FABLE
|e par le roi des airs, la gent portant plumage Fut invitée à concourir Au prix du plus brillant ramage.
Désir de maître est ordre. Aussitôt d'accourir Prompt à répondre à la requête Du souverain, tout le peuple oisillon : Par avance il savoure une illustre conquête, La palme du vainqueur, le laurier de la fête.
Sous la voûte d'un bois, verdoyant pavillon, Selon son rang, chacun se range en bataillon.
En qualité de secrétaire, Maître Dindon ayant gloussé, craché, Et de l'Aigle vanté le noble caractère, Le goût pour les beaux-arts, précieux corollaire De sublimes vertus, et cet esprit caché Dont le cerveau des rois est, comme on sait, l'asile, La lice fut ouverte à la gent volatile.
Déjà le Coq, au chant guerrier,
Le Bengali mélancolique,
Le gai Pinson, le Merle épique,
Et la Fauvette du hallier,
Ainsi que Dams l'Alouette,
Sans en excepter le Serin,
Cet ami de la chansonette,
Tour à tour par leur souverain,
Avec maint autre virtuose,
Avaient su se faire prôner.
On allait crier : Joute close !
Et cabaler pour opiner . . .
Lorsque, vêtu d'or, et de pierreries, De sa queue étalant le disque, éblouissant
D'admirables joailleries, Superbe, un étranger s'avance gravement.
A sa démarche altière on le juge un talent,
Et, de terreur l'âme saisie, Chacun sur sa beauté cependant s'extasie.
Adieu de nos chanteurs tous les tours de gosier !
Ce monsieur-là, mis comme un prince, Va les faire passer pour chanteurs de province ! Pourquoi lutter ? Il faut lui céder le laurier,
Ou prudemment le renvoyer.
Mais un oiseau chétif, au modeste costume :
Pour empêcher sotte coutume De disposer des prix dus aux victorieux, Je combattrai, dit-il. Avec quelque amertume
On le trouva présomptueux.
Mais lui : pourquoi juger de l'oiseau sur la plume ? Mon rival, pensez-vous, favorisé des Cieux, Semble avoir été fait pour le plaisir des yeux, J'en conviens ; mais avant d'admirer les merveilles De son chant, moi je veux consulter mes oreilles.
Au sens de ce propos, l'Aigle s'étant rendu
Le Rossignol fut entendu.
D'abord il improvise un chant plein de noblesse; Puis, par dégrés, il prend la gamme des amours, Il soupire, il gémit, peint les feux de l'ivresse Que viennent du printemps rallumer les beaux jours. Ses accents font à l'âme éprouver mille charmes. On admire, on s'oublie, et l'on verse des larmes. Il s'était rétiré qu'on l'écoutait toujours. Le Paon veut à son tour enchanter l'auditoire;
Il se rengorge et pédantesquement Lâche un ignoble et dur miaulement.
Mille sifflets, ainsi qu'on peut le croire, Assaillirent l'impertinent,
Et l'Aigle à Philomèle adjugea la victoire.
Point ne faut juger sur l'habit De l'esprit ou de la science.
La Fontaine avant nous l'a dit :
" Méfions-nous de l'apparence."