RAPIDITE
Le mal dont yai souffert s'est enfui comme un rêve, Je n'en pwis comparer le lointam souvenir Qu'à ces brouillards légers que Taurore soulève Et qu'avec la rosée on voit s'évanouir
(Musset, Nuit d'octobre).
L'tnquiète gazelle, attentive à tout hruit, Yenaù, diapa-raissait comme le irait qui fuit
(Leconte df Lislk, Bhagavat).
Exemple mauvais:
Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix
(Hugo, Feuilles d'automne).
Ce vers bourré d'éclatantes, pour peindre un être frêle et débile, fait contre sens. La note juste est dans le vers qui suit celui-là :
Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère
où il n'i a que des palatales.
A l'idée de légèreté se rattache immédiatement, comme étant de même nature, l'idée de rapidité. Les voyelles claires sont donc propres à peindre un mouvement léger, rapide, un élan (fisique ou moral):
Oh ! si j 'avais des ailes
Vers ce beau c/el si pwr je voudrais les ouvrir !
(Musset, Rolla).
Lorsque le jeune aiglon, voyant partir sa mère, En la suivant des yeux s'avance au bord du nid. Qui donc lui dit alors qu'il peut quitter la terre Et sauter dans le ci'el déployé devant \ui ?
(Id., Ihid.)
Mon aile me soulève au souffle du pri'ntemps, Le vent va m'emporte/' ; je vais quitter la terre
(Id., Nuit de mai).
C était bien vite fait de leur vider les miins
(Id., Une bonne fortune).
Je les tirai bien vite et je les \ui donnai
(Id., Ibicl.).
De naêjie, dans ma bourse, il ne faut qu'un écu Qui tourne les talons, et le reste est perJw
(Id., Ibid.).
Et nous verrons soudain ces tigres ottomans Fuir avec des i^ieds de gazelles !
(Hugo, Orientales).
Celui qui subj ugua l'Europe
11 est là qui vous parle. Il surgit devant vous !
(Id., Burgraves); le mouvement est purement métaforique.
...et voit d'un œil élargi par la crainte Surgi?' au bord des bois le grand fauve en arrêt
(Heredia, Némée).
sur le seuil redoutable,
Un bomme, que pousssaient d'horribles bras tremblants, Apparat ; il était vêtu de linceuls blancs
(Hugo, Les lions).
Voir les Cyclades d'or de l'azMr e'merge?'
(Heredia, Pour le vaisseau de Virgile).
Le burg
Se dresse maccessîble au milieu des nuées
(Hugo, Burgraves);
tous ces mouvements sont imaginaires.
La terre est aussi vieille
Que lorsque Jean parwt sur le sable des mers,
Et que la moribonde
Sentie bondî'r en elle un nouvel univers
(Musset, Rolla\
EXEMPLES DEFECTUEUX ]&13
0 notre maître à tous ! si ta tombe est fermée, Laisse-moi, dans ta cendre un instant ranimée, Trouver wne étincelle, e^ je \ais t'imite?' !
(1d., Une soirée perdue) f
élan d'entousiasme.
Voici quelques exemples défectueux :
A l'appel du héros s'enlevant d'un seul bond
(Heredia, Persée et Andromède).
Mais, d'un seul bond, le Dieu du noir taillis s'élance
(1d., Pan).
Elles s'élancent. Tel, lorsqu'un corbeau sinistre
(1d., Le bain des nymphes).
Le moment où je parle est déjà loin de moi
(BoiLEAU, Epître III) ; ce vers peindrait beaucoup mieux avec ses trois mesures égales et ses voyelles éclatantes un roulement de tambour que la rapidité que le grand A.rnauld, confondant l'idée avec l'expression de l'idée, croyait i sentir.
Grâce à leur légèreté et à leur douceur les voyelles claires sont toutes désignées pour exprimer des idées légères, gaies, riantes, douces, gracieuses, idilliques. La gaîté, la douceur, la grâce sont des idées que l'on associe continuellement à celle de la légèreté :
Les n/ds chantA/ent, les eaux muvmuvAlQnt dans les
[herbes, On voyA/t tout brilla/?, tout aimER, tout fleur/r
(Hugo, L* aigle du casque).
Ce soir, tout va fleurer ; l'immortelle natwre Se remphV de parfums, d'amour, et de mwrmwre
(Musset, Nuit de mai).
La brwme blette errait aux pentes des ravmes ;
£if de leurs becs pourpres lissant leurs ailes fmes.
Les blonds sénegalis, dans les ge'rofl/ers
D'une eau pt/re trempes, n'éveillaient par miWiers. La mer éiait sereine, et sur la houle clae're L'aube vive dardazV sa flèche de lumière
(Lecops'te de Lisle, L'aurore).
Un arôme léger d'herbe et de fleurs montait ; Un murmure infini dans Vair subtil fLoiiait
(Id., ihid.).
L'éther plw5 p^r luisAIt dans les eiEVx plws swbl/mes
(Hugo, Le sacre de la femme).
Les gazons sont tout plems de voix harmonzeMses L'aube fait un tapzs de perles aux sentiers, Et Tabe^'Ue quzttant les prochaines yeuses Swspend son aile d'or aux pâles eglanteers
(Leconte de Lisle, Poèmes antiques),
peinture gracieuse.
Jersey rit, terre h'bre, au sein des sombres mers ; Les genêts sont en fleur, l'agneau i^ait les près verts ; L'ecwme jette aux rocs ses blanches mousselmes ; Par moments apparaît, au sommet des collmes, Livrant ses crms épars au vent âpre et joyeux. Un cheval eflare qm henneY dans les deux
(Hugo, Châtiments).
Mais Valdès, te connaît, b/enheurewse Sevelle, De r^spagne moresque ô la plws belle f«lle ! Toi dont le ^etù ^ied trempe au Guadalquïv/r, Et que reçMS dw ciel tout ce qu? pewi ravz'r
(Th. Gautier).
Dans Rolla, Musset nous montre la cavale qui vient de périr de soif au désert parce qu'elle n'a pas su qu'elle n'aurait eu qu'à suivre les caravanes,
Pour trouver à Bagdad de frA/ches éeurlEs, Des rateh'^rs dorEs, des Iwz^rnes fleur/j5's, Et aies pw/ts dont le ce^l n'a jamA/s vw le fond.
PEÎNTUI^ES IDILLIOUES 215
Un certain loup, dans la saison Que les iièdes zéphzrs ont T^erbe rajeunie
(La Fontaine, V, 8).
Que faire au mois d'avril à moins de s'adorer ?
(Hugo, Catulle),
C'est là que satisfazY de son destm borne, Gallws Unit de vivre où jades û est né
(Hkredia, Villula).
Des lapiws qui sur la brw?/ère, L'œil e'veille, l'oreille au guet, S'ésayoient, et de thyjn parfumo/e/i^ leur banque/
(La Fontaine, X, 15).
6^ne chose peut-être Qui va vous étonner, C^est qu'à votre fenêtre Le vent yient frissonner, Qu'avril commence à luire, Que la mer s'aplanaY, El que cela vew^ dî're :
Fauvette, fais ton ïiid
(Hugo, Sommation irrespectueuse).
Fraîche idyWe ! Un matm Laure s'en est allée, Mats son amant avaiV la voix tendre et disait Des mots si langourew^r qu'elle, tout affolée, Sentîï son pauvre cœur sauter dans son corset
(Baudelaire, Le Léthé) ;
noter en outre les s du dernier vers qui peignent un mouvement répété, cf. p. 177 à 184.
J'ai vu passer Ammthe au fond du cheram creux. Elle a se/ze ans, et tant d'aurore sur sa tête Qu'elle semble marcher au mihew d'une fête ; Elle est dans la prairze, elle est dans les fore/s La plus belle, et n'a pas l'air de le faire exprès ; C'est plus qu'une déesse et c'est plws qu'une fée,
Cest la bergère ; c'est une fille coiffée
D'iris et de glaïeuls avec de grands yeuxhleus
(Hugo, Segrais).
Avec se peu de irais tu serais se johe
(Musset, La coupe et les lèvres),
^lle me souriait avec ses yeux divins,
Et moi je lui baisais ses deux petites mains
(Hugo, Le roi s'amuse).
Riant, les jeux en l'air, et la mam dans sa main. Elle allait en comptant les arbres du chemm, Pour cueillir une fleur demeurait en arrière, Puis revenait à \ui, courant dans la poussière, L'arrêtaiV par l'habi'i pour l'embrasser, posaiV Un œillet sur sa tête, et chantaiï, et jasait Sur les passants nombreux, sur la reclu vallée Comme un large tapes à ses pieds éta'ee
(Vigny, Les amants de Montmorency).
Le vert colibre, le roi des collines, Voyant la rose'e eHe soleel clae'r Lwire dans son nid tresse' d'herbes fines, Comme un frais rayon s'échappe dans l'air
(Lecontk de Lisle, Le colibri).
Comme il est vif, joyeux ! avec quelle prestesse 71 sautille !...
(Musset, Namouna).
Ou plutôt, fee au léger
Voltiger, Habile, agile courrière Que mène le char des vers
Dans les airs Par deux sillons de lumière !
(Sainte-Beuve, La Rime).
« Dans cette strophe, les vers ont le vol léger de la fée ; tous les mots sont ailés, habile^ agile courrière; et le triomphe