‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 116 sur 135 · ARMONIE FAIBLE · texte numérisé non relu

ARMONIE FAIBLE

Il arrive aussi, quand c'est le second émistiche qui n'offre pas de division nette, que le premier indique à l'oreille un certain mouvement, un certain sistème de division et la guide alors pour le second ; elle n'a plus qu'à se laisser aller à l'impulsion acquise :

Le Christ déraciné tremble sur le Calvaire é i é a i é o° é û è a è

(Hugo).

Mais l'armonie des vers tels que les suivants, qui ne bénéficient d'aucune des particularités que nous venons d'envisager, est particulièrement faible :

Pâle comme Morphée, et plus belle que lui a é oc dé é û è è è i

(Musset, Namouna)

L'impatient Néron cesse de se contraindre e"^ a i 0"^ é u"" è è è è u^ e"^

(Racine).

Être dans le désert, c'est vivre en un linceul

è è 0"^ é é è è i o° e° e'^ é I II il II I

(Hugo, L'aigle du casque).

Et sous mes pinceaux naît, vit, court et prend l'essor é U é 6"! 6 è i U e o" è ô

(Heredia).

Il n'i a pas lieu d'insister davantage sur les vers de ce tipe. Ceux dans lesquels les divisions du ritme sont nettes, mais ne coïncident pas avec celles de l'armonie nous retiendront plus longtemps. La plupart d'entre eux ont une certaine armonie, car il n'est pas indispensable que les divisions de l'armonie concordent avec celles du ritme. Mais il va de soi que lorsqu'il i a discordance entre ces deux séries de divisions, l'oreille qui est dirigée par la plus forte, la plus nettement marquée, celle du ritme, risque fort de ne pas saisir l'autre. Il n'i a qu'une oreille délicate et très exercée qui i réussisse le plus souvent.

Nons classerons les vers dans lesquels il i a discordance entre les divisions du ritme et celles de l'armonie, par ordre d'armonie décroissante.

1° Les plus armonieux sont ceux dans lesquels le ritme est du tipe 3-3- 4-2, 3 3-2-4 ou 2-4-3-3, 4-2-3-3 et dans lesquels l'armonie peut se diviser à la fois en diades et en triades. Il i a toujours en effet dans ces vers un émistiche où le ritme et l'armonie concordent. L'oreille choisit généralementle sistème de division qui fait coïncider l'armonie avec le ritme dans le premier émistiche :

C'est ainsi que ma muse, aux bords d'une onde pure è é^ i è a û 6 à û u" é û

(La Fontaine).

Pour les sept exemples suivants nous ne donnerons plus de schémas : le lecteur pourra aisément les constituer :

Qu'il imite, s'il peut, Germanicus mon père

(Racine, Brilannicus).

Aux petits des oiseaux, il donne leur pâture

(Racine, Athalie).

TRIADES OU DTADES 359

Regarder dans ses yeux l'azur du firmament

(Musset, Une bonne fortuné).

Il était le faucheur, la terre était le pré

(Hugo, Sultan Mourad).

Et l'Aurore pieuse y fait chaque matin

(Heredia).

Cléopâtre debout en la splendeur du soir

(ID.)

Mais comment se fait-il, madame, que l'on dise

(Musset, Namouna).

Dans les vers suivants le premier émistiche est ritriié en diades; nous ne donnerons de schéma que pour le premier :

La lune était sereine et jouait sur les flots a û é è éèéuèûéô

(Hugo, Orientales).

Combien de poux faut-il pour manger un lion ?

(Id., Le petit roi de Galice).

La nuit fait le hibou si le jour fait le cygne

(Id., Légende).

Les fleuves vont aux mers, les oiseaux vont au ciel

(Id., Paroles dans Véjjreuve).

Dieu seul peut nous voir tous quand sur terre il regarde

(Id., Légende).

Il meurt silencieux, tel que Dieu l'a fait naître

(Musset, Namouna).

Il jette un drap mouillé sur son père qui râle

(Id., ibid.).

Et l'ombre où rit le timbre argentin des fontaines

(Heredia).

2«Les vers sont ritmés à 3-3-4-2, 3-3-2-4 ou 4-2-3-3, 2-4-3-3 ; leur armonie n'est divisible qu'en triades ou en diades. (La possibilité d'une division supplémentaire en diades asimétriques n'augmente pas l'armonie).

a — Ce sistème concorde avec le ritme du premier émistiche :

Et le Persan superbe est aux pieds d'une juive é è è 0^ û è è 6 é û è i

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(Racine, Esther).

Je ne prends point pour juge une cour idolâtre

(Id., Bérénice).

Un cœur plus expansif, une jambe mieux faite

(Musset, Namouna).

L'un sculptait Tidéal et l'autre le réel

(Hugo, Le temple).

J'ai cloué sur des croix tous les petits enfants

(Id., Inscription)

Cette faucille d'or dans le champ des étoiles

(Id., Booz).

Semble un grand oiseau d'or qui guette au loin sa proie

(Heredia),

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