‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 62 sur 135 · BRUIT CLAIR, DOUX ET LEGKR · texte numérisé non relu

BRUIT CLAIR, DOUX ET LEGKR

[Et la source sans nom qui goutte à goutte tombe] D'un son plamttf emph7 la soh'toire combe : C'est la. Nymphe qui pleure un éternel oubli

(Heredia, La source).

Il est doux d'écouter les soupirs, les bruits frais

(Id., Pan).

Et l'ombre où ri7 le timbre argentm des fontaines

(Id.^ La chasse).

Les cloches dans les airs, de leurs voix argentines, Appeloient à grand hruit les chantres à matines

(BoiLEAU, Lutrin) f

exemple signalé par Sainte-Beuve, Lundis, VI, 508.

et l'homme,

Chaque soir de marché, faiY tmter dans sa main Les denier*- d'argent clair qu'il rapporte de Rome

(Heredia, Hortorum deus, IV).

mobiles roseaux

Où murmure Ze'phyre au mwrmwre des eaux

(A. Chénier, Mnazile et Chloe).

Viens ! — une flwte invisible Soupire dans les vergers

(Hugo, Contemplations);

remarquer en outre les spirantes v, /", s, cf. p. 256 à 264.

Les fontaines chantaient. Que disaient les fontaines ? Les chênes mwrmwraien^ Que mwrmwraien^ les chênes?

(Id., Ibid.).

Et l'accent de sa voix divine était plus doux Que l'incantation vague et sombre des sphères. « — 0 toi ! je \iens. Je pleure, /ci, dans les misères, Dans le deuil, dans l'enfer où l'astre se perdiV, Je viens te demander une grâce, ô raaudiï!

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/ci, je ne suis plws qu'une laime quzbnlle. Ce qui survit de toi, c'est moi. Je suis ta fille. Sens-tw que je suis là ? Me reconnais-iu , àis ? M'entends-tw? C'est du fond des diwins paradis, C'est de la profondeur lumineuse et sacr^^e, C'est de ce grand ceel claer où \it celui qui crée, Que je viens, éperdue, à toi,range enfoue ! J'ai crié vers Dieu ; Dieu formidable a dit : Oui

(Id., Fin de Satan).

Il va de soi que les fénomènes que nous venons d'observer dans des vers français ne sont pas spéciaux à notre langue, mais qu'ils apparaissent d'une manière générale dans toutes les poésies. Nous n'avons pas ici à insister sur ce point, mais nous croyons bons d'indiquer le fait, afin d'écarter les doutes du lecteur. Parmi les exemples que nors venons de citer, iln'i en a pas qui soient plus caractéristiques que le suivant, emprunté à la jolie pièce de Gœthe intitulée Erlkônig. L'enfant malade croit entendre le roi des aunes cherchant à l'attirer par des paroles mielleuses qui parviennent à lui comme un doux murmure :

Du hebes kînd, komm, geA met mer !

Gar schône spiele speel' ich mit dir.

Ces voyelles claires rendent le ton captivant, douceureux et charmant. En réalité c'est le bruissement du vent dans les feuilles :

/n dwrren blattern s«Mselt der w?nd.

Nous ne nous attarderons pas non plus à donner après chaque question un recueil d'exemples mauvais, de vers où l'effet est manqué ; ce serait sans intérêt. Mais nous en citerons quelques-uns chaque fois que nous jugerons qu'ils peuvent contribuer à faire mieux comprendre ce que nous exposons :

Ce n'était qu'un murmure; on eût dit les coups d'aile D'un zéphyr éloigné glissant sur les roseaux Et craignant en passant d'éveiller les oiseaux

(Musset, Lucie).

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