NAPOLEON II
douze ; elles jouent exactement le même rôle et produisent cet effet d'accumulation avec plus de netteté encore parce qu'elles contiennent deux rimes qui sont répétées trois fois. Elles peignent en outre par leur vivacité la rapidité de la disparition des choses et de la succession des événements. Chacune est suivie d'une strofe plus grave et plus lente de l'un des tipes de la première partie qui reprend, pour en conclure le développement, la même idée sous un autre aspect, moins impersonnel, soit qu'on nous montre l'omrae directement enjeu comme dans la première, soit qu'on passe d'événements très généraux à ceux qui concernent Napoléon lui-même. Dans les deux cas le développement est parallèle et la strofe qui le conclut est celle qui contient deux vers de 6 sillabes à relief. Dans le troisième développement l'auteur énuraère tous les auts faits qu'a pu accomplir Napoléon et i oppose l'invincible pouvoir de Dieu ; pour cette dernière idée il faut la strofe la plus ample, celle qui ne contient que des alexandrins.
Dans la partie suivante nous revenons à l'enfant. Tout ce que son père a fait pour lui, toute la puissance qu'il a déployée autour de lui, rien n'a pu le protéger. Il i a bien ici encore une énuraération défaits nombreux; mais Tauteur ne veut pas insister sur la rapidité de leur succession. Il veut simplement mettre en relief leur nombre et leur grandeur. Aussi il abandonne le vers de 8 sillabes et reprend l'alexandrin. Il l'emploie en strofes de 6 vers dont le dernier est un octosillabe qui produit un relief extrêmement puiss^ant, parce que son arrivée constitue non seulement un changement de mètre, mais encore un changement de ritme et la succession de l'un des ritmes les plus rapides à l'un des plus lents.
Dans la quatrième partie nous voyons Napoléon en exil, triste, accablé, oubliant sa grande épopée pour songer à son enfant. Le ton doit être aussi grave, aussi noble, aussi élevé que possible, c'est-à-dire que l'alexandrin doit être la note dominante. Mais la nature de la pièce interdit le développement calme et égal d'un récir épique. Le cœur du poète a des soubresauts, des élans de colère ou d'admiration, comme celui de l'Empereur a des élans d'amour. Il faut peindre ces mouvements violents par des vers qui produisent un relief et un contraste puissant, comme ceux de 8 sillabes isolés au milieu de ceux de 12.
Nous avons 3 fois de suite une strofe de 6 alexandrins suivie de 2 strofes dont le 3° et le 6* vers sont des octosillabes. Si Ton voulait entrer dans le détail, on reconnaîtrait que bien que ces deux tipes de strofes soient disposés dans un ordre parfaitement régulier, comme un cadre artificiel et préétabli, ce n'est pas au asard que les idées sont venues remplir tel moule ou tel autre. Les strofes où il i a des changements de mètres sont les seules qui comportent parles idées exprimées des mouvements violents. Des trois qui sont tout entières en alexandrins, les deux premières n'expriment rien à quoi ne convienne l'allure égale du récit épique ; quant à la 3* il est bien vrai qu'elle contient des idées absolument pareilles à celles qu'on trouve dans les deux précédentes, qui ont des vers de 8 sillabes. Mais précisément parce que c'est la fin d'un même développement le ton peut légèrement changer; on a mis suffisamment de faits en relief dans les deux strofes précédentes pour qu'il ne soit plus utile d'i mettre ici d'autres faits absolument analogues. Enfin Fauteur a besoin de se réserver les strofes à relief pour le développement qui vient immédiatement après et où il va parler de l'enfant; il a absolument le droit de changer la forme de sa strofe en vue d'un effet à venir, de même que nous avons vu souvent La Fontaine changer de mètre non pas pour produire un effet dans le vers même qui constitue le changement, mais pour s'en réserver un dans le suivant.
Le développement suivant n'est que grave et mélancolique. Il ne comporte plus de mouvements violents; aussi n'i a-t-il pas changement de ritme. Il i a des changements de mètres qui mettent certaines idées en relief, mais sans violence, et l'allure des deux strofes qui composent ce morceau reste toujours la même.
Pour terminer le poète se met en quelque sorte personnellement en scène, parle en son nom et nous expose des considérations liriques sur les révolutions et la disparition des choses. Le vers épique ne convient plus ; Hugo reprend sa strofe de 12 vers de 8 sillabes.