VI INTRODUCTION
Le Verrou fut par nous écrit au fort du Hà à Bordeaux en 1831.
Alors en 1831 — nous avions à peine — trente ans, Rédacteur en chef du Propagateur de la Gironde, nous avions cru devoir plaider dans ses colonnes, qu'en 1830, les chambres n'ayant pas le mandat de fabriquer un nouveau roi, avaient usurpé un pouvoir qui ne leur appartenaient pas. C'est la même histoire aujourd'hui. Nous avions, mille fois raison; la fuite de Louis Philippe, sous le nom distingué de Monsieur Smith, l'a surabondamment prouvé. La fuite de l'ex-Maréchal Bazaine — V ignominie fait homme, a fait voir que si le Louis Philippe avait été un lâche, le Bazaine lui damait le pion. Que d'infâmes gredins depuis l'homme du 2. Décembre, et ses complices, depuis le Bazaine jusques et y compris le Mac Mahon qui se prétend Empereur pour sept ans de la République Française, confisquée par lui à son profit; parce qu'il tient, ou croit tenir dans ses mains avilies la force des bayonnettes, l'inintelligence armée, le fait brutal, contre la force intellectuelle ! . .
Or, nous fûmes condamné le 5 mai 1831, par la Cour d'Assises de la Gironde {Première condamnation politique de l'affreux règne de Vignoble Louis Philippe) à six mois de prison et 1320 d'amende.
Notre condamnation nous attira les sympathies
INTRODUCTION. Vil
de toute la presse Bordelaise. Voici l'article dont nous salua le Mémorial Bordelais, le 28 mai 1831. Le Mémorial était alors sous la direction généreuse de Monsieur Henri Fonfrède — A quarante-quatre ans de distance nous aimons à le remercier à nouveau (s'il vit encore, et nous espérons qu'il vit) de la noble initiative par lui prise en faveur du pauvre prisonnier.
" Avant la dernière révolution," écrivait Monsieur Henri Fonfrède, " un écrivain, condamné pour un délit de presse, était une sorte de paria politique, qu'on accablait de rigueurs sans mesure, et le pouvoir semblait se complaire au récit des souffrances morales et physiques qu'endurait un homme de lettres malheureux, parce que sa plume trop ardente s'était un instant égarée.
' ' Quand le règne des lois et de la liberté fut solennellement proclamé parmi nous, tous les amis de la presse, cette arme puissante et rapide que détestent toujours les tyrans, pensèrent que des vues grandes et généreuses présideraient à l'exécution des condamnations relatives aux délits commis par la voie de l'imprimerie, et qu'on n'entendrait plus désormais parler de ces tortures, de ces longues douleurs physiques et morales, employées pour aggraver la punition légale d'un homme de lettres
Vlll INTRODUCTION.
imprudent. Cet espoir des gens de bien a été cruellement déçu, et tous les jours nous voyons se répéter, à l'égard des écrivains politiques condamnés, les scènes déplorables que les journaux de Topposition signalèrent tant de fois avec indignation avant les grandes journées de juillet.
" Ainsi, aujourd'hui comme alors, un journaliste condamné à perdre sa liberté, perd en même temps tous ses droits à la commisération des gens du pouvoir. Plongé dans une affreuse prison, confondu avec les plus vils scélérats, environné de tout ce qui rend la vie douloureuse, il respire un air infect ; il est nourri d'aliments grossiers, il est couché sur un grabat repoussant, où des tourments aigus l'attendent ; et parce que sa pensée indépendante et fière aura été formulée en termes virulents, et peutêtre coupables, on le traitera comme un escroc, comme un voleur, comme un bandit, l'effroi de la société et la honte de sa famille.
"Jusques à quand le gouvernement actuel fermera-t-il les yeux sur une pareille anomalie ? Au nom de l'humanité, de la justice, ne serait-il pas temps de tracer une ligne de démarcation entre les délits de la presse, et ceux qui blessent plus ouvertement les lois morales et les lois sociales, et de punir les uns avec moins de sévérité que les