaïques sont en émail. Voici, en quelques mots, comment ce travail s'exécute :

La matière vitreuse opaque, l'émail, est sous forme de disques ayant 10 à 15 centimètres de diamètre et de 1 à 3 centimètres d'épaisseur. x4u moyen d'un marteau coupant des deux côtés et d'une enclume taillée en biseau, on casse et on débite ces pains d'émail et on en tire des cubes ayant environ 1 centimètre et demi de côté. La coloration de ces émaux est extrêmement variée; ceux qui viennent de Rome, de la fabrique du Vatican, présentent 26,000 nuances différentes.

L'artiste peintre a tracé et colorié sur un carton le dessin que doit reproduire le mosaïste; celui-ci dispose d'une caisse en plomb ou en zinc, de même dimension que le carton, ayant des rebords de & à

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5 centimètres, dans laquelle il a coulé du plâtre fin ; sur cette aire bien plane, on a tracé au crayon noir le dessin à reproduire. Le mosaïste entame et enlève de proche en proche, avec un petit ébauchoir, le jplâtre qu'il s'agit de remplacer par les morceaux d'émail : ceux-ci sont assortis en raison de la couleur et de la nuance données par le carton ; il garnit la place creusée de sable humide, un peu onctueux; c'est une terre volcanique venant du Vésuve. Les cubes sont ainsi ajustés les uns contre les autres ; à mesure que le travail s'exécute, on enlève avec l'outil de nouvelles tranches de plâtre ; pour les parties courbes, les émaux sont usés d'après la place qu'ils doivent occuper sur une plate-forme en acier recouverte d'éttieri humecté d'eau, à laquelle on imprime, à la main ou avec une pédale, un mouvement de rotation.

Lorsque la mosaïque est terminée, on colle à sa surface une feuille de papier et de la toile de manière à déterminer l'adhérence de tous les morceaux d'émail à la surface du papier; on retourne la caisse et, la terre étant enlevée, on applique la mosaïque sur un mortier de ciment romain, composé de chaux et de pouzzolane ; après la prise du mortier, tous les cubes y étant solidement fixés, on mouille et on enlève le papier ou la toile. Il ne reste plus qu'à mettre la mosaïque en place sur le mur qu'elle doit décorer.

Pour les fonds dorés, les émaux sont faits par le procédé que nous avons décrit, d'après Éraclius et le moine Théophile; l'émail qui forme le fond est rouge ou vert, selon la nuance que l'or doit avoir;

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on applique à sa surface une feuille d*or sur laquelle on pose un morceau de ^ verre incolore ou coloré très^mince qu'on fait adhérer au feu : on obtient les tons verts à reOets métalliques en appliquant sur rémaii une feuille d'argent sur laquelle on fixe par le feu une lame de verre vert.

Les mosaïques en verre qui décorent l'avant-foyer du nouvel Opéra de Paris, dont l'effet décoratif est très*remarqué , ont été exécutées à Venise par M. Salviati, qui a acquis dans ce genre de travail une grande notoriété. Les dessit^ sont de M, Curzon. L'architecte de ce somptueux édifice, M. Gh. Garnier, a tiré un grand parti des mosaïques en pierre et en marbre pour le dallage des paliers, des corridors, des salles de tous les étages et des mosaïques en verre pour les voûtes de Tavant-foyer : ces dernières ont été expédiées à Paris sur leurs cartons auxquels elles adhéraient par leur face extérieure. Les cartons retournés ont été appliqués par la face intérieure contre le mur revêtu de petits clous et de ciment : lorsque la prise dii ciment a été faite, on a ruiné la matière du carton de manière à faire apparaître dans tout son éclat la peinture vitreuse.

Le succès de ce genre d'ornementation a attiré l'attention des artistes et du gouvernement sur Fintérêt que présente l'art du mosaïste : une école de mosaïque vient d'être annexée à la manufacture nationale de porcelaine de Sèvres; des artistes romains y exécutent d'importants travaux avec l'habile concours du directeur de cet établissement, M.Louis Robert; les émaux viennent du Vatican : ils seront

bientôt fabriqués à Sèvres ou dans les usines des environs de Paris/ Ainsi se trouve rétablie Técole de mosaïque fondée à Paris, en 1806, par l'empereur Napoléon I", sous la direction de Bellonl; cette école a montré dans nos expositions, jusqu'en 1830, des ouvrages d'un grand prix qui étaient exécutés, pour la plupart, par des sourds-muets.

L'art du mosaïste est pratiqué avec succès en Russie; on se souvient des magnifiques spécimens qui figuraient aux dernières Expositions universelles : ces mosaïques, d'un puissant effet décoratif, ont été fabriquées avec des émaux provenant de la manufacture impériale de cristaux de Saint-Pétersbourg. Cet art, en raison des frais auxquels il entraîne, ne peut guère exister qu'avec l'aide et le concours de l'État. II permettra sans doute de remplacer avec avantage les peintures à fresque, appliquées, sans grande chance de durée, à l'extérieur de quelques-uns de nos édifices. On peut se demander, néanmoins, si le ciment romain dont on fait usage en Italie pour fixer la pâte vitreuse, résistera suffisamment aux rigueurs de notre climat ; mais il serait facile de le remplacer par le plâtre dont nous connaissons si bien l'emploi et la durée.

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