‹ Le verronChapitre 16 sur 56 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Emilie, Dormeuil, Volmar. ( Volmar arrive, et se cache dans un cabinet dont la porte reste entr' ouverte. )

Emilie (continuant).

Nous allons répéter la scène du duo de notre petit opéra.

Dormeuil.

Votre conversation m'aurait flatté davantage; mais puisque je suis réduit à me contenter auprès de vous d'un emploi de comédie, je vous prie du moins de vous pénétrer du personnage, de vous identifier avec lui. C'est le moment où le jeune homme, en tête à tête avec son amante, la presse de se déclarer

Il faudrait que vous fussiez debout, Madame ;

le jeu de la scène l'exige; on se rapproche, on se prend ta main, on s'attendrit, et puis cette guitare va nuire à l'effet.

Emilie.

Ne vous mettez point en peine ; j'ai étudié seule, je possède la scène à fond ; cette répétition n'est

que pour le chant, et je ne puis chanter sans accompagnement : ainsi je reste comme je suis. Attention ! figurons-nous qu'on nous écoute. (Elle prélude sur sa guitare.) Commencez.

U\ chast. r 'kyffl

DORMEUIL

Du plus fidèle amant Pourquoi prolonger les alarmes ?

Si je n'ai pu résister à vos charmes, Est-ce un crime à punir par un cruel tourment; Peut-être qu'un rival austère De vos aveux se montrera jaloux, Mais c'est à braver sa colère Que mon bonheur me semblera plus doux.

Emilie.

Je me ris de sa haine, Sous une dure chaîne, Mes beaux jours avec lui Passeraient dans l'ennui.

Dormeuil.

Il ne vous cause point d'alarmes, Et vous prolongez mon tourment ?

le verrou. 19

Emilie.

Avec vous l'amour et ses charmes Seraient sujets au changement.

Dormeuil.

Jamais, jamais de changement !

Pour toi toujours même tendresse.

Emilie.

Amour constant ?

Dormeuil.

Constante ivresse.

Emilie.

Jamais ! jamais de changement.

( Volmar paraît.)

Dormeuil (se mettant aux pieds d'Emilie). A tes genoux j'en fais serment.

{Repos.)

Ensemble.

Dormeuil (à Emilie).

Eh bien !

Volmar (à pari).

Fort bien !

Ensemble.

Emilie.

A ton amour je ne suis plus rebelle, Connais enfin le secret de mon cœur, Toujours, toujours il fera son bonheur De te rester fidèle !

Dormeuil.

Au tendre amour, mon amante rebelle, Découvre enfin le secret de son cœur, Le mien toujours trouvera son bonheur A lui rester fidèle !

Volmar.

Des amoureux j'admire les modèles,

Ce n'est que flamme, esprit, grâces, douceur,

Il est cruel de troubler le bonheur

De ces deux tourterelles.

Volmar (rentrant en scène).

Fort bien ! fort bien mes bons amis, Avis à Messieurs les maris !

Page 1