‹ Le vers français, ancien et moderneChapitre 15 sur 15 · VII. La paix si chère A la terre · texte numérisé non relu

VII. La paix si chère A la terre

La loi de la correspondance des strophes serait violée si ces couples de lignes ne formaient pas chacune une seule ligne féminine à sept syllabes qui , ne pouvant pas avoir de rime finale, puisqu'elle est la seule féminine à côté des trois masculines à sept syllabes de chaque strophe, a été munie d une rime intérieure (pour mieux dire d'une sorte de rime renforcée). Notes :

De même, dans de nombreux refrains du même poète :

Lise à Voreille

Me conseille , Cet oracle me dit tout bas :

Chantez , monsiev/r^ n* écrivez pas.

ce qui ne forme que trois vers de huit syllabes dont le

BIMB.

premier, pour ne pas être sans rime, a reçu une rime intérieure. Notes :

L'homophonie de la voyelle accentuée étant requise pour l'assonance ainsi que Thomophonie de la voyelle accentuée et de tout ce qui la suit pour la rime, chaque époque ( pour le français moderne, on a reconnu et expliqué certaines exceptions) et, avant le règne d'une langue littéraire uniforme, chaque région dialectale ont satisfait à cette condition autant que le permettait l'état de la phonétique. Mais , premièrement , la phonétique a été sujette avec le temps à des variations considérables ; secondement , la transformation importante qu'a subie la phonétique en passant de l'ancien français au moyen français et du moyen français au français moderne ne s'est pas opérée d'une manière uniforme et , par suite, on ne peut pas s'attendre à trouver toujours aujourd'hui des sons identiques dans des mots qui en ancien français avaient des sons identiques.

Il résulte de la première proposition que des mots qui rimaient en ancien français et riment encore en français moderne ont pu néanmoins modifier considérablement leur son avec le cours du temps : pdistre : ndistre^ pèstre : nèstre, paître : naître; pëust : sëust ; glbrie : memàrie ; vin : veisin ; biaus : noviaus, etc.

Il résulte de la seconde que des mots qui rimaient en ancien français ( on en pourrait dire autant des mots qui assonent ) ne riment point toujours dans une période plus moderne, même abstraction faite du changement opéré dans la flexion et de la nécessité actuelle de la rime riche dans

certains cas : croistre : paroistre; sëur : bon ëur; hermine : reine; preste : reste; cort (cour) : cort (court) ; amor : onor; aidier : mestier; voient : disoient; plus : mis (nullos); côte : rôte. Il en résulte par contre que certains mots peuvent très bien rimer en français moderne qui ne le pouvaient pas avec leur ancienne forme : plaie : craie ; vin : vain ; clair : fer ; sel : appel ; quelle : qu*elle ; frère : bergère ; maître : traître ; bonheur : honneur ; chambre : novembre ; bras : tas; grasse : grâce; théâtre : plâtre; hausse : grosse; vider : tarder ; crèche : pêche. En général, on peut le dire, le nombre des mots qui peuvent rimer en français moderne et qui ne le pouvaient pas en ancien français est plus considérable que le nombre de ceux qui pouvaient rimer en ancien français et ne le peuvent pas en français moderne. Par suite, il est plus facile , dans un certain sens , de rimer en français moderne qu'en ancien français. Cependant on ne doit pas, comme on l'a fait quelquefois, par partialité pour Tart et la langue de l'ancien temps , avancer que le poète moderne rime d'une façon moins châtiée que le poète du Moyen-Age. Il eût été déraisonnable et en outre impossible de laisser subsister comme décisives pour la rime, une fois disparues de la vie de la langue, certaines diflféi'ences de son ayant eu une valeur à une époque antérieure. La versification moderne respecte avec un scrupule poussé à l'excès les consonnes finales devenues muettes et se montre suffisamment exacte en ce qui concerne le caractère du son et la quantité des voyelles toniques. Elle a en outre le mérite, que n'a pas l'ancienne versification, d'éviter les rimes faibles, ne comprenant que des suflîxes et des flexions identiques et celles qui se produiraient entre des mots dans lesquels l'identité du radical est facilement reconnaissable. Elle ne se permet pas non plus l'assonance à la place de la rime, tandis que l'ancienne versification laisse se glisser cà et là des assonances au milieu des rimes dans des poèmes pour lesquels la rime est la règle.

186 RIMS.

Etablir une à une les conditions différentes qui déterminent les rimes d'une part pour Tancien français, d'autre part pour le français moderne, ou passer en revue les cas dans lesquels des rimes bonnes en ancien français cessent d'être des rimes si l'on donne à ces mots leur forme moderne, tout cela est du ressort de la phonétique historique ou serait une application delà phonétique à l'histoire de la technique poétique qui ne peut en âtre séparée. Les faits les plus essentiels dont il faille tenir compte sont :

1® L'existence de plusieurs diphthongues descendantes eo ancien français , qui comme telles ne pouvaient encore être unies en assonance ou en rime aux voyelles simples avec lesquelles elles se sont confondues plus tard , mais pouvaient être accouplées , soit chacune avec elle-même, soit avec la voyelle simple répondant à leur premier élément prépondérant. Par suite di d'abord avec di^ et aussi avec a {faire, saive : Caries^ marche encore dans Ch. Roi, XX), plus tard seulement avec è {des faire : terre déjà dans Ch, RoL, IV, cumbatrai : cerf CCLXXX), et plus tard même parfois avec é (dans il. Rose diré[{ut] : remiré [part, parf.]) (1).

au d'abord avec au, mais aussi avec a {autres : Cha/rtres, Cor, Lo,, XV), fort tard seulement avec o; on en trouverait difficilement des exemples avant le xvi* siècle, tandis qu'on écrit déjà au xiv® siècle, dans les syllabes atones, ossi, otant qu on prononçait certainement d'après cette orthographe.

eu (de ë-j-u et de a+l devant 1'^ de flexion) avec luimême et avec e provenant de a {deu : parléd^ Ch. Roi, IX), plus tard aussi avec eu provenant d'un ô.

ôi (de au+i, au+gutturale , ô+i) avec d {esforz : poi [paucum], Ch, Roi,, LXXXIV; bloi : esforz, GXXXVIII; glo[zye : encore, B. Gondé, 5, 114).

ôi (de û-\- gutturale, ô+^, û+i) avec ô {juindre : curune, Ch. Roi., LXXV; anguisse : tute, CLII).

(1) V. .MûUer, Ztz, f. rom„ Phil, III 450.

OU (de a+u , d+^) avec ô [ont : porz^ Ch. RoL, XGIV ; joow^, ibid.).

6i de ê ou î , à une certaine époque et dans certaines provinces avec ô et avec l'autre ôi, etc., etc.

2® L'existence de diphthongues ascendantes et de triphthongues où le français moderne a fait entrer des voyelles simples; v. plus haut, p. 162, à propos de uè : è oxxuè : iè ; et par conséquent aussi iau : cm.

3® Le caractère différent et l'incompatibilité dans la rime des e provenant d'une source différente (de a ou de ^ , ë non diphthongué d'une part, de e ou de i en position d'autre part , et même la nature de ïe était différente, dans la première période de la langue, suivant qu'il venait de e ou de i), tandis qu'en français moderne la différence entre é etè subsiste, il est vrai, mais la voyelle fondamentale n'est plus décisive pour la différence du son (1).

4® Le domaine plus restreint dans l'ancien français de la nasalisation qui permettait de faire assoner in avec i, un

(1) Il a été souvent démontré que e de ë, ae (ailleurs ie) non diphthongué et e de ê (ailleurs ei, oi ) non diphthongué équivalent à e provenant de a. Aux exemples donnés par Foerster, Chev,, 2 esp,» p. XXXV, qu'on ajoute : teve (tepidum) : levé (lavât), Jeh. et Blonde, 4439 ; trêve : fève L, Ysopet, II, 462; devee {vetat) : agrée, entrée, Barb. et Méon, IV 185, 123, B. Seb., XXIV mZ.Mathés : matés, J. Journi. 300; Galilée : entrée, B. Seb., XXIV 1113; fere (fèria) : mère. G. Ck)incy, 674, 87; desree : contrée, Aiol, 753 ; ree : s'aree, B. Condé, 34, 92; espère : père, ibid., 221, 500; querele : quele, Montaiglon, Fabl, IV 268 {queréle : damoisele, ibid., 267). Il faut y joindre les mots étrangers comme panière : enchantere, Ben., 9024; : matere, frère, B. Commarch., 98; austère : clere, G. Coincy, 577, 104 ; diocèse : rese, 325, 35 ; Tybé ; i be, Méon, Il 11 , 302. De bonne heure déjà on accouplait e de e en position avec e de a devant r : bareterres : terres, Ben. 9220; fer : bouter, Jubinal. N, Bec., I 19 ; per/ (paret): pert (perdit), Chastoiem., XXII 158; matere : terre, Og. Dan. 11861; — devant l : prael : loiel, Ruteb., II 69 ; chastel : el, Ben. 26904; ostel : novel, 24566 ; : pel 23998 ; ; bel, 24320; noël : Boonel, 23172; el : pel, 4165; : mangonel, 26912; quarrel : mortel, Jubinal, N. Bec, I 111 ; ostel : coutel : tel : bel, I 144 ; semblablement I 4; matinel : bel, Méon, I 333. 494; tel, : cotel, 323, 170; greel : chastel, 405. 29; tele : astele, Ben., 30010; : belle, Jubinal. N. Bec., 1 23 ; — devant s : mes (missum) : âmes, B. Condé, 138, 42 ; mes (missum) ; mes (mansum), Montaiglon, Fabl., III 31 ; après : les près, Jubinal, A'. Bec, 1 179; faudrés : près, Barb. et Méon, III 415, 214.

188 BIMB.

avec u, et la différence entre les sons nasaux in et ain (ein) qui empêchait leur accouplement (1), la différence suivant le temps et la région entre en nasal et an nasal (2).

5® La différence entre ss et c, s finale et z finale, qui rendit longtemps impossibles des rimes comme passe : chace , pa^ : braz,

6^ Le fait que de a, dans une syllabe ouverte, résultait, suivant la nature de la syllabe précédente, soit ie^ soit e, qui ne rimaient pas , tandis qu'en français moderne cet ie est devenu presque toujours e.

Quelques changements phonétiques ne se sont produits que dans l'espace qui sépare le xvn* siècle de l'époque actuelle. Par suite, certaines rimes de la poésie classique parfaitement suffisantes pour leur temps ne le sont plus aujourd'hui ( nous avons constaté plus haut quelque chose d'analogue à propos des consonnes finales). Cette remarque s'applique surtout aux mots ayant pour voyelle accentuée oi et ai. De fort bonne heure, du moins sur une grande partie du territoire français , oi de d+i et oi de ë ou de î s'étaient confondus, de sorte cpue joie : voie, cloistre : croistre, etc., rimaient; de même oi de d-|-t était devenu homophone au précédent , si bien que voiz {vocem) et foiz (vicem) faisaient entendre la même voyelle. Cette fusion opérée, ôf, en passant probablement par oe, aboutit à oè, devint de diphthongue descendante diphthongue ascendante, et cette diphthongue ascendante, à son tour,

(1) Au XVII* siècle encore, Corneille ne connaît pas la rime entre ain {ein) et in; Molière ne la connaît guère {médecins : sains, Amphitr., 113); quanta La Fontaine, il fait rimer sans scrupule Romain : chemin; train : cousin; malin -. plein; pain : magasin; chemin : demain, etc.; Racine, destin : incertain ; chemin : Romain; chemins : mains ; "Voltaire a un grand nombre de Irimes dans ce genre et eUes n'abondent pas moins chez les poètes de nos jours. Cependant les dictionnaires de rimes séparent d'ordinaire encore aujourd'hui les runes en in des rimes en ain et ein qu'ils rangent dans une môme catégorie.

(2) Voir P. Meyer, Mém. de la Soc. de linguist., 1, 244, et Haase, dos Verhalten der pikardischen und wallonischen Denhnàler des Mittelalter s in Rezug auf& und e vor gedecktem n. HaUe 1880.

S est développée dans des dii'ections divergentes, d'une part en oà , d'autre part en è {ai), sans qu'on puisse cependant s'expliquer pourquoi un mot a pris telle ou telle direction. L'orthographe toutefois a gardé jusqu'au XVIII® siècle la graphie commune oi pour les deux sons différents. C'est donc à Tépoque où la diphthongue dans tous les mots dont il s'agit ici était prononcée toujours oè, que remonte une série de rimes qui , à l'origine, étaient parfaitement correctes et pouvaient plus tard encore être regardées comme correctes, alors qu'elles étaient employées comme correctes par les poètes modèles du xvii* siècle, mais qui en aucun cas ne suffisent plus pour l'oreille.

Ces rimes sont de deux sortes :

1** Rimes de deux mots avec oi (pron. oè), dont Voi n'a pas suivi plus tard la même direction , comme connottre : cloître ; soie : croie [craie) ; croître : paroître ;

2® Rimes de deux mots dont l'un avait oi (pron. oé), l'autre un ancien ai (pron. è) ou è ou ei , quand le premier a , plus tard , abouti à oà : croître : maître ; croître : être ; froide : possède.

De cette façon s'expliquent le plus simplement possible les rimes citées de Racine, de Boileau et même de Voltaire. Il n'est pas nécessaire, pour les expliquer, de rappeler que le dialecte normand présentait ei à la place de oi (de ë ou î) des autres dialectes. Il est possible que, dans ce double développement de oi (oè), des influences dialectales se soient fait sentir ; mais il s'est produit à une époque où il existait depuis longtemps une langue consacrée par la littérature et par la cour.

Semblablement certaines rimes, où il s'agit de ot et de u ont été possibles au xvi® siècle (1) et sont devenues impossibles plus tard. Ce point, que Quicherat 354-58 a traité

1. La Fontaine fait encore rimer émute (auj. émeute) avec dispute, F. VII 8, avec députe, X 4 ; Furetière se moque dans son Rom, bourg,, II 76 (Ed. de 1878), de la rime cœur : dur, comme étant une rime gasconne ou périgourdine.

insuffisamment, en ce qu'il n'a pas bien distingué les différentes origines des sons dont il est question , a été discuté soigneusement par Darmesteter, Roman. ^ V, 394, à propos des opinions erronées de Talbert. Il résulte de son article que le son ô , qu'il ait été traité comme eu ou comme t^ de l'ancien français , s'était changé passagèrement en u dans quelques mots de plus que ceux qui nous attestent encore aujourd'hui ce changement (/Ur, sur, mûre) ; que u , d'un û latin, s'il était suivi de r, avait, dans les patois, le son de ô ; que eu de l'ancien français n'a pas toujours cédé immédiatement la place à u^ mais est devenu, dans certains mots, d'abord ô, comme cela subsiste encore dans le français moderne bonheur ; enfin que des poètes du Sud de la France, dont le patois maternel ne connaissait point le son ô, ne savaient pas toujours distinguer correctement ô et u (1).

Parmi les mots en -aigne de l'ancien français qui, avec l'homophonie établie de bonne heure et sur une large étendue du territoire français entre ai et ei devant n ou ^n, pouvaient rimer avec les mots en-eigne, beaucoup prirent plus tard le son ^agne^ et dès lors ne purent plus rimer avec les mots enseigne. Si baigne : enseigne est encore une bonne rime, on ne peut plus aujourd'hui faire rimer compaigne : dédaigne, comme Malherbe l'a fait, IV 130.

De même les mots terminés aujourd'hui en -ogne et les mots en -oigne ont eu précédemment une terminaison commune comme son et comme orthographe ; aujourd'hui ils ne peuvent plus rimer.

Les mots en ^age rimaient antérieurement, la différence de son étant représentée par l'orthographe aige, avec ai-je et les premières personnes du singulier des futurs et des parfaits en ai, quand je suivait, parfois aussi avec ^eige. Ces deux procédés ne sont plus permis.

On pourrait parler encore de beaucoup d'autres change-

(1) V. aussi Thurot, De la pron. fr., 445-454.

ments dans le caractère phonétique de certains groupes de mots , par exemple de Tusage flottant en ce qui concerne la valeur de 1'^ précédée d'une voyelle et suivie d'une consonne. Par suite de cette indécision, une époque antérieure nous montre souvent un état phonétique plus avancé, c'est-à-dire un assourdissement de 1'^ et, en conséquence, des rimes comme députe : juste; perruque : jusque, tandis qu'à une époque postérieure, tantôt on est revenu à un état phonétique plus ancien , tantôt on a fait redevenir victorieux un état phonétique plus ancien qui n'était pas encore tout à fait délaissé à côté de l'état plus avancé, et dès lors on ne pouvait tolérer ces rimes.

Il y a encore le pli que Ton a pris à l'époque moderne de traiter avec un peu plus de scrupule les mots étrangers, c'est-à-dire de tenir plus de compte de leur forme, de leur prononciation et de leur orthographe en latin que des dispositions de l'organisme vocal français qui s'était approprié avec fort peu de scrupule ces mots étrangers {pt^ et ; et aussi plus tard x dans l'intérieur des mots).

Il y a enfin la différence de traitement des finales à consonnes quand la flexion y ajoute une s. L'ancienne langue faisait tomber devant cette s la finale du mot dépourvu de flexion ; la langue moderne s'eflforce de faire entendre, même devant 1'^ de la flexion , tous les éléments phonétiques du mot dépourvu de flexion et préfère laisser de côté sans la prononcer 1'^ flexionnelle.

Pour faire mieux comprendre tous ces faits , Quicherat a réuni des documents précieux, sur lesquels cependant il n'a pas toujours donné des explications satisfaisantes.

D'une importance spéciale pour la théorie de la rime est le changement dans l'état de la langue qui consiste dans l'addition d'une 5 à la première personne du singulier à certainstemps de l'indicatif où cette s n'existait pas encore en ancien français et n'est point justifiée par Tétymologie. Ce <;hangement est important, parce que, encore aujourd'hui, le poète profite, dans de certaines limites, de l'usage

flottant de la langue qui , il est vrai , a existé à une certaine époque, mais qui a cessé depuis longtemps, au moins pour Torthographe usuelle, bien qu'il se trouve favorisé dans son prolongement par l'état de la prononciation actuelle {placé : je ne sai^ Ponsàrd, Lucr,^ VI). Les poètes dans la pratique, en se permettant la suppression de 1*5, et les théoriciens dans leurs règles se sont souvent exposés à des malentendus, parce que les uns comme les autres ne connaissaient pas suffisamment le procédé d'une époque plus ancienne dans lequel ils croyaient trouver la justification de l'emploi de certaines formules quelquefois très commodes, et par suite croyaient permises des formations qui n'avaient jamais existé. Il est vrai que l'ancien français ne connaît pas 1'^ comme terminaison à la première personne du singulier ; mais il est faux que la première personne du singulier n'ait jamais été terminée par une s. Elle l'a eue dans de très nombreux cas où sa présence était très bien fondée : d'abord dans tous les verbes à radical inchoatif ou à radical inchoatif élargi , donc dans conois^ paiSy crois (cresco), nais et dans tous les verbes inchoatifs en ir (Quicherat, 447, se trompe fort en prétendant qu'en ancien français on avait dit je fini au présent); ensuite dans d'autres cas où r^ appartient au radical, comme da,ns puis, cous, is et dans quelques présents formés par analogie ; ruis, truis, doins, vow (naturellement aussi dans les verbes de la première conjugaison dont le radical est terminé par une s). L'ancien français a encore 1'^ dans beaucoup de parfaits dont le radical est accentué, soit qu'elle n'appartienne qu'au radical du verbe, comme dans fis, soit qu'elle appartienne au radical du parfait, comme dansée pris, dis, trais, mis, etc. Par contre, il ne l'a pas eue ailleurs, ni dans les parfaits faibles en i, ui, ni dans les imparfaits en oie, oi. Les poètes modernes se sont quelquefois trompés à cet égard : ils pouvaient accoupler je di : hardi, Mol., Tartufe, V 3 ; je reçoi : moi, Misanthr,, 12; je voi : moi, II 1 ; je tien : bien. Racine, Plaid., I 2 ; ils pouvaient

uiMË. 193

aller encore plus loin et se permettre je fui [fuyio) ou je sui^ ce qu'ils n'ont jamais fait, sans doute parce quej^nw n'avait jamais à côté de lui pui ; mais ils ne devaient jamais se permettre : j'averti au présent {je vous en averti : prenez votre partie Racine, Dajaz,^ II 3).

Il en est à peu près de même de 1'^ de la deuxième personne du singulier de l'impératif, inconnue en ancien français, sauf là où sa présence est justifiée par l'étymologie c'est-à-dire où elle appartient soit au radical , soit à l'élément introduit par l'élargissement inchoalif de ce dernier. Dans ce cas aussi , les poètes du xvii^ siècle et leurs successeurs ont çà et là employé les anciennes formes sans 5; Racine :

cours, ordonne et revien Me délivrer bientôt d'un fâcheux entretien,

'.Phèdre , II 4.)

et encore Voltaire :

vengeons-no js, vole/ attend/ Non, va, te dis-je, frappe et je mourrai content.

Udél, IV, 5.)

Qui admet les premières personnes je di, je voi et autres analogues n'aura pas d'argument sérieux à opposer à l'emploi de ces impératifs.

Quant à l'omission de 1'^ des deuxièmes personnes de l'indicatif et du conjonctif dont nous avons parlé p. 77 et p. 153, on ne peut la justifier qu'en s'appuyant sur un principe qu aucun poète français n'a, jusqu'à ce moment, osé reconnaître franchement et sans réserve.

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PftgM,

Préface d« la traduction v

Préface de la première édition xvit

Préface de la deuxième édition xx

La structure du vers n*est point déterminée par la quantité des syllabes l

Essais d'imitation des vers antiques 5

La structure du vers n'est point déterminée par le nombre

des arsis 7

Gomment on compte en français les syllabes du vers. ... 8

Changement de mètre dans le môme poème 10.,

Changement de genre dans les vers à des places correspondantes dans les strophes 15

Vers libres 19

Vers blancs 20

Enjambement 23

E muet entre des consonnes 33

Chute de Ve muet des pronoms proclitiques et de l'article. 35

E muet signe graphique entre t* et r 38

E muet à la pénultième de mots qui semblent être des proparoxytons 38

Doublets du môme mot avec et sans e muet entre des consonnes 38

E muet suivant une voyelle sonore tonique ou protonique. 39

E muet précédant une voyelle sonore 54

Diérèse prétendue et diérèse réelle 56

E muet à la fln d'an mot devant un mot commençant par

une voyelle 59

E muet à la fln d'un mot devant un mot commençant par

une h ' 6i

Elision des voyelles de la, si en français moderne et de ma, ta, sa, te (= tu), ne (=z nec), se (= si et sic), en ancien

français '..*.". 63

Elision facultative de Ve muet des monosyllabes dans l'ancienne langue 63

£ muot final des polysyllabes suivi d'un mot commençant

par une voyelle dans l'ancienne langue ; 69

Elision de Ve muet alors qu'il devrait être protégé par

s finale 76

Synérèse 77

Contijîuïlé de voyelles sonores dans l'intérieur du mot.. . 78

Voyelles originairement séparées par des consonnes. .... 79

Voyelles qui déjà en latin formaient hiatus 86

Contiguïté de voyelles amenée par la décomposition d'une

voyelle ou par attraction 95

Gjntiguïté de voyelles résultant de la réduction de consonnes en voyelles 102

Césure féminine (épique) réelle dans l'ancienne poésie. . . 108

. Césure féminine apparente dans la poésie moderne 108

Césure lyrique du vers de dix syllabes . . 111

Vers de dix syllabes sans césure 113

Vers de dix syllabes avec césure après la sixième syllabe. 113

Vers de dix syllabes avec césure après la cinquième syllabe. \ 16

Vers de douze syllabes 118

Vers de onze syllabes 1 20

Vers de neuf syllabes 122

Vers de huit syllabes 123

Vers de plus de douze syllabes 126

Intensité de la césure 128

Règle actuelle de l'hiatus 140

Ses inconséquences 141

Violations de cette règle et critiques qui en ont été faites. 145

Rime et assonance masculines et féminines 149

Assonance dans des poèmes rimes ...........;....... 150

Rime riche et rime léonine 1 50

Rime pour les oreilles et non pour les yeux 150

Restriction en ce qui concerne des sons qui ne se font

plus entendre 151

. Rimes normandes ^ .. . 155

Rimes de mots dont les consonnes finales (Sy t) sont traitées différemment dans l'orthographe et dans la prononciation 1 57

Richesse de la rime exigée dans certains cas 1 59

Diphthongue ascendante opposée dans la rime au groupe

disyllabique formé par ses voyelles 161

Diphthongue ascendante opposée à la voyelle simple qui

répond à son second élément 162

La syllabe finale de la rime féminine est un mot atone. . . 163

Rime d'homonymes 167

Terminaisons rimées ayant en commun un mot atone ou

ci, là 168

' Verbes auxiliaires rimant avec eux-mêmes 169

Pronoms rimant avec eux-mêmes 17^

"Adverbes rimant avec eux-mêmes 173

Rimes équivoques 176

Rime grammaticale 177

Rime double 179

Rime intérieure 179

Durée plus ou moins grande de la faculté qu'ont des groupes

de mots d'être accouplés par la rime ou par l'assonance :

Suivant l'état phonétique de chaque époque et de

chaque région dialectale 184

Suivant l'état de la flexion 191

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