‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 61 sur 135 · EXPRESSION DE L'INQUIETUDE · texte numérisé non relu

EXPRESSION DE L'INQUIETUDE

... maigre ses iwJMsteces, C'est ma mère, e^ je \eux ignorer ses capnces. Mais je ne prétends ph/s ignorer ni souffrir Le ramîstre msolent qui les ose nourrir

[Ibid., II, 1).

Les voyelles claires se prononcent en serrant par un effort musculaire plus ou moins considérable différents organes buccaux contre la partie antérieure du palais, ce qui donne aisément un a.\r pincé. C'est pour cela qu'elles contribuent si bien à l'expression de tout ce qui se dit d'un ton pincé, en particulier comme nous venons de le voir, à la moquerie, à Tironie, et d'une manière générale à tout ce qui est mordant, méchant: tel ce passage de Britannicus (II, 3; toute la scène serait à citer) où Néron, avec une méchanceté que nous pouvons (luilifnr d'aiguë, ordonne à Junie qu'il tient en son pouvoir de déjlarer à son amant Britannicus

Qu'il tloit porter ailleurs ses vœux et son espoir,

et cela sans explications qui puissent faire soupçonner qu'elle agit par contrainte, car Néron entendra et verra tout sans être vu :

Vous n'aurez pom^ pour moi de langages secrets, J'entendrae des regards que vous croirez vc\uets\ Et sa perte sera l'mfailhble salaire D'un geste ou d'un soupir échappe' pour \ui plane.

Une inquiétude qui vous serre le cœur, qui vous soi-re les lèvres et les dents et vous contracte tous les muscler, exigera aussi des voyelles claires, car ce sont elles qui demandent l'effort musculaire le plus considérable et emploient le plus de souffle (la poitrine serrée f)ar l'émotion n'en fournit que par des mouvements taccadés et violents) ; telles les paroles qu'Hermione adresse à Cléone lorsque, cette dernière lui racontant qu'elle vient de laisser Pyrrhus dans le temple où il épouse Andromaque, ell^^ craint qu'il no l'ait tout à fait oubliée :

206 LE VKHS FRANÇAIS

Mfl/s as-tw hien^ Cleone, observe son vïsage ? Goûte-t-2l des pla/sîrstranqnelles et parfa«7s ? N'a-t-tl ipoint détourne ses ijeux vers le palais ? Dis-moi, ne t'es-tw pom^ présentée à sa vt^e ? L'mgrat a-t-?"l rougnorsqu'el t'a reconnue ? Son trouble avouoit-il son infidélité?

A-i-ii jusqu'à la lin soutenw sa fierté ?

(Andromaque, V, 2).

B. — Voyelles claires

Nous n'avons considéré jusqu'à présent dans les voyelles palatales, qu'une qualité, Vacuité, et nous nous sommes surtout attaché aux deux voyelles les plus aiguës, Vi et Vil, les autres voyelles claires n'ayant le plus souvent joué dans nos exemples qu'un rôle secondaire. Si nous considérons maintenant leurs autres qualités, si nous les prenons toutes ensemble, en nous arrêtant tout autant à Vé, à l'è, à rè°, à l'o qu'à Vi et à Vit, nous trouvons que les voyelles claires ou voyelles minces, comme on les appelle dans certaines langues par opposition avec les voyelles larges qui sont les graves, s'exprimant avec une ouverture buccale moindre sont plus ténues, plus douces, plus légères. Elles sont donc particulièrement propres à exprimer la ténuité, la légèreté, la douceur et les idées qui se rattachent à celles-là. Elles apparaissent dans la plupart des épitètes par lesquelles nous venons de les caractériser et dans quelques autres analogues : claires, légères, fines, ténues, menues. Elles soat très nettes dans quelques mots essentiellement expressifs comme tinter, murmurer.

Elles sont donc aptes à exprimer un bruit ténu, clair, un murmure doux et léger :

Les nids

Murmuraient Vhi/mne obscur de ceux qui sont bénis

(Hugo, Petit-Paul).

Le murmwre léger des abeilles ft'dèles

(Lecokte de Lisle, Poèmes antiques).

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