‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 21 sur 135 · GRANDS VERS A RELIEF · texte numérisé non relu

GRANDS VERS A RELIEF

Il peut le déclarer sans peur :

Je mettrai remède à la chose

Début en vers épiques comme il convient étant donné le personnage et la noblesse de ses paroles ; mais la fin de la période, qui expose le sujet de la fable, est en petits vers rapides.

Va-t'en, chétif insecte, excrément de la terre !

C'est en ces mots que le lion

Parloit un jour au moucheron

C'est le roi des animaux qui s'exprime ainsi ; les deux petits vers explicatifs n'ont pas d'importance, bien qu'ils présentent les personnages ; ce n'est que le poète qui parle ; c'est pourquoi Ton baisse d'un ton.

La raison du plus fort est toujours la meilleure. Nous Talions montrer tout à l'heure

Grand vers lent pour réflexion morale ; le petit vers qui annonce la fable n'a pas d'importance : on passe vite.

Maître corbeau, sur un arbre perché,

Tenoit en son bec un fromage.

Maître renard, par l'odeur alléché,

Lui tint à peu près ce langage

(ID., 1, 2)

Dans cette exposition rapide en petits vers, il i a deux vers, les décasillabes à trois mesures, qui sont plus lents parce qu'ils désignent et en quelque sorte dépeignent ces deux personnages importants. Les deux vers plus courts et plus rapides, octosillabes à deux mesures, se correspondent par la place et l'assonance de leurs trois voyelles toniques.

Passons aux effets dus surtout au changement de ritme.

Nous constatons tout d'abord la même mise en relief, par la venue d'un grand vers après un vers court que tout à l'eure par le contraire.

Voici dans la même fable deux effets analogues rendus par ces moyens opposés : un vers court après un vers long, puis un vers long après un vers court. En somme c'est toujours un effet de contraste :

L'autre, envers les souris de longtemps courroucée, Pour la dévorer accourut.

Deux jours après notre étourdie Aveuglément va se fourrer Chez une autre belette aux oiseaux ennemie

Exemples isolés :

Il fait le partage lui-même, Et donne à chaque sœur un lot contre son gré

Le grand vers contient l'idée importante, frappante, puisqu'elle est en contradiction avec ce qu'ont fait tous les juges et approuvé tous les Athéniens.

Il marchoit d'un pas relevé, Et faisoit sonner sa sonnette ; Quand l'ennemi se présentant.

Comme il en vouloit à l'argent, Sur le mulet du fisc une troupe se jette

(Id., ihid.).

Après ces petits vers le grand vers lent contient tout l'événement qui est le nœud de la fable, annoncé par ce qui précède et déterminant ce qui suit.

Un amateur du jardinage.

Demi-bourgeois, demi-manant, Possédoit en certain village, Un jardin assez propre, et le clos attenant

Dans cette introduction vive en petit vers, l'alexandrin attire

GRANDS VERS A RELIEF lOl

l'attention sur ce jardin et ce clos parce qu'ils vont jouer le principal rôle dans le récit.

Deux compagnons, pressés d'argent, A leur voisin fourreur vendirent La peau d'un ours encor vivant, Mais qu'ils tueroient bientôt, du moins à ce qu'ils dirent

(Id., V, 20).

A ces mots l'animal pervers (C'est le serpent que je veux dire, Et non l'homme, on pourroit aisément s'y tromper)

(Id., X, 2).

Laissez-moi carpe devenir :

Je serai par vous repêchée ; Quelque gros partisan m'achètera bien cher

(Id., V, 3).

Le grand vers est destiné à faire briller aux yeux du pêcheur l'argument décisif.

Mais j'étois en pèlerinage, Et m'acquittois d'un vœu fait pour votre santé

Page 1