‹ Le vers français et les prosodies modernesChapitre 36 sur 63 · QUINAULT · texte numérisé non relu

QUINAULT

Quand l'hiver — a glacé — nos guérets, Le printemps — vient repren — dre sa place Et ramène — à nos champs — leurs attraits; Mais hélas ! — lorsque l'a — ge nous glace, Nos beaux jours — ne revien — nent jamais

Molih:kk.

Ne cherchons — tous les jours — qu'à nous plairej Soyons-y — l'un et l'autre — empressés....

Des grandeurs — qui voudra — se soucie.... En aimant — tout nous plaît — dans la vie.

Que sans cesse

L'on se presse

De goûter — les plaisirs — ici-bas.

MOLIKKE.

Notre peine

Serait vaine

De vouloir — résister — à ses coups.

Molière. — Quinault. Prologue de Psyché.

Après les neiges — et les glaçons.

M. Guyan pense également que l'eunéasyllabe doit nécessairement se diviser en trois parties égales et M. Becq de Fouquières le range parmi les vers à césure fixe. M. de Gramont convient que t des vers ainsi coupés peuvent être très harmonieux ; ou peut dire qu'ils le seront trop. Ces mesures uniformes que Peffet de la rime ne viendra vivifier que de trois en trois ne tarderaient pas à fatiguer par leur monotonie ». Pour échapper à cet inconvénient, M. Quicherat n'exige qu'une seule césure, après la troisième syllabe (^) :

Belle Iris, — malgré votre courroux, Si jamais — vous revenez à nous, Vous rirez — et j'engage ma foi Qu'aussitôt — vous reviendrez à moi.

Charleval.

Si les vers trimètres ont un rythme trop marqué, peut-être trouvera-t-on que ceux-ci en ont un qui ne l'est pas assez. Assurément, les divisions de l'ennéasyllabe en 2 fois 2 ou en 3 fois 3 ne sont pas plus les seules réalisables que l'alexandrin et le trimètre 3 fois 4 n'épuisent toutes les combinaisons possibles du dodécasyllabe : la coupe 3 et 6 de M. Quicherat est tout aussi admissible ; seulement, ici encore, c'est la disposition parallèle des accents qui lui donne son caractère et son harmonie ; après le premier pied ternaire, les six autres syllabes se divisent non seulement en deux nouveaux pieds ternaires, mais aussi en trois pieds binaires. Les vers de Voltaire que cite M. Quicherat nous

(') M. de Gramont range à tort dans cette catégorie où la redondance n'existe plus ce vers d'une chanson attribuée à Malherbe :

L'air est plein — d'une halei — ne de roses

qui a, selon lui « outre la tonique-césure une tonique libre à la sixième syllabe ». La division en 3 fois 3 y est aussi nettement accusée que dans ces quatre vers de Van Hasselt dont le premier seul a deux césures proprement dites :

J'ai cherché — dans la nuit — étoilée,

J'ai cherché — dans les mor — nés déserts,

Dans la nuit — de ténè — bres voilée,

Dans les bois — pleins de va — gués concerts.

présentent les deux coupes distinctes du vers de neuf syllabes avec une césure après la troisième :

3. 5. 7. 9. Des destins - la chaî - ne re - doutable Nous entraîne - à d'é - ternels - malheurs 3. 6. 9. Mais l'espoir - à jaraais - secourable 3. 5. 7. 9. De ses mains - viendra - sécher - nos pleurs. 3. 6. 9. Dans nos maux - il sera - des délices

Nous aurons - de charman - tes erreurs; 3. 5. 7. 9. Nous serons • au bord - des pré - cipices, Mais l'amour - les cou • vrira - de fleurs (').

Pris isolément, et parfois deux à deux, ces vers sont exactement rythmés. Le désordre qui y règae provient du mariage hybride des deux notations disparates.

Mais là ne se bornent pas les formes diverses de Pennéasyllabe; car la césure après la troisième syllabe n^est pas aussi obligatoire que se Fimaginent la plupart des prosodistes.

M. Guyau, comme M. Ténint, recule devant la combinaison de membres tels que 4 et 5 ou 5 et 4 dont les rapports mathématiques lui semblent trop compliqués : « Faute d'avoir connu cette règle, dit-il, on a composé des vers de neuf syllabes qui sont vraiment inadmissibles :

En proie à l'enfer — plein de fureur, Avant qu'à jamais — il resplendisse, Le poète voit — avec horreur

S'enfuir vers la nuit — son Eurydice.

Th. de Banville. »

M, de Gramont croit que Terreur < d'un poète contemporain dont la science rythmique ne peut être contestée > consiste en ce que, par la position de la césure après la cinquième syllabe, le

(^) Segrais avait déjà employé la division des six dernières syllabes en 3 fois 2 dans ce quatrain oii l'on ne peut trouver à reprendre qu'une incorrect-ion au troisième vers :

Doux ruisseaux, - coulez - sans vi - olence ;

Rossignol - ne van - te plus - ta voix ;

Taisez -vous - zéphirs - faites - silence ;

C'est Iris - qui chan - te dans • le bois.

membre le plus court vient en dernier, « ce qui est assurément un ordre anormal ».

Cependant la coupe 4 et 5 du Diable à quatre ne nous paraît guère plus satisfaisante :

Je n'aimais pas — le tabac beaucoup ; J'en prenais peu — souvent pas du tout ; Mais mon mari — me défend cela....

Sedaine.

Si les vers de M. de Banville boitent comme ceux de Sedaine, ce n'est nullement à cause de la différence de longueur de leurs deux tronçons, mais uniquement à cause de ^instabilité de leurs accents rythmiques. Nous en trouvons la preuve dans les. Caresses de J. Richepin où des vers césures comme ceux de M. de Banville sont sauvés de l'incohérence par la régularisation de leurs toniques :

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