‹ Le vers français et les prosodies modernesChapitre 43 sur 63 · Solennités et lois — n'empêchent pas · texte numérisé non relu

Solennités et lois — n'empêchent pas

Je déQnis cet être — un animal....

Or, si l'on s'en rapporte à l'accentuation, qui est la seule pierre de touche du rythme, il importe peu que la césure tombe après la sixième plutôt qu'après la quatrième syllabe. Ces deux vers de Marot ont le même rythme ïambique :

Ne désirer la mort — ni craindre aussi Font vivre Vhomme — henreujo et sans souci.

Comme nous avons eu déjà l'occasion de le faire remarquer à propos de l'accouplement des deux membres :

C'est en vous que j'ai foi — parlez pour moi,

les deux tronçons 4 et 6 ou 6 et 4 ne sont inégaux que sous le rapport numérique des syllabes ; un même principe de symétrie partage le décasyllabe en deux véritables hémistiches, soit que deux pieds binaires s'équilibrent avec deux pieds ternaires :

'Renonce à tout — mais jamais à la foi,

soit que les deux pieds ternaires précèdent les deux pieds binaires ;

Dans la nue autrefois, — vaiUaw^ manoir...

A part le cas de vers uniformément ïambiques, la césure n'établit donc aucune disproportion entre les deux hémistiches, de quelque façon qu'ils soient disposés.

M. Guyau se demande pourquoi le décasyllabe qui a cessé depuis si longtemps de nous suffire, est resté le vers héroïque d'autres peuples. Il croit en trouver la raison dans la variété qui résulte chez eux de l'irrégularité des accents toniques. Or, s'il est vrai que les autres peuples « pour éviter la monotonie, mêlent au hasard deux coupes possibles du vers de dix syllabes (4-6 et 6-4) > parce que leur rythme ne s'appuie pas sur la césure, c'est, au contraire, par la régularité des toniques placées invariablement sur les syllabes paires qu'ils conservent à leur grand vers son ampleur et sa majesté. Selon la remarque de Scoppa, l'accent sur la septième syllabe dérange le système du rythme ïambique et engendre un autre rythme visiblement anapestique ; le vers perd alors toute espèce de gravité ; il devient sautillant, et il est indigne d'être employé dans les poésies héroïques.

La même observation peut s'appliquer, du reste, à l'alexandrin; le vers à quatre pieds ternaires :

Oui, je viens - dans son temple - adorer - l'Eternel

a une vivacité plus grande que le vers à six pieds binaires :

Je viens - selon - l'usage - antique - et so - lennel.

L'ordre inverse se produit dans les alexandrins :

Soumis - avec - respect - à sa - volon - té sainte,

Je crains Dieu, - cher Abner, - et n'ai point - d'autre crainte.

Les prosodistes mentionnent, en outre, un décasyllabe coupé, comme l'alexandrin, par le milieu (^), le vers en taratantara de

(') " Les premiers essais, dit M. de Gramoat, n'en remontèrent pas plus loin que le commeucement du XVI<^ siècle, n

La Chrestomathie de V ancien français de Karl Bartsch cite pourtant une romance du XLIie siècle :

Quand se vient en mai — ke rose est panie,

laquelle avait pour refrain : ^Ê

Je sant les douls mais — leis ma senturetej Malois soit de deu — ki me fisc nonnete.

Bonaventure Despériers. « Ce vers excessivement harmonieux, dit M. Ténint, est d'origine ancienne; on le trouve déjà dans les poésies de Baïf (^). Le dix-septième siècle, peu soucieux de la forme, l'ignora complètement. »

M. Ténint perd de vue que Voltaire avait écrit :

L'Amour est un Dieu -- que la terre adore;

Il fait nos tourments — il sait les guérir ;

Dans un doux repos — heureux qui l'ignore,

Plus heureux cent fois — qui peut le servir.

Il est vrai que lui-même en faisait bon marché, au point d'assurer que :

Ainsi partagés, — boiteux et mal faits, Ces vers languissants — ne plairaient jamais.

Par la fixation des accents, Van Hasselt les redresse et les met sur leurs pieds. A cet effet, il établit des différences bien tranchées entre leurs modes d'accentuation :

2. 5. 7. 10. Le ciel est si bleu, la terre est si belle Et l'air si tiède et si pur.

Regarde, ô printemps, voilà l'hirondelle Rouvrir son vol dans l'azur.

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