IV
de même Percevais 27575 ;
Ha, Drôin, donez m'en asez,
Fet soi Benarz, que bones sont (les cerises)
— Par Vame de toi, et ne sont?
Fait Droïn. — ôiL — par mon chief,
Tu en avras, cui qu'il soit grief.
{Ren., 25156.)
aidier vos vint : dont il vos vint, GuilL Pal. 8084 ;
Li buen homme bien vëu Vu/nt Al mien espeir, mes li mal n'unt.
(M. Saint-Michel, 2806.)
en guerredon Del servise que fait vos ai Ou mon jovent tout usé ai.
(Méon, II 334, 920
mestier ont : souffraitenont, GuilL Pal.^ 3408;
ne ge ja sente n'aies Por quoi deleauté vers ïseut la blonde aie.
{Poire, 107.)
Le Renart a un exemple de puis (possum) rimant avec lui-même :
Sel vos amenrai, se ge puis.
— Dist Morhout : se tenir le puis ^
Ge ne demant nule autre chose.
croire ne me vels : se tu vels^ Poire ^ 2 1 19 ; bien le sai : je nesai, R. Charr., 1376 (1).
On trouve de même des pronoms personnels rimant avec eux-mêmes, et, pour ceux-ci, il n*y a point de différence de sens, à moins que Ton ne tienne compte de la différence de fonction casuelle; mais cette dernière n'existe même pas dans la plupart des cas. Voici quelques nouveaux exemples à ajouter à ceux de Freymond {toc. cit,) :
Et a V enfant noier fui gié, Jhesucrist, que devendrai gié?
(Méon, Il 227, 360.)
Et l'en li dist : tes toi , tes toi.
Nus ne doit mes parler a toi.
{Ibid,, II 438, 362.)
Recëu avez mort par moi^ Niùs hom n'i a mesfet fors moi.
{Ren., 25292.)
Quant il n'i a plus leu que lui ; Renarz se vangera de lui,
{Ren., 19564.)
(1) Voir, en outre, les exemples recueillis par Freymond, Zts. f. rom. PhiL. VI 213.
a la cort a moult poi En qui me fi tant con en vos^ De barons; non , foi que doi vos.
{Ren., 18684.)
/fo, dist Renars , celui lojou Honeur et croiy etvorroijou Que bien sans m^l H avenist.
{Cour., Ren., 1372.)
Venuz i esteie endreit eh , Molt en voleie le prou d'els.
{Troie, 5872.)
avoec au^: entr'^aus^ Mousket, 15631 ; sour aus : entr'aus, ib.^ 20838. Dans Texemple suivant, il y a différence de cas :
Sire RenarZy bien veniez vos.
Primaut, diex benëievos.
{Ren., 3026.)
Des adverbes riment aussi avec eux-mêmes : saisit les en :.. alat s'en, Voyag. de Saint- Brandan, 370; alez y : alons y, Chemin de l. est. 5618;
veés le la A celé haute table la.
(Mousket, 17071.)
soiens ci :.. viegnent ci, GuilL Pal., 1744; corrent su^ ;.. estoit sus, ibid.y 5528.
Il va sans dire que ces rimes ne sont point un ornement pour un poème, et cela résulte de ce que nous avons dit plus haut à propos des rimes uniquement formées de terminaisons flexionnelles ; tous les mots que nous venons d'étudier ont au fond à peu près la même valeur que ces terminaisons flexionnelles (1).
(1) Cette reproduction d'un môme mot à la rime est tout à fait difTérente de la reproduction^ souvent employée dans la lyrique, d'un même
174 HIMB.
Si Ton admettait les rimes d'homonymes , on en pourrait conclure une raison d'être aussi pour les rimes des mots qui , tout en présentant le même radical , ont des terminaisons pour ainsi dire homonymes, c^est-à-dire ayant le même son, mais non la même signification , dans différentes espèces de mots comme les armes : tu armes ; la force : je force; au double : il double; le calme : Use calme, etc. Ces rimes ne sont tolérées qu'au cas où les significations des deux formes sont telles que l'identité du radical n'est pas facilement reconnaissable et qu'on semble avoir aflaire à des radicaux diSérents , homonymes seulement par hasard. Ainsi Ton peut faire rimer : il part ; la part ; la partie : elle est partie.
Il en est à peu près de même des mots dont l'un , en qualité de composé, renferme un radical qui se présente aussi dans Tautre, soit avec, soit sans préfixe. Ces mots peuvent être accouplés dans la rime s'ils se distinguent l'un de l'autre par leur signification et non pas uniquement par une diSérence de suffixes encore vivants. On peut donc faire rimer : robe : dérobe ; front : affront ; lance : élance ; pas : trépas ; penser : dispenser ; objet : sujet , Corneille, Rodog. III 4, Pompée, Il 4 ; sujet : projet, Pompée II 3; parti : réparti, Rodog., IV 1 ; attendre : entendre, ibid., IV, 1; reprendre {recouvrer): surprendre, IV 6 ; défense: offense , V 1 ; discours : secours , Pompée, I 1 ; priw : mépris ,13; souvenir : avenir, II 4; accès : succès, IV 1;
mot (qui naturellement est toujours un mot digne d'un accent particulier) à une ou plusieurs places, soit dans toutes les strophes, soit au moins dans deux strophes qui se suivent (mot du refrain). Au n* 117 du grand manuscrit de Berne, le premier et le dernier vers de chaque strophe amènent joie à la rime; au n» 126, chaque strophe (et chaque envoi) se termine par amie; au n" 188, les deux premières strophes ont trois mots rimes communs à des places correspondantes, les deux strophes suivantes en ont deux. Cf. 234 (à une place dans chaque strophe), 354 (où parmi les mots finals qui ne trouvent leur rime que dans les autres strophes, il en est un qui est régulièrement reproduit dans deux strophes); 363; 378; 483. Dans 463, il y a toujours deux strophes liées par l'identité de tous leurs mots rimes.
son secours : un autre cours, Andromède, Il 6. Mais on ne pourrait pas permettre : voir : prévoir : revoir ; mor^ tel: immortel; content : mécontent, etc. Les limites imposées aux poètes dans l'emploi de ces rimes n'ont pas laissé de varier considérablement d'une époque à l'autre : ses jours : toujours, Corneille, Andromède, I 2; des dieux : funestes adieux. Racine, Iphigénie, V 2; amis et ennemis même ont été critiquées comme étant du moins des rimes quelque peu négligées. Scudéri a signalé comme fautive la rime perdu : éperdu, Cid, III i, a à cause que Vun est le simple et l'autre le composé », et Corneille, reconnaissant la justesse de cette observation , modifia le second vers ; mais Voltaire, dans ses remarques sur la critique de Scudéri , donne raison à Corneille : « perdu et éperdu signifiant deux choses absolument différentes, laissons aux poètes la liberté de faire rimer ces mots. »
Les rimes de véritables homonymes sont aussi fréquentes chez les poètes de Tancien français que chez les poètes modernes; elles le sont peut-être davantage ; issi {exivit, ecc'sic), Ch. Lyon, 186, fust [fuisset, fustem) 214, pot {potuit, pot) b90, ost [*ausetj hostem) 1638. Bien plus ces rimes ont été souvent recherchées et Ton a attaché du prix à réunir à la fin des vers , rimant entre elles, le plus grand nombre possible de syllabes homophones d'un sens tout à fait différent. Gautier de Coincy avait poussé la chose très loin :
fu plesanz et bêle De cors, de bras, de mains, de vis ; Et se par dedenz vos devis La biauté de la bêle dame Plus que de cors fu bêle d'ame.
(Méon,II3.)
La sainte virge pure et monde , Qui toz les siens netoie et monde ,
Si vos netoit et si vos mont Et si vos face cest vil mont Et cest vil siècle sor monter, Ou en paradis puissiez monter.
(Ibid., II, 128.)
Cil qui l'aime volagement (la sainte Vierge), Vers enfer pris vol a, je ment , Ains i estjapieça volez.
(G. Coincy, 421 , 220.)
Lucifer ies a droit, car lejor aportas Et le perillié monde arivé a port as.
{Ibid., 741 , 152.)
et de même dans d'innombrables passages qui cependant sont trop souvent restés obscurs pour les éditeurs. Reinsch (Herrig's Archiv LXVII 78) a donné une liste de passages où G. de Coincy joue avec des rimes à radicaux uniformes et à homonymes. Le même procédé se retrouve dans Rutebeuf, I 64, 218; II 32, 71, 152; dans le Cleomades d'Adenet 18595. Beaudoin de Condé, dans le même siècle, a exécuté souvent les mêmes tours de force, par exemple dans la pièce XVII de l'édition de Scheler qui a pour premières rimes : conte [comités, computat)\ aroi : à roi; joli et gent : toute gent; diex : d*iex ; ment gié : mengié; des cors : descors.
Ces rimes, que 6. de Coincy avait désignées sous le nom de rimes équivoques (1), ont trouvé plus tard encore de zélés partisans , surtout au xv® siècle et au commencement du XVI® siècle : Meschinot (f 1491) et Guillaume Crétin (f environ vers 1525) ont excellé en ce genre. Cl. Marot même y a quelquefois donné, mais il n*y a guère donné
(1) Vous, grant seigneur, vous, damoisel,
Qui a compas, qui a cisel
Tailliez et compassez les rimes
Equivoques et leonimes.
que dans l'intention de produire un eSet comique. De même Rabelais qui , d'après Et. Pasquier, a dû , dans la personne du poète Raminagrobis (III, 21 ), se moquer de Crétin (1).
La rime entre un mot simple et un mot composé n'a pas été non plus regardée comme incorrecte dans l'ancienne poésie. Les bons poètes l'emploient sans doute moins souvent que les poètes maniérés, mais ils ne l'évitent pas non plus scrupuleusement : batuz : abatuz, Ch, Lyon, 500; batuz : embatuz , 930 ; pris : entrepris, 960 ; non : renon, 241 4. Elle se rencontre beaucoup plus souvent chez G. de Coincy : joindre : desjoindre, Méon , II 4 ; eneure : desheneure, II 5; crut : descrut, II 5. Certains poètes trouvent spécialement belle l'accumulation la plus grande possible de rimes formées de mots du même radical. Nous en avons un exemple dans la quinzième pièce de B. de Condé ]qui trouva dans son fils un successeur même pour ces tours de force.
11 y a une certaine parenté entre cette rime et celle qu'on appelle la rime grammaticale. Celle-ci n'est pas , à proprement parler, une rime, mais une combinaison de couples de rimes : des mots qui se sont opposés dans une couple s'opposent de nouveau dans la couple suivante ou , du moins , dans une des plus proches , mais avec une autre forme de flexion ou de dérivation. Crestien lui-même nous en fournit un grand nombre d'exemples : venuz : retenuz, reving : ting, Ch. Lyon, 573-76; savra : avra, eue ,* sëue, 717-20; amer : clamer, aim : daim, 1455-58; delàier : essaier, délaie : essaie, 2515-18; venue : tenue, venu : retenu, 3097-3100; avez : savez, savons : avons, 4941-44; jurent : conurent, gëussent : conëussent, 5855-58 ; fin : fin, fine : fine, 6799-6802. Les poètes^qui recherchent des rimes équivoques ont en général des rimes
(1) V. à ce propos Quicherat , 462 sq. et Bellanger, ch. l.
TOBLBB, Versification. 12
grammaticales en grand nombre. Mousket emploie Tune et Tautre rime à la fois, quand il dit :
Guenelons tavoit Espousee et cHert ses maris , S'en iert marie et il maris ; Qua/r la dame est savent marie, Ki de mal signor se marie.
Pour cou s'en ot le cuer mari Qu'ele a honte voit son mari.
Cf. 22537 sq., 29432 sq.; dans Rutebeuf li porpris : por pris, porprise : porprise, por prendre : porprendre^ II 31; cf. 160; Poire, 65-72; 129-132.
La rime grammaticale paraît admise dans le système de rimes de la chanson , par exemple dans les n^ il et 28 du grand manuscrit de Berne. S. Prudhomme nous montre ce que peut faire Tart véritable de ce qui chez d'autres n'est qu'un badinage :
Si quelque fruit, où les abeilles goûtent ,
Tente, y goûter ; Si quelque oiseau, dans les bois qui l' écoutent,
Chante, écouter; Entendre au pied du saule où l'eau m/urm/ure
L'eau m/arrrmrer ; Ne pas sentir, tant que ce rêve dure ,
Le temps durer,
Et seuls, heu/reux devant tout ce qui lasse,
Sans se lasser,
Sentir l'amour, devant tout ce qui passe ,
Ne point passer.
(in 11.)
Enfin, il faut encore mentionner la rime double (1) qui se produit quand plusieurs syllabes de la terminaison d'un vers riment , considérées isolément , avec les syllabes correspondantes d'un autre, sans pour cela former une rime polysyllabique, ce qui n'arriverait que si les consonnes commençant les syllabes étaient ^iniformes. Les doubles rimes paraissent être le résultat du hasard plutôt que de la volonté du poète. Exemple dans le Ch, lyon : rasegura : ne dura, 450 ; le vueille : ne fueille, 460 ; me vëissent : ne fëissent, 566 ; i devait : li grevait, 680 ; esvertus : perdue, 890 ; sa sele : apele, 728.
On appelle rime intérieure celle qui met en rapport une ou plusieurs syllabes de Tintérieur d'un vers avec d'autres syllabes qui peuvent se trouver dans Tintérieur ou à la fin soit du même vers, soit du vers précédent, soit du vers suivant. La lyrique provençale s'en est servie plus souvent que la lyrique de Tancien français et , dans beaucoup de cas , la partie portant la rime intérieure d'un vers trouve la partie rimant avec elle, non pas dans la même strophe, mais seulement dans les autres strophes à une place correspondante ; v. Arnaut Daniel dans la Chrest. prov. de Bartsch , 1" éd., p. 135 :
/. Laur*ama/ra fais broills brancutz Clarzir, quel douss' espeiss' ab folhs , Els letz becs dels auzels ramènes,..
IL Tan fo clara ma prima lutz D'eslir leis don crel cors los olhs , Non pretz necs mans dos anjovencs. . .
La rime intérieure a été moins employée par l'ancienne poésie française qui n'a jamais égalé la poésie provençale
(!) Ce nom me semble fort juste pour désigner deux rimes placées l'une à côté de l'autre ( t : li + devoit : grevait) que Ton ne peut pas enfermer dans une seule rime. L'emploi impropre qu'on en a £ait ne me décide point du tout à l'échanger contre le terme tout à fait inusité et qui
dans sa manière ingénieuse de construire les strophes. Quand elle se présente dans la poésie non strophique, elle est à regarder conune fortuite :
Nenil, qui biev esgarde droit , Et je cuit , RIEN ne me vaudroit.
(Gh. Lyon, 2006) (1).
Mais quand elle reparait constamment à des places correspondantes et chaque fois dans des conditions analogues, dans des poèmes strophiques ou dans des poèmes lyriques, bien que non strophiques, elle a été nécessairement vou-
n'est dans aucun cas immédiatement compréhensible, proposé par Freymond Zts, f, rom. Phil. VI 35. L'idée qu'il s*agit d'exprimer ne peut être introduite dans le mot 7:apc6vu{ioç sans en forcer le sens. Si les lignes qui riment renferment un nombre encore plus grand de parties ne rimant que si on les considère isolément , on pourra parler d'une rime finale triple , quadruple ; si , dans les lignes , il y a interruption entre les rimes par suite de syllabes ne rimant pas , on a une rime intérieure.
(1) Dans les quatre vers du Gh. Lyon202S-31 qui commencent par en tel (sc. manière vosaim), il ne faut pas voir une rime intérieure, parce qu'ici on a affaire non pas à des mots qui riment, mais à des mots identiques et par la forme et par le sens , lesquels se sont opposés à des places correspondantes dans les vers. Ce que le poète a voulu avant tout, c'est tout simplement l'effet particulier produit par Tanaphore , figure si fréquente même en prose : le parallélisme dans la construction de la phrase amène naturellement le reste. C'est ainsi que des vers qui se suivent commencent par Ci vëisseiz, puis par Ci veïst l'en , Troie, 9342 ; par Par aventure, Guill. de Pal. 1532 (où le mot qu'il s'agissait de répéter est reproduit plus loin encore à d'autres endroits qui ne se correspondent pas) ; par Or l'aime, Veng. Rag. 3618; par Ydain, ibid., 3773 ; par C'est, Meraug. 208 (où il y a en même temps répétition dans le milieu du vers); par Amors, Rose 5020 (imité par Rob. de Blois, Barb. et Méon, II, 213, cf. ibid., IV 149); par Femme, Jubinal N. Rec, II 330; par Envie, Ruteb., 1 304 ; par //ec, ensuite par La, Rose, 5093 ; par Tuit, ibid., 9340; par Lors, ibid., 9430; par Hui, Barl. et Jos,, 113; par Or, Perceval, 24950; par Or voit, 29428. Mousket commence six couples de vers par or m'estevra , 8700 ; trois couples de vers doubles par que diront, 8894 ; V. l'ôid., 21903, 21982. — Stengel, Zts, f. rom, Phil, IV 101, a attiré l'attention sur la tentative faite dans un passage àAye d'Avignon de faire assener la syllabe de la césure avec la fin du vers.
lue (1). Cependant on peut quelquefois, dans ces cas, se demander si Ton a affaire à la rime intérieure d'un vers plus long ou à la rime finale d'un vers plus court. Ainsi, par exemple :
Ne porroit on mie aconter
Ne reconter ( || ) sanz mesconter.
{Rom. u. Past., I, 29, 26.)
Pour d autres cas, la solution est plus facile : par exemple, dans la ligne 16 de la même pièce,
Cors et grailei — et chief blondeX
ne forment point une seule ligne avec rime intérieure, car cette ligne {chanter devant être lu au lieu de chantcmt dans la ligne 12) serait la seule ligne du poème sans rime finale : il faut donc y voir deux lignes à quatre syllabes à rime finale. De même I, 47.
La rime intérieure (entre des syllabes intérieures de deux vers ) peut être dans une relation continue avec la rime finale double ( triple, quadruple) :
Lobans lobés et lobeors
Robe ROBES ET ROBEORS
{Rose, 12477.)
Et cil LOBENT LES LOBEORS Et df^^ROBENT LES ROBEORS
Et servant lobeors de lobes , Ostent aus robeors lor robes.
(Ruteb., I 220.)
{{) Pour le premier cas, v. par exemple Maetzner, Afz, Lieder, XXXIV, où les lignes 5 et 6 ne forment probablement qu'un seul vers ; le n* 163 du grand manuscrit de Berne où les décasyllabes à la fin de là première strophe ont une rime intérieure devant la césure; le n'>203 où le premier des trois décasyllabes a toujours une rime à la césure et sou-
Moi , QUI TE PARLE, MOI ,
rexterminent les dieux , toi , qui me parles, toi.
(Rotrou , Sosies , IV 2) (1).
Il peut même arriver que chaque syllabe d'un vers rime avec la syllabe correspondante d'un autre vers :
Se Pu le suiSy il te suira ; Se tu le fuis, il te fuira.
(Rose, 4975.)
Au XV* et au xvi* siècle, il y a eu diflférentés espèces de rimes intérieures fort en vogue. Telles furent la rime bâtelée (probablement du même radical que bateleur) qui met en rapport la fin d'un vers avec la césure du vers suivant ; la rime renforcée^ ainsi que l'appelle Quicherat , laquelle fait rimer la césure avec la fin du vers (ce n'est cependant pas le cas dans l'exemple cité par Quicherat); la rime brisée qui fait rimer les mots placés à la césure. Ces tours de force et d'autres encore ont été passés en revue par Quicherat, 465-68, et par Bellanger, Et. sv/r la rime^ ch. I. Suchier {Reimpredigt, p. XLIX) fait remarquer le rapport qu'a une strophe fort en vogue, dont le type est 5a5a5b5c5c5b, avec les hexamètres rimes du Moyen-Age qui lient le spondée du 2® et le spondée du 4® pied de chaque vers par la rime et en outre chaque paire d'hexamètres par la rime de leurs deux dernières syllabes. D'après cela, on pourrait aussi regarder ces strophes comme des paires de lignes à quinze syllabes avec double rime intérieure.
La poésie moderne ne fait plus guère emploi de la rime intérieure ou plutôt ne la laisse plus paraître à Tœil comme
vent aussi le deuxième ; le n" 208 et le n" 436 où du moins les deux premières strophes présentent une rime à la césure, etc. Dans le deuxième cas rentrent les lais lyriques, par exemple celui de Ck>lin Muset, dans Bartsch, Rom, u. Past., p. 355.
(1) V. Zts. f. rom. Phil, VI 36.
RIMB. 183
telle. Aujourd'hui chaque rime est en même temps la fin du vers. Mais en réalité la rime intérieure n'a pas absolument disparu. Dans les Gaulois et les Francs de Béranger, les couples de lignes qui suivent se répondent dans les différentes strophes :