‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 101 sur 135 · RAPPELS INTÉRIEURS DES RIMES · texte numérisé non relu

RAPPELS INTÉRIEURS DES RIMES

Dans l'exemple suivant il i a encore plus de variété parce qu'il est plus long et que les idées i sont plus diverses. Nous i trouvons des rimes en voyelles claires et d'autre part en voyelles sombres suivant les nuances d'idées exprimées ; c'est dans la pièce de Hugo intitulée Quelqu'un met le holà :

1° Discours des lions aux rois:

Rois, Téchevèlement que notre tête épaisse Secoue en sa colère est de la même espèce Que l'avalanche énorme et le torrent des monts.

Vous, et vos légions, voms, et vos escadrons,

Quand nous y penserons et quand nows le voudrons,

0 prmces, nous ferons de cela des squelettes.

Lâches vous frissonnes devant des amulettes ;

Mais noMs les seuls puissants, nous maîtres des sommets,

Nous rugissons toujowrs et ne prions jamais;

Car noMS ne craignons rien. Puisqu'on nous a fait betes,

N'importe qui peut bien existe?' sur nos têtes

Sans que nows le sachions et que noMS y songions.

Vous les rois, le ciel noir, plem de religions,

Vous voit, mams jomtes, vils, prosternes dans la powdre;

Mais, toMt rempli qu'il est de tempête et de fowdre.

De rayons et d'éclairs, il ne sait pas si nous,

Qui sommes les lions, nous avons des genowx.

Il i a dans ce morceau deux notes principales, l'une claire (è, ey, et l'autre sombre fou, on) qui convient parfaitement à l'expression d'un sourd grondement. Il faut i ajouter quelques répétions d'éclatantes: Que l'avalanche énorme et le torrent.., — Vous les rois, le ciel noir. . ., Vous voit. . ., — enfin des premiers émistiches rimant ou assonant ensemble :

Vous, et vos légions. . .

Quand nous y penserons. . .

O princes, nous ferons. . . — Car nous ne craignons rien. . .

N'importe qui peut bien. . .

2° Discours de Dieu aux lions:

Vous êtes les lions, moi je suis Dieu. Crinières, Ne vous hérissez pas, je vous tiens prisonnières.

Toutes vos griffes sont devant mon doigt lev^,

Ce qu'est sous une meule un grain de sénevé;

Je tolère les rois comme je vous tolère ;

La grande patience et la grande colère,

C'est moi. J'ai mes dessems. Brutes et rois, tyrans,

Tremblez, eux les mangeurs et vous les dévorants.

Sachez que je suis là. J'abazsse et j'humilie ;

Je tiens, je tords, je courbe, et je lie et délie

La vague adriatique et le vent syrien ;

Je suis celui qui prouve à tous qu'ils ne sont rien;

Je suis toute l'aurore et je suis toute l'ombre;

Je suis celui qui sème au hasard et sans nombre,

Et qui, lorsqu'il lui plaît, donne des millio^îs

D'astres au firmament et de powx aux lions.

Nous avons là successivement toutes les notes : claire (e, è), éclatante (a, an), aiguë(i), sombre (o?/, on), cette dernière étant réservée comme il convient à la menace finale sous forme d'un sourd grondement. Nous n'avons marqué dans le texte, pour n'en pas compliquer l'aspect, que deux notes, la claire et la sombre. La note éclatante apparaît surtout dans les vers :

I>a grande patience et la grande colère,

C'est moi. J'ai mes desseins. Brutes et rois, tyrans,

Tremblez, eux les mangewrs et vous les dévorants.

Sachez que je suis là. J'abaisse et j'humilie ;

Je tiens, je tords, je courbe, et je lie et délie

La vague adriatique et le vent syrien.

La note aiguë commence à :

J'abaisse et j'humilze;

Je tiens, je tords, je courbe, et je \ie et déh'e La vague adriatique et le vent syrien,

et se poursuit presque jusqu'à la fin par : Je suis... quatre fois répété, et par: Et qui...

On pourrait relever enfin pour être complet (car cette observation rentre dans un chapitre précédent) les répétitions de consonnes qui contribuent aussi à insister sur chaque idée : Je tiens, je toi'às, je courbe, etc.

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