DEUX MODES POSSIBLES
Enfin la pensée n'ayant plus d'ailes pour voler, marche prosaïquement.
Il n'a manqué jusqu'à présent au vers ritmé libre qu'un poète qui sût le manier. Il faut reconnaître d'ailleurs que c'est un instrument beaucoup plus délicat que le vers classique, mais aussi combien plus puissant, combien plus varié. Aucune nuance qui lui échappe, aucun effet qui lui soit étranger.
Voilà donc deux tipes de vers qui se présentent : le vers sillabique de Racine, de Hugo, et des fables de la Fontaine, mais fondé sur la langue réellement vivante ; et d'autre part le vers ritmé à forme fixe ou surtout à forme libre. On s'arrêtera évidemment à Tune de ces deux manières ou Ton ne fera plus de vers. En deors de ces deux modes rien de possible en français pour le moment.
Qu'il vienne un poète digne de ce nom et il pourra user de l'un de ces deux instruments sans aucune restriction. S'il est vrai, comtne l'a dit d'Eichtal, que u toute tentative trop radicale et trop précipitée sera nécessairement stérile », et que « l'art doit procéder par évolution et non par révolution », le poète n'a plus à craindre ces mauvais présages ; il ne s'agit pas d'une révolution, mais de l'achèvement d'une évolution dont la plus grosse part est accomplie ; il n'i a pas de voies nouvelles à frayer, le chemin est ouvert.