‹ Le vers français et les prosodies modernesChapitre 59 sur 63 · No ble esprit des no blés â mes, rè gne ici · texte numérisé non relu

No ble esprit des no blés â mes, rè gne ici

2.4.6.8.10,12. Que tout mon sang, pour vous offert en sa orifice. Que tout mon cœur, brûlé d'amour pour vos appas....

La pénurie d'exemples signalée pour la pentapodie s'applique à plus forte raison aux quatre-vingt-seize coupes de l'hexapodie qui s'étendent de onze syllabes (1.3. 5. 7. 9. Il) à dix-huit (3. 6. 9. 12. 15. 18). Ici encore, nous devons donc nous borner à en indiquer les notations, à l'usage des poètes de l'avenir :

Sans parler des six sortes de membres dipodiques, le vers, on le voit, ne comporte pas seulement une douzaine de coupes, comme l'enseignent les traités dé versification, mais douze tripodies, vingt-quatre tétrapodies, quarante-huit pentapodies, quatre-vingtseize hexapodies, soit en totalité cent quatre-vingts coupes différentes. Les membres et les vers se trouvent notés dans le tableau suivant :

Dipodies :

Tripodies

Tétrapodies

Pentapodies:

Hexapodies :

C'est donc un travail de très longue haleine que s'était proposé A. Van Hasselt, lorsque, à l'opposé de la méthode suivie par ses prédécesseurs (Scoppa, Ackermann, Ducondut, H. Boscaven, Castil-Blaze, etc.), il avait voulu commencer par la pratique du vers rythmique. Comme il le disait dans l'une de ses préfaces, c'est seulement après avoir établi toutes les combinaisons dont ce vers est susceptiple, qu'il pourrait produire un essai de théorie qui, au rapport de Fr. Fétis, devait être renfermé dans quelques pages. En l'absence de la plus grande partie de ces matériaux, une théorie du vers rythmique ne peut encore être qu'élémentaire.

Les pièces à l'appui sont toutefois suffisantes pour démontrer que le principe d'alternance qui gouverne les syllabes régit également les pieds : entre deux pieds forts, il doit y avoir un pied faible au moins et deux au plus. Pour ceux-ci comme pour celles-là, l'accentuation ne va pas au delà des nombres premiers 2 et 3 et de leurs composés 2 et 2, 2 et 3, 3 et 2, 3 et 3 et 3 fois 2 ; pour les uns comme pour les autres, les schêmes sont identiques :

Syllabes: Mon de im mense...

Pieds : Malbrough s'en va -t-en guerre. . .

Syllabes: Roi des en fers...

Pieds : 0 toi qui pro longeas mes jours...

Syllabes: Pre mier plai sir...

Pieds : Monde immen se, viens, je t'aime!...

Syllabes: Au clair de la lune...

Pieds: A peu de gens convient le di adème...

Syllabes: Mon a mi Pier rot...

Pieds: Le ciel n'est pas plus pur que le fond de mon cœur...

Syllabes: Le pre mier qui fuc roi...

Pieis : Prête, sans me troubler, l'oreille à mes discours...

Syllabes: Le ciel n'est pas plus pur..

Pieds: Que tout mon sang pour vous offert en sa crifice.

La période.

Les mêmes lois président à la formation de la période rythmique : de même que la syllabe est Pélément du pied, le pied ^élément du membre, le membre l'élément du vers, de même le vers est Pélément de la période ; le distique répond à la dipodie, le tercet à la tripodie. Ou peut les figurer au moyen des mômes signes graphiques;

( L'âge qui m'oste le sang ) Mesle ma barbe de blanc.

N. Rapix.

\ L'oiseau de l'aube chante aux cieux ( Ses rythmes si joyeux.

Voici tout le chœur des étoiles qui luit ; La lune si blanche illumine la nuit Et les morts vont si vite, si vite.

Le quatrain correspond à la tétrapodie :

O Job, ne crains rien, car c'est Dieu qui m'envoie ; Je viens t'apporter un message de paix ; Je viens t'enseigner à chercher la sagesse Plus haut et plus loin que ton œil ne peut voir.

Tandis qu^elle est une superfluité quand elle s'applique au pied, au membre ou au vers, la rime peut intervenir efficacement pour marquer davantage les articulations de la période. Elle remplit alors un rôle analogue à celui de la danse dans l'art des Grecs ; elle sert de point de repère pour Foreille, comme les évolutions du chœur antique servaient de rappel pour les yeux :

Doucement, à travers la fraîche ramure.

Doucement, à travers les feuilles du bois, — Un frisson amoureux chuchote et murmure, On croirait par moments entendre une voix.

Elle différencie ainsi la forme qui procède de celle-ci :

Renonce à tout, mais jamais à la foi.

C'est l'astre saint qui nous guide et nous prête Son phare sûr dans les nuits de tempête, Le vrai fanal que notre âme a dans soi.

Le cinquain est construit sur les deux formules de la pentapodie

Si foi se doit ajouter

Aux changements du vieux temps, —

Les dieux souvent déguisés

Pour leurs désirs accomplir,

Diverses formes ont pris.

Baïf.

OU, avec la rime :

En sonnant leurs grelots d'ivoire, Les muguets sont entrés au bois; — Le printemps va chanter victoire; Hirondelle, ton aile noire Je l'ai vue effleurer les toits.

0 chère sœur, tu m'as donc Laissé dedans le bourbier Du monde vain et trompeur; Au ciel ton âme montant En terre laisse mon corps.

Baïf.

Savez-vous, ô blancs nuages.

Qui dans l'air toujours roulez, Le vrai but de vos voyages ? — Savez-vous, ô blancs nuages, Savez-vous où vous allez ?

Le sixaia reproduit les schêmes de Phexapodie :

f Vantez-nous les beautés d'Italie

i Et d'Espagne, pays de folie,

I Où l'on porte le cœur dans les yeux ; —

j De Vénus on y pave les routes ; ' J'en sais une plus belle que toutes, V Et c'est celle que j'aime le mieux-

Un frais ruisseau gémit dans les bois Sous les feuilles muettes des aunes. — Les doux ruisseaux écoutent sa voix Et les fleurs purpurines et jaunes, — Sa voix qui chante et pleure parfois Sous les feuilles muettes des aunes.

Dans ces strophes, les rimes, plates ou croisées, sont en parfaite concordance avec le rythme : elle ne s'apparient que si elles sont marquées du même signe ou w. L'accord subsiste lorsque les vers du distique ou du tercet ont une coupe différente :

A l'heure où la nuit sur Venise descend Aux douces clartés de la lune, — La barque-fantôme s'avance en glissant Sur l'eau de la morne lagune....

L'alouette a pris son roi dans l'air. Dans l'azur du ciel si pur, si clair,

Elle vole, vole, vole ; — Et voilà qu'au fond des bois là-bas, Les échos s'en vont chantant tout bas

Son doux rythme qui grisolle.

Dans ces vers à'Athaliej les rimes sont plates, tandis que le rythme est croisé :

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